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Publié par Patrick Granet

L’écrivain algérien, lauréat du Goncourt du premier roman 2015, prend fait et cause pour les femmes musulmanes. Il sera présent au Monde Festival le samedi 26 septembre, à l’Opéra Bastille.

Son verbe est clair, lumineux. L’écrivain algérien Kamel Daoud, 45 ans, possède cette lucidité, ce goût violent de la justice, ce même esprit de radicalité conjugué au devoir de nuance qui caractérisaient son modèle, Albert Camus, auquel il ressemble à plusieurs titres.

Comme le gamin de Belcourt, futur Prix Nobel de littérature, Kamel Daoud, fils de gendarme, est né dans une famille où personne ne savait lire. C’est seul qu’il a appris la langue française, le seul parmi ses six frères et sœurs à avoir suivi des études supérieures. Après la « décennie noire » en Algérie, il a décidé de prendre la plume pour exorciser les démons de l’obscurantisme.

Depuis sa première chronique dans Le Quotidien d’Oran, il y a douze ans, Kamel Daoud exprime sans détour des opinions qui lui ont valu, en dé­cembre 2014, un appel au meurtre, lancé par un imam salafiste pour « apostasie et hérésie ». ­Hérésie ? Terme de prédilection des inquisiteurs contemporains niant toute différence, refusant toute altérité et privilégiant l’au-delà à l’ici-bas.

« Deux maladies »

Par ses positions laïques, ses papiers au vitriol contre le fanatisme, la corruption du régime de Bouteflika ou la terreur djihadiste, Kamel Daoud est devenu en Algérie une figure intellectuelle respectée par les uns, haïe par d’autres. « Je ne suis pas l’homme d’un seul livre, contrairement à ce qu’on croit, parce que je pense que cela mène à deux maladies : soit la vanité, soit une guerre de religion », a-t-il rappelé, en recevant, à Paris, le Goncourt du premier roman 2014 pour Meursault, contre-enquête (Actes Sud), magnifique récit se présentant comme le contrepoint de L’Etranger, de Camus.

C’est ce deuxième livre publié en France après Le Minotaure 504 (Sabine Wespieser, 2011), petit précis de révolte humaniste, qui a fait largement connaître ce maître de l’absurde doublé d’un styliste aux neuves métaphores.

Après les « printemps arabes » et le for­midable espoir qu’ils ont soulevé, Kamel Daoud n’a pas manqué de s’inquiéter du sort des femmes et du recul de leurs libertés souhaité par les Frères musulmans en Egypte et le parti Ennahda en Tunisie, aujourd’hui écartés du pouvoir : « N’a-t-on pas mieux à faire et plus urgent que de couper les cheveux des femmes en quatre et de chercher à voir si la femme est un os ou un objet complémentaire ?, s’offusquait-il dans un éditorial paru le 5 août 2012 dans Le Quotidien d’Oran. C’est quoi ce Moyen Age de ­ténèbres et de bigotisme ? »

« Faire avancer la démocratie »

Cette question qu’il ne cesse de ressasser en ces temps troublés par le terrorisme, l’écrivain y répond lui-même. Car, mieux que quiconque, Kamel Daoud parvient à décrypter les mécanismes de haine à l’œuvre dans les discours religieux et les idéologies dominantes. Pourquoi les islamistes détestent-ils autant les femmes ? Pourquoi refusent-ils qu’elles conduisent, mettent des jupes courtes, aiment librement ?

« Le rapport à la femme est le nœud gordien, en Algérie et ailleurs, affirmait Kamel Daoud dans un entretien accordé le 2 juin à L’Humanité. Nous ne pouvons pas avancer sans guérir ce rapport trouble à l’imaginaire, à la maternité, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entière. Les islamistes sont obsédés par le corps des femmes, ils le voilent car il les terrifie. Pour eux, la vie est une perte de temps avant l’éternité. Or, qui représente la perpétuation de la vie ? La femme, le désir. Donc autant les tuer. ­J’appelle cela le porno-islamisme. Ils sont contre la pornographie et complètement pornographes dans leur tête. (…) Quand les hommes bougent, c’est une émeute. Quand les femmes sont présentes, c’est une révolution. Libérez la femme et vous aurez la liberté. »

Eternelle opposition entre Eros et Thanatos que l’écrivain décrit sous la forme d’un syllogisme mortifère : « La femme étant donneuse de vie et la vie étant perte de temps, la femme devient la perte de l’âme », explique Kamel Daoud dans un billet publié sur son compte Facebook. Pour lui, promouvoir la cause des femmes musulmanes, c’est faire avancer la démocratie, désirer, toucher, vivre et s’éterniser dans la vie.

Kamel Daoud sera l’invité du Monde Festival samedi 26 septembre, à l’Opéra Bastille, studio, de 14 heures à 15 heures, dans le cadre du débat « La femme est l’avenir du monde arabe », animé par Christophe Ayad, avec Kamel Daoud et Mona Eltahawy, j


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