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Publié par Patrick Granet

La mobilisation contre la loi travail a démarré très fort le 9 mars dernier. Après une
journée de grève réussie le 31 mars, elle a subi un revers avec une faible mobilisation le
samedi 9 avril. Par ailleurs, la jeunesse a été très mobilisée en mars mais peine à
franchir un nouveau palier et les vacances puis les examens universitaires n’aident pas.
Comment rebondir ? ---- Au vu de la faiblesse de la mobilisation du 9 avril contre la loi
travail et de l’arrivée des vacances, il aurait été risqué de programmer une date de grève
pendant les congés. La responsabilité de l’intersyndicale n’était donc pas de programmer
une date au plus tôt, mais plutôt de proposer des pistes pour pouvoir franchir les
vacances et ne pas laisser les jeunes seuls à se mobiliser, surtout dans un contexte de
très forte répression. Sur le premier point, c’est bien évoqué dans le communiqué
CGT-FO-FSU-Solidaires-Unef du 9 avril mais peu de choses sont mises en œuvre concrètement
dans les territoires, comme par exemple l’impulsion d’intersyndicales locales. Sur le
deuxième, le renoncement de l’intersyndicale est total: aucune date intermédiaire aux
côtés des lycéens et étudiants, pas un mot pour condamner la répression inouïe à laquelle
ceux-ci font face. Le gouvernement s’est engouffré dans la brèche pour tenter de tuer le
mouvement par une méthode éprouvée: la carotte et la matraque.

Des annonces en trompe-l’œil pour les jeunes

Le gouvernement a reçu l’Unef et ses organisations lycéennes le 11 avril, où il a fait
plusieurs promesses en direction des jeunes. À l’issue de cette rencontre, ­l’Unef a émis
une appréciation très positive de ces mesures, tout en maintenant son appel à la
mobilisation pour le retrait de la loi le 28 avril. Mais que valent vraiment ces annonces ?

La taxation des CDD courts existe déjà: la «mesure» du gouvernement relève du pur effet
d’annonce. Dans le cadre des négociations en cours entre patronat et syndicats sur
l’assurance chômage, l’ensemble des syndicats proposent d’augmenter cette surtaxation mais
le patronat s’y oppose.
La prolongation de la bourse sur critères sociaux quatre mois après la fin des études,
pour un montant de 200 euros par mois, l’augmentation de 10 % du montant des bourses
lycéennes et la création d’un nouvel échelon pour les bourses étudiantes (de 1 000 euros
par an), ne peuvent qu’être jugées positivement, même s’il faut rappeler que chacune
laisse de côté bon nombre d’étudiantes et étudiants [1].
L’augmentation du salaire des apprentis de 30 à 40 euros par mois ne coûtera pas un
centime aux patrons et sera entièrement financé par l’État.
La généralisation de la caution locative étudiante (un organisme d’État se porte garant
pour l’étudiant auprès du bailleur) a été vivement critiquée par Droit au logement, qui
craint que les proprios en profitent pour augmenter les loyers.
La création de «quotas» pour les lycéens et lycéennes technologiques est une annonce
récurrente, jamais mise en œu­vre. L’ouverture de 2 000 places en BTS correspond
simplement à la hausse prévue par la pyramide des âges.
Et surtout, rappelons que c’est le même gouvernement qui prétend lutter contre la
précarité et qui veut faire passer la loi travail… qui va vider de sens le CDI en
facilitant les licenciements!

Ces annonces sont des trompe-l’œil visant avant tout à démobiliser la jeunesse: il suffit
de les évaluer à leur juste valeur pour se persuader qu’il faut rester mobilisés.

Les violences policières atteignent un niveau inégalé depuis bien longtemps. Faudra-t-il
le décès d’un manifestant, comme contre la loi Devaquet en 1986, pour que le gouvernement
fasse marche arrière ? Hollande a beau avoir reculé sur la constitutionnalisation de
l’état d’urgence, on voit aujourd’hui à quel point celui-ci a permis de désinhiber le
pouvoir et la police: la répression de la COP21 n’était bien qu’une entrée en matière.

Les flics sont constamment à la manœuvre pour faire monter la tension dans les manifs,
notamment en laissant le champ libre aux petits groupes autonomes, afin de pouvoir inonder
de lacrymo les cortèges et parfois couper ceux-ci en deux. Rappelons que la meilleure
résistance face à la répression n’est sûrement pas de s’enferrer dans le romantisme
insurrectionnaliste mais plutôt de rester solidaires, groupés, et de continuer d’essayer
d’élargir la mobilisation.

Et ce n’est pas fini: l’Assemblée des blessés, des familles et des collectifs contre les
violences policières signale ainsi que le gouvernement a prévu de commander 115 000 balles
de Flash-Ball par an, soit une moyenne de 315 tirs par jour.

Les déclarations syndicales sont encore trop peu nombreuses pour condamner cette
répression. Signalons toutefois la déclaration du 23 mars de l’intersyndicale de
l’enseignement supérieur et de la recherche «Nous condamnons les violences policières»,
ainsi que l’appel du 18 avril de personnalités scientifiques et syndicales «Un pouvoir qui
matraque la jeunesse est faible et méprisable», à faire largement connaître.

Dans ce contexte, les Nuits debout ont permis d’entretenir l’agitation pendant les
vacances. Mais il faut relativiser: leur surexposition médiatique, en particulier à Paris,
est aussi un moyen de détourner l’attention de la nécessaire construction de la grève dans
les entreprises. Car les salarié-e-s qui peuvent rester discuter trois heures en assemblée
générale après leur travail sont en fait peu nombreux.

