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Publié par Patrick Granet

Les élections régionales se sont soldées par une nouvelle et forte poussée du Front national en France. Dans le reste de l’Europe, les parties populistes ont également le vent en poupe et participent même au pouvoir dans cinq pays de l’Union.

Chronique sur RFI - Les populistes gagnent du terrain en Europe

Même si le Front national n’a pas remporté de régions dimanche soir, les élections régionales françaises ont été marquées par une forte poussée des nationaux-populistes qui disposent à présent de 358 conseillers régionaux. Face à la montée du FN, les partis traditionnels se sont profondément divisés.

A gauche, la direction du PS a imposé le “retrait républicain” en cas de triangulaire défavorable à la gauche. Pour la plupart des sympathisants socialistes, écologistes ou se réclamant de la gauche de la gauche, le FN reste un parti d’extrême droite à tendance fascisante qu’ils refusent de ce fait de considérer comme un parti républicain ou, au moins, un parti “comme les autres”.

A droite, l’opposition exprimée ou implicite face au “ni-ni” imposé par Nicolas Sarkozy laissera des séquelles durables. En attendant, la droite “décomplexée” dont parle l’actuel président de “Les Républicains” pense que le FN est une formation populiste qui se nourrit de l’exaspération d’une partie de la population victime de la crise et désemparée face aux conséquences de la mondialisation.

La gauche européenne plutôt vigilante

Reste qu’à ce jour en France, aucune formation politique n’envisage d’alliance avec le FN. Ce refus de “pactiser” n’est naturellement pas une spécificité française. Là ou prospèrent les partis populistes à tendance xénophobe, nationaliste et antieuropéenne, presque toutes les formations situées à gauche de l’échiquier politique refusent toute idée d’alliance.

C’est notamment le cas en Italie où le président du conseil Mateo Renzi, issu du centre gauche, s’en prend régulièrement à l’irresponsabilité et à l’inhumanité des thèses défendues à la fois par les “cinque stele” de Beppe Grillo et la Ligue du Nord de Mateo Salvini.

En Suède, le nouveau premier ministre social-démocrate Jimmie Akesson ne se prive pas d’évoquer la Croix gammée qui ornait encore, dans les années 90, l’emblème des démocrates suédois, formation très islamophobe comme son nom ne l’indique pas.

Au Royaume-Uni, le nouveau leader travailliste Jeremy Corbyn, très marqué à gauche, a choisi d’ignorer superbement les souverainistes de l’UKIP dont le chef Nigel Farage ne cesse de tirer à boulet rouge sur lui. Une stratégie payante au vu des récentes élections locales à Oldham, début décembre, où le candidat travailliste a balayé avec 62% des suffrages son adversaire de l’UKIP.

L’ambiguïté de Cameron

En revanche l’attitude du premier ministre conservateur David Cameron est beaucoup plus ambiguë. Au point que beaucoup d’observateurs, y compris au sein du parti conservateur (notamment l’ancien premier ministre John Major), accusent Cameron de “courir après l’UKIP”, un peu comme on le dit en France de Nicolas Sarkozy avec le FN.

De fait, en prévoyant un référendum sur la sortie de l’Union européenne en 2017, en dénonçant la liberté de circulation en Europe, en annonçant des restrictions à l’immigration venue des pays de l’Est, le Premier ministre britannique semble vouloir couper l’herbe sous le pied de Nigel Farage. Avec succès, semble-t-il, puisque les conservateurs ont remporté haut la main les élections générales de mai dernier.

Les populistes aux affaires au Danemark et en Finlande…

En Europe du Nord, Les populistes sont, depuis des années, proches du pouvoir. Mais cette fois, ils y sont quasiment au Danemark car, depuis cette année, le gouvernement de coalition du libéral Lars Rasmussen est soutenu par les populistes du parti du peuple danois “DF”. “Soutenu” seulement parce que “DF” a refusé la participation au gouvernement que Rasmussen lui proposait vu l’absence d’accord en matière de politique de l’immigration et d’attitude à adopter vis-à-vis de l’Union européenne. Ce qui n’a pas dissuadé les Danois de rejeter à 53%, lors d’un referendum organisé le 3 décembre dernier, le renforcement de la participation du pays à la coopération européenne en matière de justice et de police.

En revanche, les populistes sont pleinement au pouvoir en Finlande car ils participent, depuis le printemps 2015, au gouvernement dirigé par le centriste conservateur Juha Sipilä. Le leader des “Vrais finlandais”, Timo Soïni, est même devenu ministre des affaires étrangères et les populistes détiennent également les portefeuille de la défense, de la justice et des affaires sociales.

… de même qu’en Pologne et en Hongrie

Cela dit, les “Vrais finlandais”, que l’on peut qualifier d’”identitaires”, ont mis un peu d’eau dans leur vodka en quittant, au Parlement européen, le groupe Europe libertés et démocratie dans lequel siègent notamment l’UKIP britannique et les “cinque stele” italiennes, pour rejoindre celui des conservateurs. Ils siègent désormais aux côtés du parti polonais conservateur et eurosceptique “Droit et justice” qui gouverne la Pologne depuis le mois d‘octobre.

Cela fait donc trois pays où les populistes participent au pouvoir. Et l'on ne saurait oublier laHongrie, où le premier ministre Viktor Orban dirige le pays comme le feraient des “durs” du Front national français. Mais la liste ne s’arrête pas là.

Même la Belgique !

Car il y a notre plus proche voisin, la Belgique. Depuis l’automne 2014, un gouvernement dit “suédois” conduit par le libéral francophone Charles Michel dirige le pays. Pourquoi “suédois” ? Par référence au drapeau de la Suède – une croix jaune sur fond bleu. Or, les couleurs et emblèmes des trois partis qui composent l’actuelle coalition belge sont le jaune, le bleu et la Croix des démocrates chrétiens.

Et justement, le jaune, c’est la couleur de la N-VA, le parti indépendantiste flamand assez peu eurosceptique mais très identitaire et anti-immigration. Son leader Bart de Wever n’est pas au gouvernement mais la N-VA ne détient rien de moins que les portefeuilles de l’intérieur, des finances, de la défense ainsi que – c’est un comble – le secrétariat d’Etat à l’asile et à la migration ! Bart de Wever ne cesse d’ailleurs de réclamer un “patriot act” pour la Belgique.

Bientôt de retour en Autriche ?

Enfin, il faut dire un mot de l’Autriche où les populistes du FPÖ, le parti fondé par feu Jörge Haider, a déjà participé à une coalition gouvernementale au début des années 2000. Le FPÖ, désormais dirigé par Hans-Christian Strache, semble aux portes du pouvoir à Vienne. D’une part, la grande coalition sociaux-démocrates/chrétiens démocrates s’est singulièrement usée depuis dix ans qu’elle est aux responsabilités. Mais il y a plus grave : à la suite des élections de mai dernier dans le Burgenland, les sociaux-démocrates du SPÖ n’ont pas hésité à former un gouvernement de coalition avec l’extrême droite ! Du coup, au sein des conservateurs de l’ÖVP, il n’y a plus de réticence à envisager de gouverner avec le FPÖ au niveau fédéral.

Et le temps parait bien loin – 15 ans - où les Européens avaient choisi de boycotter l’Autriche parce que les Chrétiens démocrates avaient ouvert les portes du gouvernement aux populistes …

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