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SERPENT -  LIBERTAIRE

anarchiste individualiste

J'ai été volontaire auprès de la congrégation de Mère Teresa. C'est une arnaque sans nom

J'ai été volontaire auprès de la congrégation de Mère Teresa. C'est une arnaque sans nom

LE PLUS. Au printemps 2009, Margaux B. a passé un mois comme volontaire dans un des hospices des missionnaires de la Charité à Calcutta. Elle y a rencontré d'autres volontaires formidables qui lui ont beaucoup appris, bien plus que son expérience d'humanitaire du dimanche. Mais à la fin de ce mois, elle a bien déchanté sur l'organisation.

Édité par Louise Auvitu Auteur parrainé par Paul Laubacher

En 2009, lors mon année d'échange universitaire en Inde, ma jeunesse, ma naïveté et moi sommes allées jouer les volontaires dans un hospice des missionnaires de la charité à Calcutta, fondé par Mère Teresa.

Les cours étaient finis : je voulais une autre expérience que du simple tourisme et c'était l'occasion de "faire un peu d'humanitaire". À l'époque, je ne connaissais pas les critiques dont elle avait fait l'objet, notamment celles de Christopher Hitchens.

Je devais sûrement avoir besoin de me racheter une conscience, qui sait.

Au bout d'un mois, j'ai déchanté sur Mère Teresa et sa congrégation

Début avril 2009, j'atterris à Calcutta, file au centre m'inscrire comme volontaire puis rejoins le quartier d'hôtels à touristes fauchés où je me dégote une piaule sur le rooftop d'un établissement un peu miteux, mais à l'ambiance sympathique. Les sœurs de la Charité gèrent plusieurs hospices dans la ville, dont des orphelinats et chaque volontaire choisit son affectation.

Au bout d'un mois de volontariat, j'ai déchanté sur Mère Teresa et sa congrégation.

Pour Mère Teresa, la souffrance rapproche de Dieu, surtout si tu es pauvre. À l'hospice où je me suis auto-affectée, celui de Prem Dan et non le célèbre Kalighat pris d'assaut par les volontaires, les malades reçoivent peu ou pas de soins : le médecin passe une fois par semaine pour toutes les patientes, dont les cancéreuses, qui sont soignées à l'aspirine et aux vitamines.

Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de soigner votre cancer aux seuls anti-douleurs, mais ça n'est pas super efficace. D'où cette conversation brève et un peu surréaliste entre moi et une bonne sœur, après quelques jours :

"- Il y a un médecin qui vient quand même ?

- Oui, une fois par semaine

- regard de merlan frit de ma part : …."

Hygiène mauvaise, peu de soins administrés

L'hygiène est loin d'être optimale, même si les employées indiennes lavent à grande eau une fois par jour. Mais avec la chaleur étouffante, l'humidité et la poussière, c'était loin d'être suffisant.

Certaines malades restaient en permanence allongées sur leur lit et développaient escarres sur escarres, parfois bien plus graves que leur pathologie originelle. Les sœurs n'avaient quasiment aucune compétences médicales, tout comme les employés indiens (souvent des habitants du bidonville environnant qui travaillent pour les sœurs, et se cognent bien souvent tout le sale boulot).

En fait, les maigres soins étaient principalement assurés par les volontaires ayant des formations médicales.

Les volontaires étaient préposés aux tâches ménagères

Au-delà de cela, je remarquais que de nombreuses pensionnaires âgées n'étaient pas malades physiquement, mais avaient l'air de souffrir de démence. On m'a expliqué que leur famille les mettaient là comme dans une maison de retraite. Déjà que les sœurs étaient infoutues de soigner un rhume, alors des problèmes psy, vous n'y pensez pas.

Surtout, difficile de communiquer vraiment avec les femmes de l'hospice pour une bête histoire de langues. Mine de rien, ça limite pas mal "l'expérience humanitaire enrichissante" que l'on vous vend.

Dans les hospices, les volontaires occidentaux en mal de sensations faisaient la lessive, épaulés par quelques pensionnaires valides, distribuaient les repas, puis étaient préposés à la vaisselle. Bref, les sœurs étaient bien contentes d'avoir tout ce beau monde pour les tâches ménagères.

Et dans les orphelinats, les enfants ne reçoivent quasiment aucune instruction ni éducation.

Chez Mère Teresa, on glorifie la souffrance, on ne la soigne pas

Alors vous me direz que peut-être les sœurs font du mieux qu'elles peuvent avec les moyens du bord. Sauf qu'elles reçoivent des sommes colossales de dons en espèces sonnantes et trébuchantes, et que Mère Teresa avait elle-même reçu des millions de dollars selon cette étude relayée ici, qui malheureusement n'a pas enquêté pour savoir où étaient caché le magot, dont certains fonds viennent de gens peu recommandables.

Entre dollars dissimulés et mauvaise gestion à Calcutta, il y a de quoi perdre la foi. Et il est là le nœud du problème, qui saute aux yeux même après quelques jours de volontariat : les dons ne sont pas réinjectés dans le système.

Et oui chez Mère Teresa, on glorifie la souffrance, on ne la soigne pas.

L'hospice de Prem Dan se trouve au beau milieu d'un bidonville. Avec tout cet argent qui afflue en masse, on pourrait imaginer que les sœurs aient lancé des programmes de développement. N'y songez même pas.

Comme un sentiment d'avoir été arnaquée

Après un mois de volontariat à l'hospice, j'ai plus appris au contact des autres volontaires – on rencontre un paquet de gens formidables, c'est l'avantage de l'expérience – et des soirées bière sur les rooftops des hôtels crasseux, que de mon expérience d'humanitaire.

Je passe sur les polémiques des miracles présumés de Mère Teresa, son conservatisme forcené, ses doutes sur sa foi tout en tenant un discours sur la souffrance et la pauvreté des plus fermé, ainsi que surl'Église qui la canonise un peu vite après une enquête un poil légère.

J'ai principalement appris que les religieuses à Calcutta étaient assises sur un tas d'or qu'elles ne redistribuaient pas via leurs actions, tout ça en prêchant la bonne parole et en faisant mine de soulager les plus pauvres. Où est cet argent ? Mystère.

Mère Teresa a répété à tout-va qu'elle avait douté pendant plusieurs décennies : si le doute fait partie de la foi, les histoires de la soi-disant sainte m'apparaissent de plus en plus comme une opération d'enfumage.

Quand j'y réfléchis quelques années après, il me reste cette vague impression de m'être fait un peu arnaquer.

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