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Publié par Patrick Granet

Depuis le 9 mars, la marmite bout. Les manifs du 17 et du 24, à l’initiative des étudiants et des lycéens, ont permis de maintenir la pression jusqu’à aujourd’hui 31 mars. Fixée à l’origine par les organisations syndicales comme une simple journée d’action, cette date pourrait, sous la poussée d’une forte mobilisation, marquer un tournant qualitatif dans la lutte contre la Loi El Khomri et le train des contre-réformes portées par le gouvernement Valls-Hollande-Medef.

Dans l’intervalle entre le 9 et le 31 mars, le gouvernement a usé aussi bien des sirènes de la négociation que des coups de la répression. En vain. Le mouvement est toujours là, mobilisé pour le retrait total de la Loi El Khomri.

Un climat et une préparation qui devraient payer

Dans toute la France, la mobilisation devrait être au rendez-vous. Grèves dans plusieurs secteurs en lutte, appels à la manifestation et tracts lancés par les organisations syndicales, AG dans les facs et collèges, mise en place d’intersyndicales et d’interpros, cortèges de convergence étudiants, lycéens et travailleurs en lutte. Tous témoignent de leur volonté commune de s’organiser pour arracher le retrait de la Loi Travail ; une détermination à la base à laquelle les directions syndicales se doivent de répondre positivement.

Sous la pression de la base, les secrétaires de fédération de la CGT réunis à l’invitation de Philippe Martinez et prévoyant un niveau de mobilisation élevé ont fait appel aux fédérations pour multiplier les arrêts de travail et renforcer les services d’ordre dans toutes les manifestations de Paris et de province.

Par ailleurs un communiqué commun des organisations syndicales de la fonction publique, CGT, FO, FSU et Solidaires a appelé l’ensemble des fonctionnaires à la grève et à manifester le 31.

La mobilisation se propage jusque dans les rangs de la CFDT, où la base se rebiffe. En réponse à leur dirigeant qui dénonce une manifestation « fourre-tout » des militants rétorquent « Berger, nous ne sommes pas des moutons » et appellent à se mettre en grève et à manifester ce jeudi.

Pour leur part, les étudiants et les lycéens qui ont maintenu la flamme de la lutte depuis le 9 mars grâce aux manifs du 17 et du 24 retrouvent une bouffée d’oxygène pour continuer à se mobiliser et à mobiliser autour d’eux. C’est ainsi que, les étudiants de Paris 8 prévoient leur participation à un cortège de ville pour aller à la manif avec les salarié-es et habitant-es de St-Denis. La compagnie jolie môme, qui répond très souvent présente dans les actions de convergence des luttes animera le cortège.

Des secteurs en lutte dont les revendications se rejoignent

Plusieurs secteurs-clés sont actuellement en lutte, parfois depuis des mois, contre les lois spécifiquement concoctées pour mettre à mal les effectifs, les conditions et les horaires de travail, les salaires. Qu’il s’agisse de l’AP-HP, de la SNCF, de la RATP, de La Poste, du secteur aérien, de L’Agence France Presse, des services du nettoiement ou bien d’autres…, tous sont en bute à une série de lois et de pratiques conçues par les serviteurs zélés du pouvoir et du Medef dans le droit fil de la loi El Khomri.

A l’AP-HP c’est Martin Hirch qui met en place, à marche forcée, sa réforme du temps de travail qui vole aux salariés 15 heures par semaine de RTT. A la SNCF, ce sont des cheminots en grève à plus de 35% le 9 mars, contre les atteintes à leurs acquis sociaux, fruit des luttes, sous couvert de la concurrence avec les entreprises ferroviaires privées. A la RATP, le 9 mars, c’est une grève très suivie contre le projet de « décret socle » préparé par le gouvernement qui fixera des règles communes à la SNCF et aux entreprises privées avant la parution d’une convention collective du ferroviaire. Dans le secteur aérien, la nouvelle loi Diard modifie l’organisation du travail et autorise l’affectation de pilotes non-grévistes pour casser les grèves. Les pilotes sont vent-debout.

