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Publié par Patrick Granet

u lendemain de la mascarade qu’a constitué la manifestation autour du bassin de l’Arsenal, mascarade déjà affichée comme une victoire par les directions syndicales, revennons sur les actions menées par de nombreux manifestants ainsi que sur certaines réactions que cela a occasionné au sein même du mouvement social.

Voilà trois mois qu’en tête de cortège, un nombre chaque fois plus important de personnes se retrouvent et manifestent ensemble leur refus du monde capitaliste et sécuritaire. Ce cortège, qui se qualifie lui-même de radical, autonome ou, plus factuellement de cortège « de tête », est constitué de personnes politisées, de personnes conscientes et réfléchies qui ont décidé ensemble de tenter quelque chose qui, pour beaucoup est nouveau : transcrire son refus de ce monde en actes, par des slogans et parfois en s’attaquant à celles et ceux qui pourrissent la vie des dominés au quotidien : les banques et les compagnies d’assurance car elles détiennent l’argent qui manque à tous ceux en galère et rackettent les plus démunis ; les grandes entreprises qui les exploitent sans merci ; les forces de l’ordre qui défendent l’ordre établi et protègent les dominants.

La volonté du cortège de tête est profondément révolutionnaire. Cette dimension révolutionnaire s’exprime à chaque instant en son sein par les idées qui le traversent et surtout par la solidarité immense qui l’anime. Nous manifestons ensemble, nous agissons ensemble, nous sommes solidaires des actes des uns et des autres et surtout, nous sommes en permanence à l’écoute les uns des autres. Nos pratiques sont diverses, et nos réflexions sur ces pratiques sont permanentes. La violence en particulier est âprement discutée, non pas sur son principe, mais sur ses modalités. En effet, si cette violence est une expression de notre rage commune, autant qu’une réponse à la violence sociale que nous affrontons au quotidien, nous n’aimons pas l’utiliser. Nous ne la fétichisons pas. Lorsque nous attaquons les vitrines, nous brisons les symboles de nos oppresseurs, lorsque nous attaquons la police, nous montrons qu’il est possible d’agir contre l’emprise sécuritaire qui nous étouffe et, dans le même temps, nous retardons les attaques que nous subissons à chaque manifestation. Faire reculer la police avant d’être symbolique, est stratégique : il s’agit de la maintenir à distance pour protéger le cortège des plus mauvais coups.

Il nous a été fait beaucoup de reproches tout au long de ce mouvement contre la Loi Travail, mais, dans le même temps, de très nombreuses personnes, ne se reconnaissant plus du tout dans les modalités d’action des syndicats et partis politiques, nous on rejoint. Cela n’est-il pas une preuve que notre démarche est pertinente et ne peut pas être taxée d’« extérieure » au mouvement, voire de « parasite » ?

Il est évident que la démarche des groupes et des individus qui constituent le cortège de tête est critiquable et, d’ailleurs, les premières critiques émanent de celles et ceux qui le constituent et qui discutent et débattent ensemble depuis plusieurs mois. Je suis de ceux qui espéraient que notre démarche soit comprise et même enthousiasme l’ensemble du mouvement social. Je suis de ceux qui pensaient que la solidarité dans le mouvement social était un impondérable. Lorsque les 8 de Goodyear ont du affronter la justice bourgeoise, les personnes qui se retrouvent dans le cortège de tête, je peux le dire sans hésiter, ont exprimé leur solidarité pleine et entière avec eux. Il s’agissait là d’un geste sincère et évident : les Goodyear étant poursuivis pour des faits politiques (avoir défendu leurs convictions en affrontant les patrons), il était naturel de les soutenir. Triste est de constater que, face à l’avalanche de procès et de condamnations qui aujourd’hui tombent sur nos camarades, la solidarité syndicale et politique du mouvement social est très partielle et trop discrète ! Plus grave, les récentes déclarations de la CGT ou du PCF (reprenant en cœur le discours de condamnation des « casseurs ») constituent un torpillage en règle de la solidarité au sein du mouvement social.

Cependant, ce texte n’a pas vocation à dénoncer le caractère inique de certains positionnements politiques. Il se veut plutôt être un message auprès de celles et ceux qui ne se rangent pas automatiquement derrière la ligne politique de leur(s) organisation(s) politique(s) et/ou syndicales. Celles et ceux qui acceptent l’idée de réfléchir à la situation en faisant un pas de côté afin de regarder les choses autrement, en s’extirpant du chantage médiatico-policier à la respectabilité du mouvement. Celles et ceux qui, je l’espère sauront se rappeler l’évidence suivante :un mouvement révolutionnaire ne sera jamais présenté comme respectable par la presse aux ordres du pouvoir contesté.

Il est quelques termes que les partisans du mouvement social ne peuvent utiliser comme cela leur arrive encore régulièrement. Qualifier de « casseurs » les personnes attaquant des banques, c’est les réduire, de concert avec la police et l’Etat, au rang de demeurés avides de violence, lorsqu’ils s’agit en réalité de personnes réfléchies et révoltées. Utiliser ce terme (et demander à ce titre leur condamnation !), c’est faire le même raisonnement que ceux qui parlaient de criminels et de voyous à propos des syndicalistes de Goodyear ou d’Air France. Cela, on en conviendra aisément, n’est pas acceptable de la part de personnes engagées dans les luttes sociales. Plus terrible encore, dans ces périodes agitées, et dans un contexte de verrouillage total de la presse et des organes de communication du pouvoir, il est ahurissant de voir des responsables politiques reprendre à leur compte, sans aucune analyse critique ni aucune retenue, les « informations » de BFM ou I-Téle. A ce titre, les récents discours de différents responsables politiques de gauche, reprenant sans les questionner les condamnations médiatiques d’une soi-disant attaque de l’hôpital Necker par des « casseurs » sont particulièrement inquiétants. Il est en effet évident que l’hôpital n’a pas été attaqué par celles et ceux qui subissaient alors un gazage massif ainsi que des attaques à coup de grenades de désencerclement. Ce sont les policiers qui ont été visés (voir note).

Confiant dans la capacité d’analyse critique de chacun-e, j’espère par ce texte provoquer la réaction de celles et ceux qui, à l’intérieur comme en dehors des partis, refusent de voir le mouvement se scinder entre bons et mauvais manifestants. Il ne s’agit pas là de demander à quiconque de se reconnaître dans la démarche du cortège de tête, ni dans aucune autre démarche d’ailleurs, mais bel et bien de faire cesser les mécanismes de dissociation et de dislocation qui tendent à faire exploser le mouvement contre la loi travail, ce qui nuira, c’est certain, à tous et toutes !

Un militant communiste participant
régulièrement au cortège de tête.

note : Les quelques baies vitrées brisées l’ont été par un individu qui faisait partie du cortège de tête. Cet acte fait aujourd’hui débat au sein même de ce cortège.Mais ce débat n’est précédé d’aucune distanciation pour la plupart d’entre nous. Si certains pensent que l’attaque de ces baies vitrées étaient une erreur politique, d’autre y voient l’attaque d’un symbole de la puissance étatique et le refus du contrôle social produit par les institutions hospitalières.

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