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SERPENT -  LIBERTAIRE

anarchiste individualiste

Une barquette d’émancipation, sauce nature

Un article qui entend ne pas laisser la définition de l’idée de nature aux naturalistes, aux primitivistes, aux mystiques et aux religieux de tous poils et propose de se la réapproprier afin d’entrevoir d’autres possibles dans le champ de l’émancipation sociale. Alors, volonté d’émancipation et nature : deux antagonismes ?


Le présent article entend revenir sur le concept de nature dénoncé à de multiples reprises à l’occasion des débats autour de l’ouvrage La reproduction artificielle de l’humain. Le fait de ne jamais en proposer une définition claire ne permet pas, selon moi, de saisir tous les termes du débats.
Dire que la nature est indéfinissable à une époque où elle nous rappelle bien son existence (réchauffement climatique, fin proche des ressources fossiles, acidification des océans, etc.) est un postulat douteux, qui ne permet pas de s’emparer sereinement de la question socio-environnementale [1]. L’équation de cette dernière inclue notamment pour données, les technologies. La question de la nature se pose donc non pour troubler les esprits ou les focaliser à son sujet. Sa définition est nécessaire si l’on veut saisir de quoi il ressort quand on parle notamment de la tyrannie technologique (on pourrait tout aussi bien dire de l’industrie, du productivisme, etc.). Le pouvoir est une autre donnée de l’équation qui s’exprime à travers la volonté de celui-ci de discipliner les corps, le vivant et de contrôler les populations – en somme la question du biopouvoir [2]. J’en traiterai peu ici.
Cela dit, il y a une vigilance à avoir sur l’inclusion possible par le capitalisme de la critique des technologies (une frange des Mouvements de Transitions y travaillant déjà…), mais aussi sur le fait qu’il est nécessaire de mettre en lumière la multiplicité des formes de dominations, de pouvoirs et veiller à ne pas hiérarchiser les luttes qui en découlent.
Mais face à la question socio-environnementale, les volontés d’émancipation sociale ne peuvent plus nier la nécessité de penser l’idée de nature ainsi que sa domination. Reste également à l’intégrer dans nos pratiques militantes.
Une nature indéfinissable ?


