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Publié par Patrick Granet

L’apparition du conflit


Le conflit a pris corps effectivement et officiellement quand le P.D.G. de Lip a remis sa démission le 12 avril 1973. Mais pour les travailleurs, les premières alertes avaient sonné bien avant, quand Ebauches SA. entonna un refrain qui devait être repris par les mass-média bourgeoise :


La production des montres est à revoir ;
le secteur machines-outils et le secteur mécanique sont déficitaires et ont perdu des marchés ;
les salaires des Lip sont trop élevés ;
il y a trop de cadres.
Qu’en était-il réellement ?
Il a fallu que les ouvriers de Lip s’informent sur les soi-disant déficits.
Kelton-Timex a imposé sur le marché une montre à bas prix qui ne se répare pas et se jette, se vend dans les grandes surfaces et les bureaux de tabac, alors qu’une montre Lip n’est vendue que chez les horlogers-bijoutiers. Et les travailleurs, qui ne sont dans les usines du capitalisme que de simples rouages, ne sont pas responsables des erreurs d’analyse du marché qui peuvent être commises. Or, c’est à eux qu’on veut les faire payer.
Ebauches annonçait à qui voulait l’entendre que les secteurs-machines-outils et mécanique avaient perdu leurs clients habituels, parce que la production était trop chère. Or, par des camarades des boîtes où la production de Lip était écoulée, les Lip avaient entendu une autre version ; la direction de Lip n’avait plus l’intention de fabriquer les pièces habituelles et invitait ces sous-traitants à chercher leurs marchandises ailleurs. Quant aux machines-outils, il est apparu qu’Ebauches avait volontairement saboté son marché avec l’éducation nationale, marché qui revint donc à des Britanniques. La différence entre les prix britanniques et ceux pratiqués par Lip était tellement minime : 0,2 %, qu’elle n’a pas pu être un élément déterminant ; en fait, l’abandon de ce marché s’inscrit dans la politique de désintérêt de la direction pour les secteurs autres que l’horlogerie.
Quant aux salaires, s’ils étaient un peu plus élevés que dans la région : environ 10 % pour les O.S. et 30 % pour les cadres supérieurs (encore faut-il voir que les salaires "normaux" dans la région sont parfois en-dessous du S.M.I.C. comme chez Kelton), c’est grâce à des luttes parfois dures contre un patron pour le moins loufoque qu’ils furent obtenus.
Ebauches s’attaqua à ses alliés naturels dans les boîtes : les cadres au nombre de cent, parce que trop nombreux (beaucoup trop de "boîtes à lettres", c’est-à-dire de cadres ne servant qu’à transmettre les décisions). Si Lip a pu obtenir de nombreux brevets, c’est grâce à une recherche de pointe qu’Ebauches S.A. voulait s’approprier. A terme, ce département, vidé de sa substance (exemple de la montre à quartz pour dames mise au point par Lip à Besançon et dont Ebauches se réservait l’exclusivité de la production), serait appelé à disparaître. Le but d’Ebauches S.A., rapidement découvert par les travailleurs, étant de ne garder à Besançon que des chaînes de montage, et d’utiliser le nom de la marque Lip et son réseau commercial.
A l’intérieur de l’usine dont le taux de syndicalisation est le plus élevé de la région, la décision fut prise de ralentir la production des montres entre 5 et 10 % de son rythme "normal" pour permettre les discussions dans les ateliers, de préférence à une grève totale qui aurait entraîné une perte de salaire. Le comité d’action, regroupant des syndiqués et des non-syndiqués se formait, et des affiches contre la direction commençaient à être apposées sur les murs de l’usine.
En Assemblée générale, une fois que tous les travailleurs se sentent concernés par le problème et par sa gravité, des actions sont décidées : blocage des routes aux entrées de Besançon, avec distribution de tracts ; interventions à la sortie de toutes les usines pour contrer l’intox et répondre aux questions ; réunions dans quartiers de la ville. Une fois la ville informée, on décide en A.G. d’informer la région, avec ou sans les syndicats. De nouvelles prises de paroles ont lieu devant les usines, de nombreuses discussions. Le secteur paysan n’est pas oublié et de village en village, les ouvriers interviennent. Du plan régional on passe au plan national : manifestations et meetings à Paris ; réponse systématiquement positive à toutes les invitations de tous les ouvriers de toutes les régions. La popularisation s’étend même à l’étranger (Suède, Suisse surtout).
Le coup de poing formidable a été la fabrication et la vente illégale des montres. Les patrons ne s’y trompent pas et trouvent cette forme de lutte très dangereuse pour leur "morale". En effet ; un des fondements de la société bourgeoise se trouve bousculé : celui de la propriété privée. Un autre tour de force est réalisé : chaque "receleur" devient un complice de l’action illégale. Comme le dira le télégramme économique (revue patronale) : "les événements de mai 68 n’ont vraiment porté atteinte aux principes" alors que Lip les remet en cause. Toute cette action a son prolongement dans la paye ouvrière (où fut cependant respectée la hiérarchie des salaires).
Comment réagit le pouvoir face à cette mobilisation ?
L’intervention de la police ne diminue pas la popularité du mouvement. Cependant par l’information officielle, nous assistons à une personnalisation du conflit par 1 ou 2 leaders. Le système actuel a besoin de récupérer les actions qui le remettent en cause en montrant que finalement, cette lutte reproduit son idéologie : chefs, hiérarchie… Lip n’est pas 1 ou 2 leaders mais 1 300 ouvriers en lutte avec des niveaux de conscience différents, et qui font confiance (parfois de façon exagérée) à certains d’entre eux.
Par les négociations, le patronat et les pouvoirs publics "légalisent" de plus en plus le mouvement. Apparemment, la C.F.D.T. et le C.A. ne sont pas tombés dans le piège où la C.G.T. aurait bien voulu les entraîner. Les négociations sont une nécessité en régime capitaliste mais ne sont pas suffisantes et ne sauraient arrêter le conflit.


