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Publié par Patrick Granet

Arrêté mercredi 30 avril par la police nord-irlandaise à laquelle il s’est livré de son plein gré, le leader républicain irlandais Gerry Adams a vu vendredi 2 mai sa détention prolongée de quarante-huit heures.

Le nationaliste de 65 ans est connu pour son activisme anti-britannique en Irlande du Nord au début des années 1970 et pour son rôle dans le processus de paix dans les années 1990. Président du Sinn Fein, qui fut longtemps l’aile politique de l’Armée républicaine irlandaise (IRA), cet homme à la grande stature et à la barbe poivre et sel a longtemps été un paria dans la Grande-Bretagne des années 1980, où il était banni d’antenne. Emprisonné à plusieurs reprises, Gerry Adams n’a jamais reconnu avoir été membre de l’IRA, mais il a déclaré, dans un langage alambiqué, ne jamais s’en être « dissocié ».

Au sein du mouvement républicain, il faisait partie des plus modérés et a été parmi les principaux artisans des accords du vendredi saint de 1998, qui ont mis fin à trente ans de guerre civile entre républicains catholiques et unionistes protestants. Depuis, Gerry Adams, qui est aujourd’hui député au Parlement de la République d’Irlande, a vu grandir sa stature de responsable politique. Il se rend régulièrement à la Maison Blanche et faisait partie des invités d’honneur aux funérailles de l’ancien président sud-africain Nelson Mandela.

Il fait actuellement campagne, au nom du Sinn Fein, pour les élections européennes et les élections locales irlandaises qui se tiendront le 25 mai. Ce qui fait dire à ses proches que cette arrestation vise avant tout à affaiblir le Sinn Fein et répond à des objectifs politiques.

De quoi est soupçonné Gerry Adams ?

Gerry Adams est soupçonné d’avoir commandité le meurtre de Jean McConville en 1972. Cette femme avait été enlevée devant ses enfants par l’IRA, qui la soupçonnait, à tort, d’être une informatrice des autorités britanniques. Une enquête policière a démenti qu’elle était « une indic » ; son seul tort aurait été d’avoir porté secours à un soldat britannique blessé dans un attentat. Elle avait été exécutée, et son corps n’avait été retrouvé qu’en 2003, enfouie dans le sable sur une plage du comté de Louth en République d’Irlande (comté que représente Gerry Adams aujourd’hui au Parlement irlandais). Le président du Sinn Fein dément toute implication. « Des accusations malveillantes très médiatisées ont été portées contre moi. Je les rejette. (…) Je suis innocent de toute partie du kidnapping, de l’assassinat et de l’enterrement de Jean McConville », a-t-il déclaré avant son arrestation.

Comment Jean McConville a-t-elle disparu ?

Jean McConville est l’une des 3 600 victimes des « troubles », l’euphémisme par lequel est désigné la guerre civile larvée qui a fait 3 600 morts entre 1969 et 1998. Cette mère de dix enfants, était une protestante de 37 ans, veuve d’un catholique. Elle faisait partie des seize « disparus » dont l’IRA n’a admis le meurtre, d’une balle dans la nuque, qu’en 1999, mais sa mort est l’un des crimes commis durant cette période prêtant le plus à controverse.

Jean McConville a été enlevée en 1972 par un commando de l’IRA, dans le quartier catholique des Falls, à Belfast-Ouest. Jeudi 1er mai, un de ses fils, âgé de 11 ans à l’époque des faits, a accordé un témoignage à la BBC, racontant avec précision l’arrestation. « On a frappé à la porte, et ils ont fait irruption, explique aujourd’hui Michal McConville. Avec mes frères et sœurs, on s’accrochait à ma mère, en pleurant, en criant, se souvient-il. Ma mère était dans un sale état parce que, la nuit d’avant, des membres de l’IRA l’avaient retenue pendant plusieurs heures et battue », poursuit-il, décrivant ses « coupures » et ses « bleus ». « Nous savions qu’ils allaient recommencer, donc nous étions très angoissés. »

Une semaine après l’enlèvement, des membres du commando sont retournés voir la famille. Le jeune Michael a été encagoulé et soumis à un simulacre d’exécution. Il a reconnu plusieurs des kidnappeurs, qui habitaient le voisinage. Le garçon a compris que sa mère était morte quand, « environ deux semaines plus tard, un homme de l’IRA est venu à la maison pour déposer son porte-monnaie et sa bague de mariage ». Aujourd’hui père de famille, il a dit taire l’identité des meurtriers, encore terrifié par les menaces de mort proférées contre lui-même et sa famille. En revanche, sa sœur, Helen McKendry, affirme être désormais prête à témoigner. « Je n’ai plus peur », a-t-elle confié au Guardian.

