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Publié par Patrick Granet

Contrairement à ce qui se dit en boucle dans les grands médias, lors de la manifestation du 14 juin contre la loi Travail, la violence n’est pas venue des manifestants mais bien de la police, sur ordre du gouvernement.

Une violence policière aveugle, sans précédent, s’est déchaînée tout au long du parcours de la manifestation. Dès le départ, le cortège de tête, avec des personnes de tous âges et de toute appartenance syndicale, est chargé de toutes parts. Les policiers tapent en priorité sur la tête, provoquant des blessures au crâne. De nombreuses personnes tombent sous les coups. La police n’hésite pas à lancer des grenades de désencerclement directement sur les manifestants, tout en les gazant. Plusieurs personnes tombent, touchées au cou, aux cuisses, entre les jambes. L’une d’elles a été blessée au dos, et se trouve aujourd’hui dans un état grave. En parallèle, un camion à eau fait son entrée et asperge les manifestants. Des lignes de CRS coupent le cortège en plusieurs morceaux et nassent 5000 personnes…

Récit d’un militant lambda de la manifestation la plus violente de sa vie, suivi de deux témoignages importants

J’avais choisi de me poster dans le cortège de tête avec les militants autonomes, mais aussi avec les milliers de personnes, qui nous accompagnaient. Il faut déjà préciser quelque chose : avant le carré de tête syndical, en tête de cortège, et ce dès le début, ce sont des centaines et des milliers de personnes très différentes qui se sont massées en envoyant un signal aux centrales syndicales : vous ne gérerez pas la lutte toutes seules.

Dès 13h, le cortège de tête est composé de plusieurs milliers de personnes. Au milieu comme un pivot, la commission travail social de Nuit debout donne de la voix dans une ambiance super sympa. Autour d’eux, les black blocs se mêlent aux drapeaux syndicaux.Est-ce que vous voulez voir à quoi res­sem­blent nos visa­ges quand ils ne sont pas mas­qués par des fou­lards, des cas­ques ou des cagou­les ?
Ce sont les mêmes visa­ges qui paient un loyer pour vos appar­te­ments pour­ris, les visa­ges de ceux à qui vous offrez des stages non rému­né­rés ou des jobs à plein temps pour 1000 euros. Ce sont les visa­ges qui paient des mil­liers d’euros pour assis­ter à vos cours. Ce sont les visa­ges des gamins que vous frap­pez quand vous les chopez avec un peu d’herbe dans leurs poches. Ce sont les visa­ges de celles et ceux qui doi­vent s’enfuir du bus quand les contrô­leurs appa­rais­sent, ne pou­vant pas se payer le voyage.
Ce sont les gens qui cui­si­nent vos faux-filets à point dans les res­tau­rants chics, et reçoi­vent pour ça 60 euros la soirée, au black. Ce sont celles et ceux qui vous pré­pa­rent vos cafés serrés à Starbucks. Ce sont ceux qui répon­dent à vos appels en disant « 118 118, puis-je vous aider ? », ceux qui achè­tent de la nour­ri­ture à Lidl par­ce ­que celle des autres super­mar­chés est trop chère. Ceux qui ani­ment vos camps de vacan­ces pour 600 euros par mois, ceux qui ran­gent les étalages des maga­sins où vous ache­tez vos légu­mes bios. Ce sont ceux à qui la pré­ca­rité bouffe toute l’énergie vitale, ceux qui ont une vie de merde, mais ont décidé qu’ils en avaient assez d’accep­ter tout ça.Quand j’entends la CGT dire qu’il y avait que des casseurs devant j’enrage. Le nombre de drapeaux CGT, SUD et FO est très important.
On se lance dans le cortège et l’ambiance est très bonne. Ça chante toujours. Un gros bloc noir d’environ un millier de personne se forme mais il est noyé dans la foule. Loin devant, des dizaines de petits groupes de gens sont masqués. Le cortège de tête est composé d’au moins 10 000 personnes dont un bon tiers est masqué. Comme souvent ce sont les gens non masqués qui mettent l’ambiance par des chants et des slogans assez marrants. Les gens sont de bonne humeur et ce malgré les flics qui sont en colonne sur les côtés de la manifestation. Il s’agit quasi exclusivement de membres des brigades d’intervention. Il y aura certains Gendarmes Mobiles mais presque aucun CRS. La faute à l’Euro sans doute…