Évacuer la définition de la nature, c’est évacuer le fait qu’elle soit dominée, c’est évacuer le fait que nous la bousillons toujours un peu plus, c’est s’empêcher de penser toutes formes d’émancipations sociales à l’aune du réchauffement climatique, de la surexploitation des sols, des hydrocarbures aux minerais (ces éléments terrestres étant le résultat de quelques millions d’années et se retrouvant pillés en quelques 200 ans jusqu’à une disparition des moins hypothétiques). C’est donc évacuer la finitude du globe, sans parler des conséquences pour l’atmosphère, et ainsi s’empêcher de penser qu’une fois les fonds marins et les dessous des pôles pillés, force sera de constater qu’il ne restera plus rien – et pour ceux et celles qui s’obstineraient à ne pas voir le lien, il est nécessaire de saisir que toutes les technologies contemporaines s’appuient, en plus de l’exploitation et l’oppression de l’humain, sur le pillage en règle de ces éléments naturels.
Morceaux volés :
« La production capitaliste (…) suppose la domination de l’homme sur la nature. (…) C’est la nécessité de diriger socialement une force naturelle, de s’en servir, de l’économiser, de se l’approprier en grand par des œuvres d’art, en un mot de la dompter, qui joue le rôle décisif dans l’histoire de l’industrie. »
Karl Marx, Le Capital, Livre I. 1867 [3]
« (...) La nature, c’est la somme des transformations réelles qui se produisent et se reproduisent incessamment en son sein (...). Appelez cela Dieu, l’Absolu, si cela vous amuse, peu m’importe, pourvu que vous ne donniez à ce Dieu d’autres sens que celui que je viens de préciser : celui de la combinaison universelle, naturelle, nécessaire et réelle, mais nullement prédéterminée, ni préconçue, ni prévue, de cette infinité d’actions et de réactions particulières que toutes les choses réellement existantes exercent incessamment les unes sur les autres. »
Michel Bakounine Considérations philosophiques sur le Fantôme divin, sur le monde réel et sur l’Homme. 1870 [4]
« L’homme est la nature prenant conscience d’elle-même »
Elisée Reclus, L’Homme et la Terre. 1905 [5]
« Le mythe devient Raison et la nature pure objectivité. Les hommes paient l’accroissement de leur pouvoir en devenant étrangers à ce sur quoi ils l’exercent. La Raison se comporte à l’égard des choses comme un dictateur à l’égard des hommes : il les connaît dans la mesure où il peut les manipuler. L’homme de science connaît les choses dans la mesure où il sait les faire. (…) La nature paradoxale de la foi finit par dégénérer en supercherie, en mythe du XXe siècle, tandis que son caractère irrationnel devient un dispositif rationnel dont se servent ceux qui sont totalement “éclairés” et qui entraînent la société vers la barbarie. »
Max Horkheimer et Theodor W. Adorno, La dialectique de la raison, 1944 [6]
« « Le discours de la Nature » voudrait rendre sensible comment le fait d’être traitée matériellement comme une chose fait que vous êtes aussi dans le domaine mental considérée comme une chose. De plus, une vue très utilitariste (une vue qui considère en vous l’outil) est associée à l’appropriation : un objet est toujours à sa place et ce à quoi il sert, il y servira toujours. C’est sa « nature ». Cette sorte de finalité accompagne les relations de pouvoir des sociétés humaines. Elle peut être encore perfectionnée, comme elle l’est aujourd’hui avec les sciences, c’est-à-dire que l’idée de nature ne se réduit plus à une simple finalité sur la place des objets mais elle prétend en outre que chacun d’entre eux comme l’ensemble du groupe, est organisé intérieurement pour faire ce qu’il fait, pour être là où il est. C’est encore sa « nature », mais elle est devenue idéologiquement plus contraignante encore. Ce naturalisme là peut s’appeler racisme, il peut s’appeler sexisme, il revient toujours à dire que la Nature, cette nouvelle venue qui a pris la place des dieux, fixe les règles sociales et va jusqu’à organiser des programmes génétiques spéciaux pour ceux qui sont socialement dominés. »
Colette Guillaumin, Pratique du pouvoir et idée de Nature (2) Le discours de la Nature. 1978 [7]
« Aux énormes problèmes de fond que crée l’ordre social actuel s’ajoutent les énormes problèmes de fond créés par une mentalité qui à commencer à se développer bien avant la naissance du capitalisme, et que ce dernier a entièrement absorbée. Je veux parler de la mentalité structurée par les notions de hiérarchie et de domination, où la domination de l’homme sur l’homme a donné naissance au concept de la domination de la nature comme « destin ». »
Murray Bookchin, Qu’est ce que l’écologie sociale ? 1982 [8]
« Biosphère, noosphère, écosphère, Gaïa… le foisonnement de ces termes nouveaux annonce (…) une nouvelle donne dans le monde conservateur et cloisonné de la science : l’homme y est replacé – non par anthropocentrisme, non par choix divin, non par finalisme biologique, mais parce que la société qu’il a créée est devenue le principal facteur de modification de la planète – au cœur du système Terre. »
Claude Lorius, Laurent Carpentier. Voyage dans l’anthropocène. 2010 [9]




