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Publié par Patrick Granet

Dans les pays où les signes religieux sont autorisés sur les photos officielles, les pastafariens revendiquent le droit de porter une passoire sur la tête. C’est avec une bonne dose d’humour et une reconnaissance officielle de son culte que l’Eglise du Monstre en spaghettis volant veut défendre la laïcité.

« On y croirait presque ! » s’amuse Yves Forban, « touché par la nouille » comme des dizaines de milliers d’adeptes dans le monde. Athée convaincu, il a pourtant reçu l’illumination après la lecture d’un petit article de presse consacré à la religion pastafariste. « Je m’y suis doucement intéressé et ça m’a vraiment plu, d’abord parce que c’est marrant et que les principes édictés par le prophète sont très forts. » Il a pris du galon et détient le titre de pastriarche de Marseille pour l’Église du Monstre en spaghettis volant. « C’est une religion au sens sociologique, mais avec des principes anti-sectaires. L’un des huit condiments, qui fixent les bases de la religion, stipule que l’on ne se servira pas du nom de Monstre en spaghettis volant pour faire du mal aux autres. »

Le pastafarisme se développe à partir de 2005, quand Bobby Anderson, le prophète, envoie une lettre au comité d’éducation du Kansas qui avait décidé d’intégrer dans les cours de sciences le créationnisme, cette croyance religieuse qui nie la théorie de l’évolution et affirme que la terre et la vie ont été créées il y a 6.000 ans. « Il était tout à fait d’accord pour intégrer le créationnisme au programme scolaire, à condition qu’on enseigne aussi la religion du Monstre en spaghettis volants », explique Yves Forban. « Moi-même, ainsi que beaucoup d’autres gens dans le monde, croyons profondément que l’univers a été créé par un Monstre en Spaghettis Volant (MSV). C’est Lui qui a créé tout ce que nous voyons et sentons. Nous avons la certitude que les preuves irréfutables des processus d’évolution des espèces ne sont qu’une coïncidence, qu’Il les a mises en place ». En effet, le MSV est un farceur qui a enterré de faux fossiles et qui trompe les résultats de datation au carbone 14 pour faire croire qu’ils sont beaucoup plus anciens.

Au nom du principe d’égalité, Bobby Anderson réclame donc pour l’enseignement « un tiers du temps pour la Conception Intelligente (relevant du créationnisme, Ndlr), un tiers du temps pour le Monstre en Spaghettis Volant, et un tiers du temps pour une conjecture logique fondée sur des preuves irréfutables et observables. » Deux ans plus tard, le Kansas renonce finalement à enseigner le créationnisme. La lettre du prophète a eu son petit effet, plusieurs médias la publient et le pastafarisme se popularise sur Internet. Pour eux, il est absolument évident que le MSV a créé le monde alors qu’il était complètement ivre, ce qui explique son imperfection. Le prophète a aussi démontré, graphiques à l’appui, que le réchauffement planétaire et l’augmentation des catastrophes naturelles étaient directement liés à la baisse du nombre de pirates depuis les années 1800. Ceux-ci sont donc vénérés et un bon pastafariste s’habille en pirate et porte une passoire sur la tête, parce que les pâtes sont elles aussi sacrées. Préparer un bon plat de spaghettis avec des boulettes de viande est une reconnaissance envers le Monstre. Le paradis pastafarien est un monde où la bière coule en fleuve depuis des volcans et où les bars sont pleins de stripteaseurs ou stripteaseuses. C’est la même chose en enfer, sauf que la bière est éventée et que les gens ont des maladies sexuellement transmissibles.

Pour les pastafariens, la reconnaissance officielle de leur religion est une arme pour réclamer la séparation de l’Église et de l’État. « Les religions ont causé des guerres et ont des conséquences sur nos façons de vivre. En tant que pastafariens, on tente un exorcisme par l’humour, on singe, on caricature en suivant notre propre chemin absurde. On désacralise et démystifie les autres religions. » Quelques adeptes ont ainsi pu poser avec une passoire sur la tête sur la photo de leur permis de conduire en Autriche, en République Tchèque, dans le Massachusetts, etc. La Pologne a même un temps reconnu le pastafarisme comme une religion à part entière. L’archevêque Strozzapreti de l’Église Pastafarienne du Luxembourg a envoyé il y a quelques mois une lettre au ministre des Cultes du duché pour obtenir une reconnaissance et le chèque qui va avec. « Le pastafarisme est un mouvement qui essaie de promouvoir la laïcité, ce n’est pas les religions que l’on attaque, ce sont les passe-droits qui leur sont accordés par les politiques. Il n’y a pas de raisons qu’ils disent non pour nous. Nous voudrions qu’ils nous disent non, mais qu’ils le disent aussi pour les autres », explique Yves Forban.

Que sa sainte nouille vous touche toujours et partout !

Chaque église possède ses propres spécificités, selon le contexte et la politique religieuse du pays. « Chacun mène son propre combat par rapport à la laïcité. C’est plus humoristique en France, où le pays est plus laïc. En Italie, ils font des manifs tous les mois pour la reconnaissance du mariage homosexuel. Leur façon de faire est conditionnée par le fait que l’Église romaine est très présente, avec des croix partout et un enseignement catholique prégnant. C’est la même chose en Pologne, où le militantisme est plus prononcé », dit le pastriarche de Marseille. Parmi ses bonnes œuvres, il avait distribué des tracts pastafariens pendant les cercles des veilleurs, qui dénonçaient le mariage homosexuel. « On en diffusait sept fois plus qu’eux, ce qui montre quand même qu’il n’y a pas grand monde derrière les catholiques intégristes. Une bêtise comme la nôtre a plus de résonnance que la leur. »

Paravent de la haine pour les uns, hérésie, ou encore nécessité absolue, la laïcité n’en finit pas de déchaîner les passions. « Je ne suis pas laïcard pour autant, je ne vais pas interdire à une femme de se voiler dans la rue par exemple. Les gens font ce qu’ils veulent, mais il ne faut pas qu’ils subissent une religion qu’ils n’ont pas choisie. » Le comble pour le pastafarisme serait qu’il devienne une religion comme les autres… « En Pologne, en Italie, ils essaient de structurer l’Église. Je les mets en garde parce qu’ils vont finir par se prendre au sérieux et dire aux gens comment penser. C’est le pire qui pourrait arriver. Il y a des guéguerres entre congrégations en Pologne, avec même des cas d’exclusions. Pour moi, le mouvement pastafariste doit rester individuel » met en garde le pastriarche. Alors, Chères Sœurs, chers Frères, que Sa Sainte Nouille vous touche toujours et partout !

Guillaume

Pour en savoir plus :

Site Internet du Pastafarisme marseillais et de la fédération pastafarisme francophone

Cet article a été initialement publié dans le numéro 9. Vous pouvez commander votre numéro (4 €) ou vous abonner (15 €)sur cette page.

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