Sur le boulevard on voit une voiture renversée, preuve qu’il y a eu d’autres affrontements que je n’ai pas vus. Il faut dire que le cortège est énorme. Et surtout, les affrontements ne font fuir personne. Tout le monde reste au contact, bien décidé à manifester.
La présence des flics en latéral fait vraiment peur. Les lacrymos permanentes aussi. Elle sont très fortes et brûlent de partout.
A partir de là, la tension monte crescendo. Arrivé au RER Port- Royal, un énorme gazage a lieu. La manifestation est fractionnée en plusieurs morceaux. Les charges continuent. Un peu plus loin, la situation est encore plus chaotique. Les flics ont réussi à se saisir du matériel des manifestants, notamment de banderoles renforcées. C’est du corps à corps. La violence est vraiment très forte. Les flics nous provoquent, insultent en passant à côté des manifestants non violents. C’est aussi à partir de ce moment là que la valse des médics commence. Toutes les 3 minutes et ce pendant les deux heures que durera la manifestation, on entend des gens qui gueulent « médic ! Medics ! ». Certains complètement paniqués. (…)

A ce moment, au métro Vavin, a lieu le jet de lacrymogènes ou une personne a été gravement blessée.

Je reviens sur mes pas car je vois l’attroupement et un poto relativement choqué m’explique qu’il y a eu des tirs tendus de lacrymos et beaucoup de jets de grenades de désencerclement.

Au sol, un éducateur de 45 ans venu prêter soin à un blessé. Il raconte avoir perdu connaissance après lui avoir porté secours:

«On marchait et on a vu un CRS pointer son lance-grenades, limite à bout pourtant, ce qui nous a bien fait flipper. Il a tiré la grenade, on n’a pas vu ce qui s’est passé, mais un gars est tombé devant. Nous nous sommes alors précipités vers lui et avons constaté que la blessure était super importante. Il y avait un trou très profond entre les omoplates, ça fumait, la peau a fondu et il avait un trou assez béant. J’ai fait un point de compression mais le sang giclait.»

Quelques minutes plus tard, l'éducateur voit les CRS se diriger vers lui et le premier blessé, lorsqu’il sent un coup sur la tête.

«J’ai senti un coup au niveau de la tête, puis j’ai senti un truc froid couler et j’ai perdu connaissance. Je me suis réveillé, j’étais encore par terre lorsque les pompiers sont arrivés et nous ont transportés à l’hôpital

Thibault Le Floch, journaliste de LCP présent sur place, affirme toutefois être «sûr à 100%» que «ce n’était ni une grenade de désencerclement, ni une fusée». D’après son témoignage, cela pourrait être davantage une grenade lacrymogène:

«Au moment de l’impact, une véritable colonne de fumée s’est échappée de l’engin (avec un bruit de souffle que je n’avais pas entendu avant). La fumée que l’on voit ensuite est un mélange de résidus de fumée de l’engin et des vêtements du blessé qui ont immédiatement commencé à brûler (j’ai distinctement pu voir le trou dans ses vêtements, en dessous de la nuque).J’ai vu que son état était grave et qu’il était inconscient dès l’impact, il n’a eu aucun reflex pour mettre ses mains en tombant.»

«Ensuite, il y a eu un attroupement autour de lui. Les policiers, se demandant ce qu’il se passait, ont ensuite tiré des palets de lacrymo sur le groupe», poursuit-il. Sur sa vidéo prise ci-dessous, on distingue en effet de la fumée se dégager de la victime.

Erio, un autre manifestant présent sur place, rapporte ce que les soignants de la manifestation —les street medics— lui ont dit:

«Les street medics m’ont dit que le premier a reçu une grenade lacrymogène venant d’un lanceur des forces de l’ordre dans le dos, et qu’il avait une plaie d’à peu près 5cm de diamètre. Qu’il était dans un état plus que critique, et qu’ils avaient peur qu’il ne s’en sorte pas.
Ils étaient aussi effarés par le fait que pendant 5 minutes où les gens s’occupaient des blessés, les CRS ont continué à gazer vers eux, alors que plusieurs personnes tentaient d’expliquer aux forces de l’ordre qu’il y avait des blessés.»

Les flics isolent quelque peu un cortège de tête qui a un peu maigri. Un Starbucks se fait défoncer entre autres choses.