COMITE D’ACTION ET SYNDICATS


LA C.F.D.T.


Depuis longtemps elle est active à Palente d’où sa puissance révélée par certains de ses militants. Ceux-ci sont pour une bonne partie dans le courant catholique de gauche (A.C.O.). Ses principaux délégués étant au P.S.U. (qui a une très forte implantation ouvrière et étudiante à Besançon), ils animent le courant de gauche à la C.F.D.T. locale (de tendance P.S.) et sont souvent en opposition avec la confédération.
La section d’entreprise possède de très fortes personnalités dont la presse bourgeoise (et une partie de la presse révolutionnaire) s’est emparée pour en faire des dirigeants bien pratiques pour en faire des dirigeants bien pratiques pour expliquer les événements. Une base dynamique a permis à la section d’entreprendre des luttes dures et de conquérir un certain nombre d’avantages (salaires, conditions de travail…). Ces luttes ont permis à la C.F.D.T. d’avoir la crédibilité et la confiance d’une masse importante de travailleurs sur laquelle elle s’appuie en A.G. Ce soutien lui permet d’isoler la C.G.T. et d’être relativement autonome vis-à-vis de la confédération.


LA C.G.T.


Elle a autant de syndiqués que la C.F.D.T. mais reste dans la ligne traditionnelle, suivant les directives nationales, elle a tout le temps joué le rôle de frein plus ou moins puissant selon les circonstances. Elle a été débordée, au début du conflit tout au moins, par sa base mais surtout par le reste des ouvriers (A.G.O). Pour "pallier" son manque d’importance et dénigrer la C. F.D.T., elle a lancé un certain nombre d’accusations mensongère (vol de montres et ventes à son profit, à la solde du P.S.U….).qui furent l’occasion d’interventions vigoureuses de l’A.G. Au départ, elle ne disposait pas de stock de montres, en seule possession de la C.F.D.T. La "campagne de soutien" qu’elle a développée était particulièrement nationaliste (sauver un fleuron de l’industrie française) et n’avait qu’un seul refrain : le programme commun.
Elle s’est permis le 15 août de détourner (avec la complicité de la C.F.D.T.) la manifestation sur Lip vers le centre-ville et même de casser la gueule à plusieurs ouvriers de Lip qui voulaient lutter contre les C.R.S. Elle a essayé par tous les moyens de casser la popularisation : séquestration d’envoyés de Lip lors de certains meetings (Flins) ; sabotage du meeting à Paris ; refus de vendre des montres Lip à la fête de l’Humanité ; de même pour la marche qu’elle présente comme un rassemblement régional de délégations syndicales.