Les récents débats autour de la reproduction artificielle de l’humain ont montré que cette notion de nature dérangeait, non pas qu’elle soit bien comprise, mais tout simplement qu’elle constitue chez bon nombre de militants un tabou dans le discours, un biais dans le carcan idéologique et dans les schémas conceptuels rigides sur lesquels ils et elles se sont définitivement assis, où Nature comme transcendance religieuse et nature comme processus non objectivable du vivant sont en fait mélangées.
Affirmer que la nature n’existe pas ou qu’elle est indéfinissable revient à dire que la biosphère et la question environnementale n’existent pas ou qu’elles sont indéfinissables.
Il faudrait donc s’entendre avant tout sur le sens du mot nature. Cette définition paraît même inévitable si l’on veut poser sereinement la question socio-environnementale et si l’on veut s’assurer le dépassement, une fois définie, de l’idée même de nature.
Peut-on affirmer que la nature c’est la biosphère à savoir l’hydrosphère, la lithosphère et l’atmosphère, l’humain étant en partie consubstantiel de ces trois catégories (mais aussi de faits extra-terrestres comme par exemple le soleil) ? Peut-on au moins s’entendre sur le fait que l’humain, dans sa constitution physique, biologique et psychique, est bien une entité naturelle, ce qui n’enlève rien de sa part culturelle ? Peut-on reconnaître la nature comme condition de l’existence humaine et non-humaine ? Peut-on poser politiquement un autre rapport à la nature qu’un rapport de domination ? Peut-on en finir avec la vision mécanique et matérialiste de la nature ? Pour finir ne faudrait-il pas admettre que le fonctionnement de la nature est un mystère qui dépasse bien souvent la raison humaine et scientifique en particulier ? Une pensée émancipatrice peut-elle se poser toutes ces questions sans être taxée de réactionnaire ? À toutes ces questions, il s’agit clairement pour moi de répondre par l’affirmative.
Après, savoir qui de l’homosexualité ou de l’hétérosexualité est naturelle, est-ce bien là la question ? Et à pousser la réflexion, pourquoi ne pas inverser la proposition et affirmer que OUI l’homosexualité et la négation de la famille sont aussi naturelles.
Là où le problème se pose c’est quand l’humanité met en danger la nature telle que définie ici, c’est quand elle a recourt à des technologies imposées par un pouvoir par essence illégitime et qui nécessitent de piller et modifier les conditions de sa propre existence.
Si il existe un courant chez les libertaires, pris ici comme volonté d’émancipation absolue, qui interroge à nouveau l’idée de nature, c’est qu’à mon sens, il cherche à en faire de nouveau une catégorie dominée. De nouveau car d’Elisée Reclus à Murray Bookchin en passant par Les Milieux libres, la pensée anarchiste s’est toujours saisie de cette question.
L’humain n’est naturellement ni bon, ni mauvais, il est naturellement ce que nous voulons bien en faire et ce que nous acceptons de subir consciemment ou inconsciemment. En dominant la nature, c’est nous même que nous dominons.
Derrière cette tentative de définir la nature comme catégorie dominée, c’est une invitation à ne pas extérioriser la nature à l’humain et ainsi dépasser l’opposition nature/culture. Ce serait d’autant plus nécessaire si l’on veut sortir des échanges monthypitoniesques que provoque le terme de nature lorsque l’on aborde la question environnementale ou celle des technologies.
Il s’agit bien ici, certainement pas de reprendre l’idée de nature dénoncée par Colette Guillaumin plus haut, à savoir la définition de la nature comme celle de l’inné que donnent le dictionnaire Le Robert ou les intégristes et les primitivistes de tous poils, mais d’en poser une définition qui laisse la place à l’émancipation. Il faut en effet en finir de cette pensée naturaliste classique qui voit la nature comme un acte de naissance originel figé. Il faut évidemment affirmer haut et fort que cette nature n’a pas de finalité et qu’elle n’est pas figée. La nature est une révolution permanente. C’est les conditions de cette renaissance constante qu’il nous faut considérer politiquement. A l’échelle de la Terre, la nature se trouve finie et sensible, ce que les humains sont également. Sur cette sphère finie l’humanité serait devenue en près de 200 ans ni plus ni moins qu’une force géologique. On pourrait d’ailleurs voir là une opportunité mondialiste. Jamais Internationale n’avait été aussi concrète et massive. Certains parlent là d’anthropocène [10]. Il ne reste plus qu’à abattre les frontières…
Pour conclure cette définition dans un style à la Pierre Bourdieu, disons que j’habite cette nature qui m’habite.




