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Publié par Patrick Granet

Un vent de contestation souffle à nouveau en France. Un mouvement inter-professionnel, le premier depuis 2010, émerge tranquillement. Sans explosion spontanée ni essoufflement brutal. Au-delà de l’enthousiasme militant, il semble important de pointer les limites de la lutte actuelle.

J’ai déjà eu l’occasion de développer une analyse critique du mouvement actuel et de ses perspectives. Il faut surtout déplorer le maintien du cadre syndicaliste. Les Nuits Debout et les grévistes, surtout dans les bastions de la CGT qui fourmillent de permanents, ne proposent rien de nouveau.

Il n’est jamais question de critiquer le capitalisme, mais seulement ses excès. A travers la Loi Travail et son monde, c’est surtout la « dérive » néolibérale qui reste visée. Pas question de remettre en cause le travail et la marchandise, ni même l’exploitation et la propriété des moyens de production.

Les syndicats jouent parfaitement leur rôle d’encadrement de la révolte. Et pas uniquement à travers la brutalité de leurs services d’ordre. Les syndicats maintiennent la séparation des luttes entre les différents secteurs. Les bureaucrates ne jurent que par les inter-syndicales et réunions d’état-major et empêchent le développement des assemblées de base.

Il reste les actions de « blocage de l’économie » pour maintenir un vernis de contestation. Les activistes servent alors de force d’appoint des syndicats. Mais ces actions ne sortent pas du cadre de la négociation entre partenaires sociaux. Le blocage de l’économie doit rester temporaire, voir en concertation avec les autorités.

Mais ce mouvement rampant peut perdurer suffisamment longtemps pour sortir du carcan syndicaliste. Des manifs sauvages permettent la radicalisation d'une jeunesse. Des rencontres se créent et des hippies peuvent cotoyer des cheminots sur des barricades. Des assemblées de lutte peuvent se créer pour permettre une autonomie par rapport aux appareils bureaucratiques.

Ce numéro peut permettre de revenir sur les perspectives du mouvement en cours. Une tendance rêve de créer un Podemos à la française. Ramener les luttes dans le cadre du système représentatif reste une impasse. Une autre tendance prétend « changer le monde sans prendre le pouvoir ». Les alternatives concrètes sont alors valorisées. Mais la destruction de l’ordre marchand n’est jamais envisagée. Les courants marxistes et libertaires proposent des perspectives de rupture révolutionnaire. Mais ils comportent également quelques limites, dont un certain encadrement avant-gardiste plus ou moins affiché.

Ce sont les intellectuels qui insistent le plus sur le rôle des idées dans le changement social. L’histoire des intellectuels montre un lien particulier avec la politique. Il semble indispensable d’abolir les intellectuels comme classe sociale pour permettre une véritable émancipation humaine.

Pour transformer la société, il faut également inventer un nouvel imaginaire. Desexpérimentations artistiques rythment la vie urbaine à la fin du XIXe siècle aux Etats-Unis. L’histoire de Montmartre révèle le bouillonnement d’un quartier populaire de révoltes et de plaisirs.

Ce sont toutes les relations humaines qui doivent être transformées. Le roman desLiaisons dangereuses se penche sur le libertinage et les stratégies de séduction. La logique marchande s’étend désormais sur l’amour et la sexualité. La Théorie critiquepermet de pensée l’aliénation marchande mais aussi la libération sexuelle. La répression des désirs perdurent encore aujourd’hui. Le clitoris et le plaisir féminin restent encore invisibles. Un mouvement révolutionnaire doit aussi s’emparer du plaisir comme arme politique.

Sommaire n° 24 :

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