Lariboisière avec l’autre blessé.»

Ça continue à caillassser les keufs et les charges continuent. Les lacrymogènes sont incessantes.

Mais c’est l’arrivée à Duroc, devant l’hôpital Necker, qui sera le moment phare de la journée. Pendant une demi-heure, on charge les flics, on recule sur le boulevard, on recharge, on recule. Les flics envoient un nombre de lacrymos complètement dingue. On continue tout de même. Ceux qui n’ont pas de lunettes de piscine ne peuvent pas rester dans le cortège. Il y a tellement de monde et de lacrymogènes que je ne vois même pas les flics. En revanche, j’entends très clairement les grenades de désencerclement et parfois on reçoit de loin des petits éclats

Les affrontement semblent très violents et d’un coup au milieu des lacrymos, dans une atmosphère irrespirable, je vois une charge de flics m’arriver sur la gueule. J’essaie de courir mais je me heurte à un mur de gens, massé comme moi les un contre les autres. Les flics cognent quelques secondes et s’en vont.

La situation se stabilise et les flics décident de rester dans leurs lignes, à l’angle de l’hôpital. Les gens sont trop énervés et s’acharnent sur cette ligne pendant au moins une demi-heure. La ligne prend vraiment de gros pavés dans la gueule juste à côté du métro Duroc. Ça a pour conséquence de ramener une nouvelle machine de guerre de la préfecture de police : un canon à eau. Quand les flics en ont eu assez, ils décident d’attaquer au canon à eau. C’est à ce moment là qu’a lieu la rupture entre un cortège disons plus syndical et le gros du cortège de tête. Du coup le canon à eau se retrouve au milieu du boulevard des Invalide

C’est grave tendu. Les flics coupent la manif en deux et envoient toujours des lacrymos. Je me retrouve dans la partie syndicale, derrière la tête où je vois encore des violences. Les flics nous font face et reculent. Il y a beaucoup de membres de la CGT avec nous qui poussent les flics sur le boulevard. Ils sont à reculons ce qui donne deux ou trois gamelles sympa. Un flic notamment se fait très mal et on ne peut pas s’empêcher d’être content au vu du nombre de copains qu’on a vu la tête fendue cet après-midi là…

Arrivé à St François Xavier, les flics se mettent en statique et font une grosse charge avec gaz au poivre. Ça pique. Ils tapent un petit vieux CGTiste sans trop d’état d’âme. Les manifestants continuent à les pousser et chantent. C’est même très s

Témoignage d’une manifestante sur les affrontements au croisement boulevard du Montparnasse et rue de Sèvres et l’attitude d’une police violente et sans limite.

Des armées choisissent de bombarder les bâtiments identifiés comme hôpitaux pour atteindre leur cible. La police a choisi pour lieu d’affrontement le croisement du boulevard Montparnasse et rue de Sèvres, exposant sciemment aux heurts la façade vitrée de l’hôpital Necker, acceptant après réflexion le risque encouru par patient.e.s et travailleur-eusses hospitaliers. Moi, j’y étais manifestante, à plusieurs reprises j’ai cru mourir d’étouffement.

Le canon à eau et son escorte de bleusaille caparaçonnée, avantageusement placée au carrefour, nous y attendaient en renfort de ceux qui nous harcelaient déjà de tout les côtés. Leur plan : scinder le cortège de tête pour pouvoir y semer le chaos. Duroc a été élu point stratégique d’usage massif et disproportionné de gazage, grenades, tonfas, coups de boucliers, appuyés par le canon à eau. Durant des dizaines de minutes : une séance de torture, beaucoup de blessé.e.s, le personnel de l’hôpital a accueilli celleux qui fuyaient l’affrontement, des camarades ont pissé le sang d’interminables minutes avant qu’on ait pu les secourir, d’autres vomissaient, suffoquaient, s’évanouissaient. Ça a bien résisté devant !

Déter et solidaires, la chaussée en est restée entièrement recouverte de projectiles sur une bonne longueur, avec nos traces de sangs ça et là (en plus de celles sur les habits). J’y ai vu un jeune médic se faire tabasser par la BAC alors qu’il s’accroupissait pour porter secours, une fille la côte apparemment cassée qui étouffait sous les regards amusés des sadiques de la flicaille… Évidemment, après libération, la suite (très longue) n’a pas été moins violente, les blessures encore plus graves, et les provocations incessantes… Mais à Duroc, du fait du confinement et de la nature de la répression clairement punitive et explicitement sadique, à Duroc j’ai cru mourir – et pas que moi. Comme prévu le suivisme médiatique s’enthousiasme, légitime leur résolution préméditée et assumée de punir et de terroriser – préférentiellement les plus jeunes.