Ce pour quoi on lutte


C’est la logique libérale, capitaliste de l’internement qu’il nous faut défaire. Il n’y a là aucun complot. Nous sommes toutes et tous des internés et la Terre est devenue notre camp d’internement avec à sa tête des formes de pouvoirs profondément complexes, souples (quoique, le drame du Testet nous en rappelle la dureté…) et rhizomiques, jouant de l’opposition nature/culture. Ceux-ci peuvent bien prendre l’allure de la Main invisible, de l’État ou de la société civile que ça n’y change rien, les cravates et les blouses blanches demeurent. Et nous en subissons les conséquences au quotidien. Évidemment que là-dedans les rapports de dominations sont multiples (misère sociale, racisme, sexisme, monnaie, valeur marchande, travail, urbanisme, etc.), qu’ils lient les internés aux médecins, les internés entre eux et les médecins entre eux, sans oublier les gardiens – les flics et les armées du monde. Ici la PMA et la tyrannie technologique, puisque nous partons de ça, prennent la forme d’énièmes remèdes pour nous asservir. Elles sont l’expression même du biopouvoir.
Non les technologies ne sont pas que de simples objets dont nous pourrions nous servir autrement. Sur le sujet, il y a beaucoup à prendre dans la pensée d’Ivan Illich, notamment la différenciation entre mode de production hétéronome et mode de production autonome [11].
Vouloir en finir des dominations, enchanter et habiter le monde, désirer « se livrer joyeusement aux véritables divisions et aux affrontements sans fin de la vie historique » [12] est aussi, selon moi, au prix de cette reconnaissance.
Et concrètement, ça veut dire quoi lutter au 21ème siècle ? Lutter ce n’est pas se croiser les bras en attendant le Grand Soir et en pensant que par magie les contradictions du capitalisme feront le boulot à notre place, c’est aussi et déjà débattre de ces questions au Grand Jour tout en opposant des refus, en conquérant des espaces et des temps de liberté, en créant des solidarités à différents degrés.
On peut chercher à s’émanciper façon Tarnac mais alors il ne faut pas oublier de maintenir une tension, un conflit avec le pouvoir. Et toutes ces constellations [13] autonomes seront sans puissance si elles ne trouvent pas des points de ralliements de par le monde. Sans cela elles ne resteraient que des bacs à sable utiles aux pouvoirs pour développer toute leur violence par ailleurs. On peut aussi renouveler un anarchosyndicalisme mondialisé ou y tendre en veillant à ne pas s’arroger un droit de représentation. On peut s’émanciper de 1000 façons : créer un journal (La Rotative), lutter contre le sexisme (Actions Menstruelles), se battre contre le fascisme (le CAT), faire face aux discriminations (DNSI37), être solidaire des sans-papiers (Soif d’utopies, RESF), faire du maraîchage (Les Jardiniers ambulants ou encore Le Pas de Côté et autres Amap), s’occuper d’un lieu collectif (Colettes), interroger nos moyens d’émancipation (L’Engrenage), co-auto-réparer des vélos (Roulement à Bill), fuir le travail pour s’adonner à un tas d’activités, se battre collectivement sur son lieu de travail pour se faire respecter et faire reculer l’exploitation, etc. Il n’y a pas de formes d’émancipation sociale qui seraient plus pures et plus opérantes que d’autres, d’autant plus qu’elles se donnent des moyens de démocratie directe respectueux des un.e.s et des autres.
Notre problème reste que nous sommes atomisés et que l’acculturation politique semble profonde (merci la gauche… [14]). Quels moyens se donne-t-on pour propager et solidariser nos révoltes ? Il faut se lier, non pour atteindre un horizon par définition inatteignable, mais pour se sentir plus fort, pour ouvrir des possibles. Ce n’est pas, ce qui ne saurait être qu’un capitalisme remodelé, une Économie Sociale et Solidaire avec en tête Nouvelle Donne qu’il nous faut. Ce sont des liens et des solidarités concrètes, locales et mondiales. A Tours par exemple nous avons rarement eu autant besoin de caisse de solidarité pour faire face aux multiples répressions.
C’est de lieux et des espaces-temps de ralliement, et non de forums internet, dont nous avons besoin, des lieux et des moments où se parler, se réunir, se reconstruire, apprendre, affiner nos sensibilités, s’inventer des formes d’organisations collectives, s’informer, s’entraider, se défaire de nos peurs, se saisir de la critique sociale, etc. Autrement dit une forme revisitée des Bourses du Travail. Des lieux et des espaces-temps de puissances et non de pouvoirs. Le pouvoir craint de tels lieux, de tels moments. Les cyniques diront que nous avons tenté cela de maintes fois en vain. Et alors, si tant est que ce soit vraiment vain, serait-ce une raison suffisante pour ne pas réessayer ? Ceci n’est pas un appel à l’espoir, c’est un appel au désir !
Et la nature là-dedans ?


