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Publié par Patrick Granet

Les Suisses ont dit «non». Ils ne veulent pas recevoir tous les mois 2.250 euros de l’État sans devoir travailler. Mais que faire pour lutter contre la précarité ambiante?

Dans le cadre du référendum qui s’est tenu ce 5 juin, les Suisses ont dit «non» au revenu de base qu’aurait pu verser l’État à ses citoyens –autour de 2.250 euros. En échange de rien du tout. Malgré un rejet massif dans les urnes, cette consultation populaire revêt une grande importance en ce sens qu’elle annonce peut-être une tendance mondiale.

En effet, divers pays caressent l’idée d’un revenu minimum garanti à la population, sans conditions. Des essais ont même lieu. En Finlande, le gouvernement a sélectionné au hasard 10.000 adultes qui recevront chaque mois 550 euros pendant deux ans. L’objectif de cette expérimentation est de mesurer l’influence de ce revenu sur la propension à travailler ainsi que sur d’autres décisions de vie des bénéficiaires. Si les résultats se révèlent positifs, le gouvernement finlandais (pourtant de droite) a l’intention d’étendre le dispositif à l’ensemble de sa population. D’autres expérimentations du même type sont menées, entre autres, au Canada, aux Pays-Bas et au Kenya.

La faille évidente du «revenu de base inconditionnel»

Ce concept présente des défauts évidents. Un tel revenu mensuel garanti risquerait de porter atteinte au marché du travail, sans compter qu’offrir une«rétribution» matérielle à quelqu’un qui ne crée pas de valeur en retour est une proposition discutable tant du point de vue économique, que social et éthique. Les risques de corruption et de clientélisme politique que comportent de telles initiatives sont élevés. Enfin, cette idée n’est pas peu coûteuse! Elle peut finir par représenter pour l’État une lourde charge et engendrer des déficits budgétaires considérables et, qui plus est, chroniques. Pourtant, c’est peut-être une idée inévitable.

Il ne fait pas de doute que la mondialisation et les nouvelles technologies ont créé d’immenses perspectives économiques pour l’humanité. De la réduction de la pauvreté dans le monde aux avancées médicales, en passant par la responsabilisation de groupes sociaux historiquement marginalisés, le progrès est incontestable. Seulement voilà, il est tout aussi évident que mondialisation et les technologies qui imposent des machines à la place des ouvriers ont aussi des effets pernicieux. La destruction d’emplois, la compression des salaires dans certains pays (notamment aux États-Unis et en Europe) et le creusement des inégalités ont des causes diverses et variées. Mais on sait que la mondialisation et l’automatisation sont deux facteurs qui contribuent à créer des conditions de précarité, lesquelles alimentent à leur tour la montée des populismes et des extrémismes à laquelle on assiste dans tant de pays.

Trois réponses globales

Pour beaucoup d’observateurs, bien que les nouvelles technologies mettent à mal certains secteurs économiques, elles en font naître d’autres qui produiront autant d’emplois, sinon plus, que ceux qui ont disparu. Et cela se vérifie dans les faits. Cependant, à mesure que s’accélèrent les évolutions technologiques et que se généralisent les robots qui, à bas coût, peuvent réaliser les mêmes tâches aujourd’hui assurées par un homme ou une femme, on craint de plus en plus que les nouveaux secteurs et les nouveaux postes ne se créeront pas en nombre suffisant, ni assez vite pour compenser les pertes d’emplois et les baisses de salaires. Face à cette situation, le monde a généralement trois réponses:

1. Plus de formation pour ceux qui perdent leur emploi

C’est une priorité. Mais la réalité montre que, malgré quelques succès dans ce domaine, les initiatives de formation restent décevantes. Dans la majorité des pays (même au sein des nations les plus avancées), les programmes de formation sont faiblement dotés, les moyens pédagogiques sont peu effaces et les administrations qui en ont la charge ne le sont souvent guère plus. Cette situation doit vite changer.

2. Plus de protectionnisme

Prenons le cas Donald Trump. Il est au fond un énième politique de l’acabit de ceux qui prolifèrent aujourd’hui un peu partout dans le monde. Ils promettent de protéger l’emploi en réduisant à la fois le nombre d’immigrés qui font concurrence aux salariés nationaux et le volume des produits importés qui, étant meilleur marché, transfèrent la production nationale à l’étranger. Il n’est pas difficile d’imaginer que l’un de ces démagogues puisse promettre que, s’il est élu, il interdira l’usage des robots et des autres technologies «tue-emplois». Que ces propositions ne soient en rien des solutions et que, dans de nombreux cas, elles ne soient même pas applicables ne semblent pas arrêter les millions d’électeurs qui s’emballent devant ces promesses populistes. Je crains que certains pays ne finissent par adopter ces idées préjudiciables.

3. Plus de revenus minimums garantis

Nous y voilà. Donner de l’argent sans rien demander en contrepartie. Une idée échevelée? Eh bien, dans un monde ou neuf robots pas chers peuvent mettre au chômage 140 ouvriers (en Chine!), il faut rester ouvert et explorer toutes les options. Y compris celles qui semblent les plus farfelues. Car une situation caractérisée par des niveaux élevés et permanents de chômage serait à la fois inacceptable et intenable. Il faut donc tout essayer, étant entendu que gouverner implique rarement d’opter pour une politique merveilleuse quand l’alternative est terrible. Le plus souvent, hélas, les gouvernants se retrouvent à devoir choisir entre la peste et le choléra.

Moisés Naím

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Par Moisés Naím

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