Les journalistes de l’Agence France Presse, pour leur part, démontrent que la logique de la Loi Travail est la même que « celle qui est à l’œuvre depuis que le PDG a décidé brutalement de dénoncer tous les accords sociaux, construits au fil des ans pour accorder des droits et garanties aux salariés de toutes catégories ».
On pourrait allonger encore la liste des secteurs en lutte du public mais aussi du privé des « Good Year » qui jouent un rôle important dans la mobilisation aux travailleurs de PSA Peugeot en passant par le secteur du commerce.

C’est tout naturellement que les travailleurs en lutte dans ces secteurs relient les attaques spécifiques qu’ils subissent à la Loi El Khomri et appellent à la grève et à la manifestation pour le 31 mars.

Quant aux sans-papiers, dont la bagarre ne connaît pas de cesse, soutenus par l’intersyndicale du ministère du Travail CGT – SNU TEFE FSU – SOLIDAIRES et Droits devant, ils occupent à plus de 300, depuis mardi, le siège de la direction Générale du Travail pour exiger d’El Khomri la régularisation de tous les travailleurs sans papiers. Dans un communiqué ils déclarent : « Notre lutte contre la précarité et l’exploitation la plus indigne s’inscrit pleinement dans la mobilisation générale contre la loi El Khomri de demain. Justement, les bureaux occupés sont ceux où s’écrit la loi.

Un puissant désir de continuer jusqu’à la victoire

Mais tous ont bien compris que le gouvernement ne cèdera pas au soir du 31 mars même si la mobilisation dépasse toutes nos espérances. S’il est prêt à négocier des miettes et même un peu plus, le retrait serait pour lui une défaite majeure. Raison de plus bien entendu pour continuer.

C’est ce qu’ont exprimé, à leur manière, les organisations et les militants qui à la suite de la projection du film « Merci Patron » ont lancé l’initiative Nuit Debout. Après la manif du 31 mars, ils prévoient une occupation festive et militante de la place de la République à Paris, mais aussi dans un grand nombre d’autres villes avec projection de « Merci Patron » mais aussi des concerts, des échanges… » Ce qu’eux-mêmes appellent « Rêve générale ».

Mais bien sûr cela ne suffira pas pour faire plier le MEDEF. Il faudra que le mouvement tienne la longueur et gagne en puissance si l’on veut aller à la victoire. C’est en bloquant l’activité des entreprises et des services, par la convergence et la grève générale que l’on peut prendre à la gorge le gouvernement et les capitalistes qu’il sert.

Pourtant, peu nombreux sont les secteurs où est prévue une grève reconductible au lendemain du 31 mars. Quelques-uns ont ouvert la voie comme la Fédération Sud Santé Sociaux qui titre « « En grève du 17 mars au 9 avril… et plus si affinités ». Elle annonce qu’elle déposera une série de préavis quotidiens qui s’appliquent à l’ensemble du champ public et privé couvert par les statuts (santé, social, médico-social, animation, éducation populaire, logement social). C’est le cas également des syndicats du Nettoiement, Egouts, EVSPC et TAM DPE des Services publics parisiens (75) qui ont déposé un préavis pour la période du 31 mars au 2 mai.

Le mode de poursuite prôné par la CGT reste les journées d’action, avec des échéances peut-être un peu plus rapprochées, qu’entre le 9 et le 31 mars, mais pas de mots d’ordre de grève reconductible et encore moins de grève générale. Elle propose à l’intersyndicale confédérale deux journées d’action dans la semaine qui suit le 31 mars, une en semaine et l’autre un samedi et estime que cette proposition est « bien perçue par les autres organisations ».

Plus que jamais « les journées d’action à répétition risquent d’épuiser le mouvement, de faire tourner le rapport des forces au désavantage des travailleurs et d’amener à nouveau les « partenaires » sociaux à la table des négociations pour envisager un code du travail « modernisé ». Pour obtenir non seulement le retrait total de la loi Travail, ni amendable, ni négociable, mais aussi pour imposer nos propres mot d’ordre, un travail stable pour toutes et tous, la réduction et le partage du temps de travail, à commencer par la semaine de 32h, un salaire minimum assuré de 1700 euros nets par mois, évoluant avec l’inflation, il nous faudra déborder nos directions syndicales, pour opposer à ce gouvernement une grève générale qui est la seule à même d’imposer nos solutions au chômage et à la précarité.