Il est nécessaire d’en débattre et non de la renvoyer aux seuls comportements individuels comme le font pas mal d’écologistes. La confusion qui voit dans l’acte individuel un acte politique devient décidément fatigante, elle doit être un genre de réflexe libéral inconscient... entretenant toujours la confusion entre éthique, morale et politique – je crois qu’il y a là aussi des éléments pour comprendre en quoi le fait de prononcer le mot politique crée aujourd’hui du désarroi chez de nombreuses personnes. Nous ne sommes pas ces êtres indépendants, autonomes les uns des autres avec leurs prétendus libre-arbitre. Nous sommes des êtres sensibles et encore une fois nous habitons un monde qui nous habite.
La question de la nature est profondément clivante comme bien d’autres questions. N’est-ce pas là un rudiment de débat, de démocratie directe ?
La question environnementale crée des alliances et de la division aussi. Les mouvements autour des Zones À Défendre le montrent. Celles et ceux qui luttent pour l’émancipation sociale devraient plus souvent se la réapproprier. Elle devrait interroger nos pratiques militantes. Ne devrait-elle pas être prise en compte quand des ouvriers exproprient leur usine de produit nocif pour en faire autre chose, quand on crées des lieux autonomes et autogérés, quand on décide de faire renaître des savoir-faire perdus ou d’en inventer de nouveaux, quand on se créé une activité de survie, de désertion (agricole, construction, etc.) [15] ? Ne devrait-elle pas être considérée pour élargir le fauchage à d’autres choses que les OGM, pour élargir la récup’ et les autoréductions au glanage ? Ne serait-ce pas aussi discuter, inventer et pratiquer des alternatives au tout chimique médical, d’autres relations à l’entretien de nos corps ? A nous d’imaginer d’autres interrogations. Et tout ça collectivement…
Pour finir avec l’appropriation dans les luttes du sujet de la nature, c’est vrai qu’il est peut être décalé, quoique rien n’est acquis, sur un piquet de grève, dans une émeute de banlieues ou une révolte dans des locaux de Pôle Emploi. Là aussi il nous faut encore créer des alliances, des convergences.
Évidemment que tout ne fera certainement pas tomber toutes les formes de domination mais ça élargit les luttes, ça crée de nouveaux liens. Militer sans pétrole de Bamako aux banlieues nord de Marseille en passant par les campagnes chinoises, voilà bien un drôle de défis qui correspondrait aussi à notre époque…




Où la critique des technologies et l’idée de nature sont loin d’être omniprésentes


Pour certaines personnes la critique des technologies et l’usage dans ce cadre de la notion de nature aurait pris une place centrale nuisible dans les débats militants. Il y a là une illusion, le lecteur assidu de sites internet ou de presses de critiques sociales le constatera [16]. Elle est le fait de minorité, du genre Pièces et Main d’Œuvre (PMO). Si elle a pris une certaine importance, c’est que d’une part l’actualité de la question environnementale se confronte à nouveau à la question sociale (en fait de Marx à nos jours ces deux questions se sont souvent croisées) et que d’autre part la question technologique révèle l’accroissement de certaines formes de dominations de la biométrie à la surveillance de la NSA en passant par le puçage des moutons pour prendre des exemples récents.
Si l’on doit bien reconnaître que PMO fait parfois dans la confusion [17] (d’aucuns vont jusqu’à évoquer une dérive rouge-brune… [18]), l’on doit admettre qu’ils ont mené un énorme travail de défrichement quant à la question technologique. S’ils ne l’avaient pas fait qui l’aurait fait ? C’est justement parce qu’il n’y a pas de hiérarchisation des luttes, que l’on ne peut pas leur reprocher de l’avoir fait… Grâce notamment à leurs écrits, la tyrannie technologique et l’agression humaine du vivant sont entrées plus encore aux catalogues des oppressions…
Le milieu militant pourrait même en parler davantage tant nos maîtres et pas mal de brebis égarées entendent régler tous nos maux à coup de technologies. Et c’est bien dans ce cadre que le transhumanisme prend la forme aboutie du biopouvoir. Non les technologies ne sont pas que de simples outils, leurs formes disent beaucoup du monde dans lequel on vit.
Imanol Messaoudi


Notes

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