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Publié par Patrick Granet

Sous un gouvernement social-démocrate, les appels du premier Ministre à ce que les syndicats « annulent d’eux même les manifestations prévues » doivent nous pousser à réfléchir aux tactiques à mettre en œuvre le 23 juin. Comme l’a dit avant nous le camarade Benjamin, « détruire rajeunit ». Mais la destruction ne s’applique-t-elle qu’aux symboles matériels du capitalisme, ou est-ce que ça va plus loin ? (Indice : la réponse est dans la question)

Depuis le début du mouvement, le cortège de tête, en plus d’être un espace de solidarité entre les générations, les non-syndiqué-e-s et les syndiqué-e-s qui préfèrent y venir, les personnes tout en noir et celles qui viennent à visage découvert, est un lieu où on détruit, on « casse ». Et où on résiste aux gazs, aux charges, aux grenades de désencerclement et où on fait avancer la manifestation coûte que coûte. Au vu du nombre de blessé-e-s, ça nous a déjà beaucoup coûté.

Briser les vitrines des banques, des magasins de luxes, recouvrir les murs de tags aux slogans souvent très bien trouvés (et poétiques), ça a du sens. Un sens politique clairement affiché, et ce n’est pas l’ignoble opération de désinformation au sujet des vitres de l’hôpital Necker qui y changera quelque chose. Après, ce n’est pas une pratique révolutionnaire en soi. La casse « hors-sol », ça fait fonctionner les assurances, ça effraye les bourgeois qui titrent ensuite « Une horde de casseurs ravage le Xvème arrondissement », ça donne plus de sens aux cris « Anticapitaliste » sur le moment.
Mais clairement, ce n’est pas ça qui ébranlera les rapports de production qui fondent l’exploitation et la domination à la base de notre société. Ce n’est pas ça non plus qui ébranlera les fondations de l’État.

Et surtout, une manifestation dans le cadre d’un mouvement social, et particulièrement celle du 23 juin, précisément parce qu’elle risque d’être interdite, ce n’est pas seulement ça. Oui, c’est aller au conflit avec l’appareil de répression de l’État et du patronat, en l’occurrence la police. Oui, c’est aller au conflit pour garder la rue. Mais sérieusement, ce n’est pas seulement se faire plaisir (à ce niveau là, really guys, un tournoi de banderoles ?), dans une logique somme toute plutôt spontanéiste, en expérimentant la destruction collective. Parce que casser ne suffira pas, ni le fait de se mettre en jeu physiquement et légalement sur ce terrain-là.
Et, soit dit en passant, au vu des pratiques répressives, on remarque aussi que la seule présence dans le cortège de tête peut vous valoir d’être blessé-e ou arrêté-e.

Il me semble donc plus que nécessaire, voire vital d’aller plus loin dans la réflexion, et dans la pratique.

Reprenons : le Premier ministre s’interroge sur le fait qu’il pourrait interdire les manifestations, le ministre de l’Intérieur demande aux organisations syndicales de transformer l’éternel Bastille-Nation annoncé pour jeudi en rassemblement statique, et pour l’instant, l’intersyndicale refuse. Les intellectuels s’offusquent, les militants se préparent, les caricatures pleuvent, et de fait, nous vivons un tournant dans la pratique répressive du gouvernement français. On va encore plus loin que les 130 interdictions de manifester préventives.

Mais que réprime l’État dans ce cas-là ?
Oui, il réprime des pratiques d’actions directes. Mais pas que. Pas seulement. Il réprime clairement les dernières tentatives d’un mouvement ouvrier qui disparaît contre l’ultra-libéralisation de nos conditions d’existence dans la phase avancée du capitalisme où nous sommes.
A un moment, chers camarades et chères camarades, il va falloir s’interroger sur ce qu’est un mouvement social et sur ce qu’est celui-ci en particulier. Sans fétichiser le cortège de tête. Il a son rôle, il le tient bien, mieux que jamais même, et vous trouverez assez d’articles sur ce site pour analyser et vanter ses mérites. Mais des pratiques de blocages économiques menées en lien avec les UL CGT et Solidaires locales et les militants anti-autoritaires, autonomes, bref, appelez-les (appelez-nous) comme vous voulez, comme ça a été le cas à Lille depuis le début du mouvement sont aussi essentielles à sa compréhension – et à sa survie, et à une victoire partielle qui pourrait nous emmener plus loin dans la conflictualité sociale.

Parlons donc tactique :
se lancer dans des détournements de manifs pour la beauté du geste et parce qu’on veut vivre intensément, c’est dangereux. Pas dangereux au sens où « ouhlala, on va se faire arrêter » mais au sens où on peut mettre en danger des personnes qui sont avec nous dans le cortège, et qui n’ont pas forcément les mêmes habitudes, la même présence d’esprit de savoir quand le vent va tourner, quand ça va devenir beaucoup plus hardcore, et quand est-ce qu’il faudra partir. Oui, parce que l’émeute que vous appelez de vos vœux, à un moment elle s’arrête - dans l’état existant des choses. Et à ce moment-là, il vaut mieux être bon en dispersion. Cela, non pas pour dire qu’il faudrait arrêter les manifestations sauvages, ou ne pas tenter de dépasser le dispositif, mais autant le faire de manière un peu plus réfléchie, et avec un peu plus d’attention à ce qui n’est pas nous, faute de meilleure dénomination.
fétichiser la "casse" comme unique forme de destruction sans prendre en compte la situation sociale et politique ne peut que nous mener dans le mur.

Il va falloir se rendre compte que les actions les plus offensives sont celles où on peut emmener tout le monde avec nous, en ménageant des portes de sortie pour les personnes les plus vulnérables, ou celles qui voudraient partir avant que ça ne chauffe vraiment. Et qu’une manifestation sauvage c’est bien, mais qu’on pourrait aussi réfléchir à des cibles, non ? Bloquer l’économie, tout ça… Pour abolir le travail, il va bien falloir abolir le salariat !

Jeudi 23 juin va être une manifestation compliquée. Mais déterminée. Clairement, après les avalanches médiatiques, il va falloir occuper le terrain, et la rue. Et tenir. Avec des lunettes, des masques à gaz, des protèges tibias, et il faudra aller jusqu’au bout. Avec des tags et des banques explosées s’il le faut, mais clairement : ce n’est pas une fin en soi. Notre but en tant que révolutionnaires n’est pas de séduire des nouvelles personnes qui découvriront des moments de jouissance et de solidarité incroyable pour ensuite consacrer leur vie à la mise en place d’un à-côté de la société qui la détruira de l’intérieur. Rappel utile : pour ça, souvent, il faut du capital.

Contrairement à d’autres analyses insurrectionalloptimistes, il me semble donc douteux que la simple expression de notre liberté en acte dans le cortège de tête puisse changer la donne. Aller jusqu’au bout ensemble serait déjà un bon début, et qu’on prouve que manifester c’est résister, que la rue est à nous et qu’on n’en partira pas.

A défaut d’être stratèges, soyons au moins tactiques ! Rendez-vous à Bastille jeudi 23 juin !

Une syndiquée du cortège de tête, qui souhaite ardemment qu’on n’en soit pas tou-te-s las de revenir aux mêmes schémas.

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