Aucune attrition, aucune contrition pour les vitres. Je sais précisément que lutter contre l’ordre dominant c’est s’exposer volontairement au péril et à la constante peur. Je sais précisément que l’ordre dominant est celui-là même qui expose les hôpitaux aux

Au sujet des dégradations de l’hôpital Necker: Coup de gueule d’une Enragée

Les personnes qui instrumentalisent actuellement la souffrance vécue par les enfants malades et leurs familles, en accusant ce « casseur » d’avoir contribué à cette souffrance en brisant une vitre de l’hôpital ; vous me mettez en colère.

Vous, politiques, personnalités diverses ; vous aussi, M. Eric-Emmanuel Schmitt, avec votre récit dégoulinant de mièvrerie démagogue, qui avez sans doute vu dans cet événement un moyen de plébisciter votre œuvre.
Quand on a vécu la réalité d’un service d’oncologie pédiatrique avec son propre enfant, quand on a vécu le manque de moyens permanent, les « non, il n’y a plus de PQ, madame » ; il n’y a plus de patch anti-douleur pour les piqûres du petit » ; « il n’y a plus de savon » ; « essayez de ne pas faire traîner de nourriture dans la cuisine : il y a des blattes » ; « on ne sait pas qui va s’occuper de la chimio, il va peut-être falloir rentrer chez vous » ; « non, la télé ne marche plus » ; « on n’a plus de poches de sang » ; « on ne trouve pas de thermomètre » ; quand on a vécu les rendez-vous qui n’arrivent jamais, les décalages d’emploi du temps d’un personnel submergé, les opérations repoussées, les revendications et la mauvaise humeur des infirmiè-re-s épuisé-e-s, les perfusions posées à la va-vite un peu brutalement à cause de la fatigue, le plateau repas écœurant proposé à un enfant qui ne pèse déjà plus que 28kg…

Eh bien ce n’est pas une dégradation ponctuelle que l’on condamne !
On se fout de quelques vitres cassées !
On comprend la colère qui déborde, même, dans ce climat ou plus personne n’est entendu, où seule la rentabilité compte.

Oui, casser les vitres d’un hôpital, c’est stupide. Mais c’est tout un système qui se fourvoie en permanence dans ses choix et ses priorités qu’il faut contester. La casse matérielle ponctuelle se voit davantage, surtout à la télévision, mais seulement de l’extérieur. Et seulement quelques jours.
Le reste de l’année, tout le système se charge de plomber la vie des familles confrontées à la maladie en préférant investir dans d’autres secteurs plus rentables. Et c’est seulement l’entourage, le personnel hospitalier qui fait de son mieux avec un budget toujours en berne et des heures supp. à n’en plus finir, qui sauve tout ça et permet de tenir.
Toute cette démagogie, cette récupération médiatique et politique dégoulinant de faux bons sentiments, c’est indécent.

Je suis en colère.
Mais pas contre le casseur.

L’état d’urgence, la répression, un capitalisme en putréfaction, une probable crise de régime à venir, le foot-business, les monstrueuses exactions de Daech, les hooligans fascistes mettant à exécution leurs projets, la loi Travail et la fin des 35 heures par une attaque combinée de la gauche et de la droite, les directions des centrales syndicales, qui se demandent bien comment cette fois elles vont pouvoir éteindre le feu du ras-le-bol populaire et cette conviction absolue, comme un serment tacite, partagé et nourri partout dans cette force et cette solidarité retrouvée:

Nous irons jusqu’au bout, quels que puissent être les événements qui se mettront en travers de cette lutte, même si on doit reprendre en septembre, octobre et autant de temps qu’il le faudra, avec des nouvelles formes de révolte populaire face à cette loi rétrograde, en nous organisant pour pouvoir passer encore au niveau supérieur, nous lutterons tou-te-s ensemble jusqu’au retrait.

Et ce serait dommage de s’arrêter là.

Les Enragé-e-s

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