LE COMITE D’ACTION


Il fut créé au début de l’année par la C.F.D.T. pour développer l’action à la base (à l’origine il est uniquement composé de C.F.D.T.). Il a rapidement élargi sa composition à des C.G.T. (qui se sont retirés après quelque temps) et surtout à des non-syndiqués. Il compta jusqu’à 100 personnes des plus combatives. Dès le début du conflit, il prit l’initiative, en ayant une position de soutien critique à la C.F.D.T. Il fut à l’origine de toutes les actions dures (séquestrations, prise du stock, fabrication, vente…) Il est composé de travailleurs dynamiques, pour certains opposés aux pratiques syndicales, qui furent les principaux animateurs de la lutte avant le 15 août. Le C.A. n’a jamais été vraiment accepté par la C.G.T. qui maintenant lui mène une guerre ouverte. La C.F.D.T. l’accepte mais l’utilise comme main-d’œuvre pratique ; elle récolte les fruits des actions du C.A.
Après le début des négociations et l’intervention des flics, il a vu son importance d’initiative diminuer. Sa participation aux négociations, au même titre apparemment que la C.G.T. et la C.F.D T., l’a fait apparaître comme un syndicat de gauche. Il n’a pas suivi une partie de la base qui désirait des négociations en A.G. ou du moins ouvertes au plus grand nombre. La préparation à la marche, où il assure la part essentielle du travail (souvent remis en cause par l’intersyndicale) lui rend l’existence en tant que groupe quasiment impossible.


LES ASSEMBLÉES GÉNÉRALES


Elles n’existent que depuis la grève effective ; au début de la lutte, elles étaient remplacées par de petites réunions par atelier. Elles sont dans l’ensemble assez suivies ; depuis l’intervention des flics, la participation manque terriblement ; elles se résument à applaudir les interventions syndicales. La rotation des tâches n’a absolument pas lieu. Ce sont toujours les syndicats qui président. (Si les commissions ont permis.la division des tâches, c’est surtout au profit des négociateurs.) Les A.G. reflètent d’ailleurs la réalité de la lutte, certains se contentant d’y venir quotidiennement, alors que d’autres (C.A.) sont surchargés de travail. En principe, (comme le dit Mercet de la C.G.T.) elle est souveraine, mais les propositions qui y sont faites ont déjà été discutées (parfois violemment) en intersyndicale, il n’y a pas de débat, l’A.G. se contentant de plébisciter.


LA REPRESSION


La violence des flics lors de l’investissement de Palente n’eut d’égale que celle des juges dans leurs condamnations. Un procureur fasciste, des avocats bidons, un juge sans scrupule pour écouter les témoins, tout C.R.S. ayant reconnu leurs agresseurs à la longueur des cheveux ou à la couleur du pantalon ; on a là une petite idée des procès de flagrant délit qui suivirent les combats. Des dizaines d’ouvriers, de passants ; d’habitants des quartiers furent agressés, matraqués, inculpés. La violence des flics fit parler certains de tortures ; si ce n’était pas la gégène de Massu, dans la violence avec laquelle furent extorqués les quelques aveux, il y avait un peu de cela. Arrêtés au milieu des combats ou les jours suivants au centre-ville, matraqués aux commissariats ou à l’usine, reconnus immédiatement par des C.R.S. ou dénoncés par des voisins, n’importe qui, jeune, vieux, était la cible. Des peines de 8 jours à 6 mois, sans preuves véritables, tombèrent sur les arrêtés qui n’avaient pas la "chance" d’être ouvriers de Lip, de la Rhodia (importante usine textile filiale Rhône-Poulenc), militants politiques ou tout simplement femmes. En effet, la bourgeoisie a voulu éviter à tout prix des procès politiques, éviter de galvaniser un peu plus les Lip dans une solidarité envers leurs camarades. Et elle a réussi en partie. La réaction aux condamnations fut très molle, la C.G.T. ne voulant pas soutenir les casseurs (bien qu’elle change actuellement de position en réclamant l’amnistie), la C.F.D.T. de son côté ne manifestant pas un intérêt des plus soutenus. Quelle que soit l’opinion de leurs syndicats, les ouvriers de Lip ont compris que les ouvriers qui se sont battus contre les flics étaient des leurs ; ils ont quelque peu compris que face à la violence des flics, il n’y a pas beaucoup d’alternative.


DE L’AUTOGESTION DES LUTTES A L’AUTOGESTION GENERALISEE.