De même, la mobilisation actuelle doit être l’occasion d’aller au-delà de la revendication
défensive de retrait de la loi travail. Mais dans certaines villes, la loi n’est presque
plus évoquée! Or si l’on perd sur le mouvement actuel, ça sera une défaite de plus qui
pèsera lourdement sur les années à venir.

Des syndicalistes ont ainsi revu le concept localement, notamment en organisant des
Banlieues debout ponctuelles, afin d’ancrer le mouvement contre la loi travail dans les
territoires, et en tissant des liens entre ces assemblées et le mouvement social. Le 3
mai, le débat sur le texte commence à l’Assemblée nationale. Hollande a été contraint de
s’engager à ne pas utiliser l’article 49-3, qui permet de faire passer un texte en force.
Le patronat et la droite, considérant que le texte a été «dénaturé» par les maigres
concessions de Valls, devraient tenter de réintégrer ces éléments dans le projet de loi.
De l’autre côté, le PS est toujours clivé: les «frondeurs» ou encore les jeunes
socialistes se disant opposé-e-s au projet de loi. Le débat devrait donc être long, avec
une deuxième manche lors du passage au Sénat.

L’échéance, ce sont donc les grandes vacances: soit on arrive à accélérer d’ici là et la
loi est retirée, soit on patine et la loi sera empirée et votée en catimini en juillet.
Pour ça, il faut donc que ça redémarre très fort dès mai.

Ce mouvement est le premier mouvement interprofessionnel contre un gouvernement
«socialiste». Même les grèves de 1936 ne s’opposaient pas frontalement au gouvernement.
C’est un point de rupture qui va laisser des traces. Le tort serait de penser que
l’émergence d’un contre-pouvoir révolutionnaire va se faire naturellement. Que les
syndicats et organisations politiques ne servent plus à rien et que la mobilisation se
fait à l’échelle individuelle via les réseaux sociaux, comme essayent de nous le faire
avaler les médias de tous bords.

Les militants et militantes d’Alternative libertaire pèsent dans les entreprises pour y
faire vivre un syndicalisme de classe et de masse, dans la jeunesse pour favoriser
l’auto-organisation et la convergence avec les salarié-e-s, dans les quartiers pour
mobiliser la population et impulser la convergence des luttes dans les Nuits debout. Avoir
un courant libertaire organisé change la donne là où nous sommes présents. Et c’est pour
élargir ce courant que nous avons décidé à notre dernier congrès un «changement d’échelle»
que nous mettons pleinement en oeuvre dans cette mobilisation avec de nombreuses
initiatives publiques, une réflexion sur notre fonctionnement interne et en proposant
l’adhésion aux personnes en recherche d’organisation. Rejoignez Alternative libertaire!

Grégoire (AL Orléans)

Saint-Denis debout, convergence au service de l’action

Le 13 avril s’est tenue la première Nuit debout de Saint-Denis (93). Inspirée de
l’initiative lancée à Paris, elle a eu lieu grâce au travail unitaire de militants et
militantes de la ville, pour partie organisé-e-s en AG interpro depuis le 31 mars:
étudiants en grève depuis début mars, syndicalistes Sud/Solidaires et CGT, membres du
centre social autogéré Attiéké, collectifs de sans-papiers, de parents (Bonnets d’âne…),
d’artistes (dont la compagnie Jolie môme), féministes, antifascistes, antiracistes,
membres d’AL, de la CGA, du NPA, de l’OCML-VP, d’Ensemble…

Cet attelage peut sembler hétéroclite mais repose sur des expériences unitaires et de la
confiance. Il a réussi à impulser et organiser en quatre jours un espace de mutualisation
et de convergence sur la ville qui a réuni plus de 600 personnes de toutes générations. La
mutualisation, c’est celle des situations vécues par les habitants et les salarié-es (y
compris privés d’emploi) de la ville, qui est un moment essentiel: il s’agit de s’ouvrir
aux autres et de créer du lien. C’est une étape importante pour développer la conscience
d’appartenir à une même classe sociale.

La convergence se construit autour de la lutte actuelle contre la loi travail. C’est notre
capacité à prendre en compte les différentes revendications et luttes (pour les femmes, le
logement, les papiers, la dignité et le droit au travail, l’égalité de façon générale…)
dans le cadre de la mobilisation.

Cette convergence s’est matérialisée par l’annonce des luttes actuelles à soutenir
(familles à la rue, grèves en maison de retraites…) et la création de rendez-vous communs.
Elle doit permettre de renforcer la mobilisation, le rapport de forces et de faciliter
l’action collective à l’échelle de la ville. Ce dernier point est essentiel au moment où
la lutte s’enracine mais sans secteur «moteur» en grève avec tout de même beaucoup de
personnes mobilisées.Tout cela redonne de l’énergie, permet à des camarades un peu
éloigné-e-s ces dernières années du militantisme de reprendre confiance dans le collectif
et dans la possibilité de gagner tous et toutes ensemble.

Surtout, cette rencontre permet à beaucoup plus de monde de s’exprimer, de participer, de
se réapproprier l’espace public et de tâter une forme d’auto-organisation collective. Nous
verrons si cette première expérience devant se reproduire pour le moment chaque mercredi
réussira à se développer sans s’enliser dans un entre-soi militant et sans oublier la
réalité de l’action. Nous serons nombreuses et nombreux à y contribuer.

Simon Laviec (AL Saint-Denis)

[1] 1. Par exemple pour la prolongation des bourses: les étudiant-e-s en formations
sanitaires et sociales, celles et ceux qui sortent de l’université ou de BTS sans diplôme
ou qui au contraire sortent après avoir épuisé leurs

http://www.alternativelibertaire.org/?En-mai-accelerer-pour-faire-tomber
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anar

 (fr) France, Alternative Libertaire AL #261 - En mai, accélérer

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