Pourquoi cette affaire rebondit-elle aujourd’hui ?

L’affaire McConville a refait surface après que la police nord-irlandaise eut gagné en justice le droit d’accéder aux enregistrements de chercheurs du Boston College, une université privée américaine. Dans le cadre du « Belfast project », dont l’initiative revient à un ancien de l’IRA, Anthony McIntyre, des interviews de paramilitaires catholiques républicains ont été recueillies ces dernières années, à la condition de ne divulguer leurs propos qu’à titre posthume. Dans l’un de ces entretiens, Dolours Price, condamnée à sept ans de prison pour un attentat de l’IRA de 1973 contre le tribunal londonien d’Old Bailey, désigne Gerry Adams, comme celui qui a ordonné le meurtre de Jean McConville. Cette ancienne membre de l’IRA avait déjà ouvertement accusé dans la presse Gerry Adams en 2010, en colère contre le processus de paix et les compromis trop importants qu’il aurait noués. Ces déclarations avaient attiré l’attention de la police nord-irlandaise qui a alors mené bataille pour accéder aux enregistrements du « Boston Project ».

Au final, et malgré l’opposition des initiateurs du projet, la police a pu mettre la main sur onze entretiens menés avec sept anciens membres de l’IRA. Leur contenu n’est pas public, mais, outre Dolours Price, au moins deux autres personnes y accusent M. Adams. La première est Brendan Hugues, un ancien ami du chef du Sinn Fein, brouillé avec lui et aujourd’hui décédé. L’autre accusation provient de l’ancien chef du personnel de l’IRA, Ivor Bell. La police l’a arrêté en mars et inculpé pour complicité de meurtre. Mais les preuves contre le dirigeant du Sinn Fein sont cependant limitées, et les enregistrements seront difficilement utilisables car provenant de personnes mortes.

Source : ici

Le dirigeant républicain Gerry Adams a été remis en liberté dimanche 4 mai au soir après quatre jours de garde à vue en Irlande du Nord à propos d’un meurtre commis par l’IRA en 1972. Son dossier va être transmis au procureur, a précisé la police dans un communiqué. La police avait le choix entre libérer Gerry Adams, l’inculper ou demander une nouvelle prolongation de la garde à vue.

A sa sortie de garde à vue, Gerry Adams a critiqué la manière dont la police d’Irlande du Nord a géré son arrestation. « Ceux qui ont autorisé [cette arrestation] n’ont pas pris la bonne décision stratégique, a dit M. Adams lors d’une conférence de presse au Balmoral Hotel à Belfast. C’est absolument un mauvais signal. »

Il a également critiqué le moment choisi pour son arrestation, dicté selon lui par des « motivations politiques », en pleine campagne de son parti pour les élections européennes, alors qu’il s’était déclaré disponible pour un interrogatoire voici deux mois. « Ils n’avaient pas besoin de faire cela en pleine campagne électorale, je les avais contactés il y a deux mois », a-t-il dit. « Je soutiens que ceux qui ont autorisé mon arrestation et ma détention auraient pu s’y prendre autrement », a-t-il déclaré devant la presse, assis à la tribune à la droite du vice-premier ministre d’Irlande du Nord, Martin McGuinness.

Enlèvement et meurtre de Jean McConville

Le dirigeant républicain, âgé de 65 ans, qui est aussi député en République d’Irlande, était entendu depuis mercredi soir par les enquêteurs chargés d’élucider l’enlèvement et le meurtre en 1972 de Jean McConville. Cette protestante et mère de 10 enfants, âgée de 37 ans, avait été enlevée devant ses enfants par l’IRA, qui la soupçonnait, à tort, d’être une informatrice des autorités britanniques. Elle avait été exécutée et son corps n’avait été retrouvé qu’en 2003, enfoui dans le sable sur une plage du comté de Louth en République d’Irlande.

Gerry Adams dément fermement toute implication dans ce crime et a toujours nié avoir appartenu à l’Armée républicaine irlandaise (IRA), dont le Sinn Fein a été l’aile politique. Le président du parti a déclaré dimanche que l’essentiel des accusations portées contre lui provenaient d’articles de presse, de livres ou de photos. Ces accusations s’inscrivent, a-t-il dit, dans le cadre d’une « campagne malveillante, mensongère et sinistre ».

Seize ans après les accords de paix, l’Irlande du Nord se retrouve donc confrontée à un lourd passé, qui a fait 3 500 morts entre 1969 et 1998, et qu’elle n’arrive pas à gérer. L’arrestation de Gerry Adams a provoqué une crise entre les nationalistes catholiques du Sinn Fein et les protestants du DUP (Parti unioniste démocrate) du premier ministre nord-irlandais Peter Robinson, avec lesquels ils partagent le pouvoir.

Source : ici

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