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Publié par Patrick Granet

Renaud, voix grésillante qui titille mes sens, qui me remplit d’haine et de bonheur, qui me motive à toujours fignoler un coup en douce ou juste trouver une occasion de me marrer, je t’envoie une lettre sans adresse, telle une chanson alcoolisée, lâchée faiblement sur le boulevard Magenta à 3h du matin. Ni mon frère, ni mon père, t’es comme un tonton sympa qui ne me juge jamais. Qui a dit des conneries tellement profondes, tellement véridiques qu’elles semblent intemporelles. Renaud, mon ami de walkman, de pluie et de refrains, de détresse et de skate, tu déconnes. Tu le disais pourtant : « Tant qu’y’aura de la haine dans mes seringues, je ne chanterai que pour les dingues ». Mais aujourd’hui, on te voit en train de frotter ta tronche sur des plateaux télé avec des types aux sourires freedent, en train de déblatérer des conneries à des journaleux qui « ont tous dans leur bouche un cadavre ». On s’en foutrait que tu fasses de la promo, mais tu viens renier des choses qui me font bander, tu viens raconter des débilités sur les politiques qui veulent – et tu le sais – nous enfler chacun leur tour ! Tu déconnes mec. Tu veux embrasser des condés qui nous frappent, tu renies tes paroles, tes idées, tout ce qui nous porte ! Je n’étais même pas né quand tu chantais « où c’est que j’ai mis mon flingue ? », pourtant l’échos de tes paroles, leur actualité me frappe à chaque écoute. Et on t’attendait, les copains et moi, on voulait ton retour, ton humeur fringante, tes idées foutraques, tes contradictions magiques.

Mais qu’est ce qui se passe Renaud ?

Aujourd’hui la France est dans la merde, les gens se battent contre des flics brutaux, les envies, les rancœurs, les violences sont prégnantes. On a besoin de tes mélodies ! Tu reviens (toujours debout) mais tu renies directement ton héritage. Tu as arrêté de picoler, tant mieux, mais pense à nous ! On picole et ta voix nous manque.

« La France est un pays de flic, à tous les coins d’rue y’en a cent, pour faire régner l’ordre public, ils assassinent impunément. »

Réécoute toi vieux ! Tu parlais la France ! Et malgré tout, tu la restes ! Celle qui ne cesse pas de se révolter, qui ne peut pas blairer les faux-culs et les hypocrites. Rappelle toi Renaud ! « Y’a même des flics qui me saluent, Qui veulent que j’signe dans leurs calots. Moi, j’crache dedans, et j’crie bien haut. Qu’le bleu marine me fait gerber, Qu’j’aime pas l’travail, la justice et l’armée. », Tu hurlais la peur du loubard solitaire, tu crachais à la gueule de ceux qui t’écoutent dans les fauteuils, tu décrivais étage par étage les HLM, tu nous faisais chialer avec ton anglais marrant, tu nous faisais marrer avec ta voix hésitante, bref, t’étais un héros, un capitaine fragile, un frappé qui n’hésite pas à dire ce qu’il pense aux enflures coincés du cul. Renaud, déconne pas, arrête de trainer avec des gens qui veulent enfler ton image, rappelle toi : « j’voudrais crever avant d’être moche, j’voudrais finir comme toi mon vieux gavroche ! »

Nous, on t’écoute quand on va en manif’ en imaginant la révolution. On pense à toi quand on voit des jeunes désespérés qui jettent des pavés sur cette bande d’impuissants casqués. Les flics sont souvent des salauds, tu le sais. Et la peur qui t’emplit, lorsque des couillons nous massacrent, nous, et pas les flics, te fais raconter des balivernes. La flicaille, elle, est prête à tout pour maintenir un ordre « public ». Ce ne sont pas les personnes sous l’uniforme que l’on combat, c’est le monde qu’ils préservent. Putain, Renaud, peut-être que la picole te manque. Tel un Capitaine Haddock sous flotte, tu perds la tête, tout tourne autour de toi. Essaye de boire un picon-bière en sifflotant négligemment « la jeune fille du métro ». Ne va plus dans ces radios appartenant à des patrons infâmes ! Ou si tu y vas dis leur combien leur haleine est rance, combien ils sont minables à suer du cul dans leurs costards ! Jeune étudiant que je suis, je te donne des ordres, je t’invective, mais tu sais que je suis le futur, que mes idées sont claires, que ma naïveté est la seule chose encore pure ! Rappelle toi tes 21 ans, le soleil du printemps, le temps des cerises, la couleur du ciel, la brûlure du gaz et la noirceur des drapeaux. Nous on est là et on t’écoute vieux ! Ne nous lâche pas ! Notre génération est toujours aussi paumé, elle veux toujours autant faire la peau à ce système infect, on est toujours aussi con et violent, toujours aussi purs et durs, toujours aussi tarés !

Alors, écoute moi mon pote, ou « crève charogne » !

Georges

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