Il est de bon ton, aujourd’hui, dans une certaine ultra-gauche, de considérer comme un peu niais le révolutionnaire attardé qui ose encore parler d’autogestion. Les militants de Guerre de Classes et beaucoup d’autres militants ouvriers avec eux, affrontent ce "ridicule" et affirment, avec la Plateforme de l’O.C.L., que le Pouvoir des Conseils réalise "l’autogestion généralisée à tous les domaines de l’activité humaine…"
Le mot est d’ailleurs relativement neuf et il n’était guère employé dans le mouvement révolutionnaire, mais des expressions comme "gestion directe" ou action directe "gestionnaire" étaient déjà familières. Le malheur du mot autogestion c’est qu’il ait été discrédité à propos de l’Algérie et de la Yougoslavie et qu’il soit annexé aujourd’hui en partie par la gauche réformiste du parti socialiste, la C.F.D.T. et le P.S.U.
Si nous ne le rejetons pas, c’est parce qu’il exprime avec vigueur "la tendance profonde manifestée par les travailleurs à travers leurs luttes directes contre le capital et l’Etat" [1], tant à l’auto-organisation dans le combat qu’à l’instauration de la société sans classes à travers le pouvoir ouvrier direct. Toute l’histoire du mouvement ouvrier reflète cette tendance des travailleurs à prendre leurs affaires en main et à exercer le pouvoir dans des organes dont les conseils sont une des représentations. Soyons plus nets encore : si le Socialisme ne comporte pas la gestion à tous les niveaux par ceux qui en sont écartés dans la société d’exploitation, il n’est rien ou il n’est qu’une caricature réalisée par le pouvoir séparé d’un état-major dit révolutionnaire.
Et c’est pourquoi "l’autogestion" est perçue d’emblée par beaucoup de travailleurs comme le synonyme le plus évident de "socialisme"
Autogestion signifie pour l’exploité la fin de sa réduction au rôle d’exécutant, la fin de son aliénation, de sa subordination totale aux besoins de la classe dominante. Autogestion signifie la réappropriation de sa vie, de sa capacité de décider de la production et de la répartition en fonction de ses besoins.
"Pouvoir et société ne sont plus alors séparés, les conditions maxima étant réalisées pour la satisfaction des besoins, tendances, aspirations des individus et des groupes sociaux, l’homme échappant à sa condition d’objet pour devenir le sujet créateur de sa propre vie." [2]


AUTOGESTION-BIDON ET AUTOGESTION-REVOLUTION.


Cela dit, il apparaît clairement comme une nécessité de faire cesser l’annexion du mot "autogestion" par les réformistes et d’abord de dénoncer les récupérations.
Essayons d’y voir clair dans ce qui est présenté souvent comme des conceptions ou des expériences d’autogestion. "L’Autogestion", vue ou préconisée par le C.E.R.E.S. et quelques autres secteurs du parti socialiste (voire l’ensemble de ce parti), par Rocard ou par E. Maire, "l’Autogestion" de trotskistes de l’ex-Ligue ou de l’A.M.R., ces autogestions-là apparaissent comme des contrefaçons, ou dans le moins mauvais des cas comme un schéma créé par des organismes politiques et non comme une conception issue du mouvement réel des masses. Ces prétendues "autogestions" sont d’ailleurs conçues comme subordonnées au pouvoir d’Etat ou relèvent d’une ambiguïté inquiétante : qu’il s’agisse des rapports entre la visée capitaliste d’Etat et l’Autogestion pour le P.S.U. et le C.E.R.E.S., qu’il s’agisse des rapports entre la conception d’un parti d’avant-garde censé représenter le prolétariat et l’autogestion pour des formations comme l’A.M.R. De plus, il y a incontestablement au P.S.U. et au parti socialiste une volonté d’utilisation électoraliste de l’autogestion. Et il est totalement impossible de reconnaître comme autogestion un système du type yougoslave où un pouvoir d’Etat est maintenu et décide en fait des grandes options, des choix budgétaires, des orientations générales, dans le cadre d’une économie de marché et de concurrence. Laisser alors la possibilité à des groupes de travailleurs (en fait, à des représentants élus et plus ou moins contrôlables) le soin de faire tourner un atelier ou même une usine ou un service public n’a qu’une signification : en faisant l’économie des moyens habituels de coercition et en bénéficiant des avantages d’une certaine décentralisation baptisée autonomie, utiliser l’effort des travailleurs en les intégrant au mieux et en les "intéressant" à une économie qu’ils ne gèrent pas. C’est ce que réalisent certaines entreprises des U.S.A., ouvertement capitaliste. A la limite, c’est l’intéressement des travailleurs à leur propre exploitation.
Mais nous devons distinguer entre l’élan autogestionnaire du prolétariat (prolétariat rural algérien en 62-63, pression des ouvriers yougoslaves en direction du pouvoir dans l’entreprise) qui peut s’inscrire dans une dynamique révolutionnaire, et l’institutionnalisation qui en signe l’arrêt de mort l’utilisation faite des décrets de mars 63 en Algérie, l’autogestion-croupion de Tito. Et aujourd’hui, la Yougoslavie exporte ses chômeurs comme le Portugal.
Encore faudrait-il s’interroger sur ce que peut signifier le passage à l’autogestion - en supposant qu’elle se veuille généralisée et qu’elle réponde à un élan des masses - dans un pays peu développé comme la Yougoslavie ou l’Algérie, s’il reste isolé, s’il n’est pas porté par un développement révolutionnaire à l’échelle internationale.
Il est d’ailleurs évident que des secteurs qui réalisent ou tentent de réaliser des pratiques autogestionnaires dans le cadre d’un processus révolutionnaire ou d’affrontement au pouvoir d’Etat, se situent sur le plan de la lutte, et ils doivent s’attendre à être traités en ennemis par cet Etat et, hors de la généralisation révolutionnaire, brutalement écrasés. C’est ce qu’il advint aux collectivités d’Espagne en 36-39, entraînées dans une situation de double pouvoir.


UN CRITERE : LA LUTTE DE CLASSES


Nous atteignons au fond du problème entre ce qui est Autogestion et ce qui est mensongèrement appelé Autogestion, la distinction est claire et infaillible à partir d’une analyse "Lutte de Classes".
L’Autogestion puise sa valeur dans le fait qu’elle est une réalité au sein de la classe ouvrière prenant conscience d’elle-même et de sa puissance au cours des luttes. C’est donc une réalité qui va de l’autogestion des luttes (pouvoir des Assemblées de travailleurs, contrôle des délégations) à l’autonomie politique et organisationnelle du prolétariat.
Cette autogestion-là n’est pas un concept élaboré par un groupe politique et dont il serait le créateur et le dépositaire, mais c’est une réalité que les luttes des travailleurs ont manifesté et qu’on retrouve dans la Commune de Paris comme dans l’insurrection de Kronstadt, dans les Conseils Ouvriers de Bavière ou d’Italie, dans la Commune hongroise, la révolution espagnole et la révolte tchèque, etc., et en mai 68 et les "cordons chiliens". C’est aujourd’hui même une réalité en acte à travers maintes luttes et dont témoigne l’existence d’une gauche ouvrière même si celle-ci est encore dispersée et souffre d’un niveau de conscience inégal.
Mais il est de première importance de comprendre qu’il n’y a pas de coupure historique et formelle entre l’autogestion des luttes et l’émergence du prolétariat au pouvoir. Il y a un développement continu et dialectique des pratiques autogestionnaires depuis les luttes en cours jusqu’à l’instauration de la société sans classe.


AUTOGESTION ET ORGANISATIONS RÉVOLUTIONNAIRES.


Des groupes et organisations révolutionnaires variés se réclamant de l’autogestion, quelques-uns s’épuisent à tenter de créer un regroupement autogestionnaire, une "organisation autogestionnaire", et actuellement le P.S.U. semble même vouloir se fondre dans un regroupement, le C.L.A.S., Comité de Liaison pour l’Autogestion Socialiste. Outre qu’il est impossible de rassembler sérieusement des gens qui ont en fait des conceptions assez différentes de l’autogestion, il est aberrant et dangereux de se substituer à la classe elle-même. L’organisation de masse autogestionnaire ne pourra être que le fruit d’un regroupement des groupes ouvriers autonomes, d’un bond qualitatif de la conscience révolutionnaire de ces groupes. En aucun cas, elle ne peut être un rassemblement de sommet de groupes et de comités.
Aujourd’hui, une organisation politique comme l’O.C.L. a pour tâche d’aider à la construction de l’organisation autonome du prolétariat, non de se substituer à cette organisation. Elle n’a pas pour tâche actuelle de rassembler des courants autogestionnaires, rassemblement qui serait appelé à devenir l’instance politique du mouvement ouvrier, elle a pour tâche historique d’aider à ce que les luttes passent du "ras-le-bol" à l’affrontement global contre la bourgeoisie, et pour cela, d’aider la classe ouvrière à acquérir son autonomie totale qui suppose la rupture avec les vieilles formations du mouvement ouvrier et leurs idéologies.
C’est l’unité dans l’autonomie du prolétariat qui est la condition de l’affrontement et de son aboutissement à l’autogestion généralisée.




[1] Plateforme, position de base, page 32.


[2] Idem, page 34.

LIP…de l’autogestion des luttes à l’autogestion généralisée

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