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Publié par Patrick Granet

trouvé sur un site de féministes au Québec
La double face du féminisme dans les milieux militants


Quand j’étais ado, les règles pour les femmes étaient claires pour moi, je les voyais dans les magazines. Ma vie sexuelle a commencé lorsque je venais tout juste d’avoir 14 ans avec un garçon de mon âge et elle fut totalement épanouissante. Je ne peux pas le cacher, j’étais à un point tel attiré par ce garçon que j’en oubliais mes complexes physiques. En fait, c’est ce que je croyais jusqu’à temps que je repense à cette histoire 10 ans plus tard. Je n’étais pas du tout plus à l’aise que maintenant. La différence c’est qu’adolescente, on m’avait nommée et expliqué de long en large comment je devais modeler mon corps. À 14 ans, j’avais les aisselles, les jambes et le bikini rasés de près, j’avais le poids idéal dont je me souciais beaucoup, j’avais les sourcils faits et un maquillage « naturel ». Je ne transgressais aucune norme de beauté. Donc quand j’ai eu cet amourette d’été, je me suis laissée aller sexuelle avec ce garçon parce que j’avais pris de longues heures à me préparer selon « ses » goûts.


Nous étions une cohorte de partys, toujours beaucoup d’alcool et de drogue. Quand on ne trouvait pas de maison où les parents étaient absents, on sortait dans les clubs avec nos fausses cartes. C’est là que j’ai vu pour la première fois le slutshaming… Des filles saoules qui se font agresser aux vues et au su de tout le monde pendant que leurs ami-e-s rigolent. Sans parler de la semaine suivante où tout le monde sans exception allait rappeler à la victime à coup de rire grossier l’agression qu’elle avait vécue durant la fin de semaine précédente. La jeune fille subissait ce terrible sort, jusqu’à la prochaine victime. J’avais donc développé un truc pour ne pas devenir une « fille facile ». Le soir, avant les partys où je savais que j’allais me saouler, je ne me rasais pas. C’était la seule façon pour moi de réaffirmer un « non » clair face à un garçon insistant. Je ne pouvais pas céder parce que j’avais du poil sur mon corps. J’avais trop peur que ça le dégoute… J’avais trop peur de dégouter un garçon qui tentait de profiter de moi…! J’ai fait ça pendant longtemps, jusqu’à temps que les règles changent.


Quand j’ai rejoint un milieu « alternatif », se disant anarchiste et proféministe, on m’a fait croire que toutes les règles sur la beauté féminine tombaient. Vive le poil! Vive les menstruations! Vive la diversité des corps! Fuck la pensée hétéronormative! Vive la diversité de genres! Vive la sexualité sans pénétration! Vive l’amour libre! Voilà ce que j’en ai retenu… BULLSHIT. Ma vie, l’école, mes projets et mon temps libre n’ont jamais été autant accaparés par des questionnements et des frustrations que j’ai face à mes relations intimes avec des hommes du milieu. Dans le monde où je traine, les règles ont changé mais elles ne sont pas tombées et n’en sont pas moins torturantes. Le patriarcat est présent dans le milieu mais de façon floue, de façon à ce qu’on ne puisse pas le nommer, car il sort des consignes apprises avec les magazines, les pop stars et les séries télé.


Je crois que ce flou est entretenu, car il permet un plus grand contrôle et une plus grande manœuvre de répression et d’humiliation. Quand un dude envoie chier la société en disant que les femmes aussi ont du poil et que c’est correct qu’elles ne le rasent pas, mais que dans une conversation de groupe, il se permet de dire qu’une femme sans poil c’est pas naturel sans que personne n’intervienne, j’appelle ça du contrôle. Parallèlement, si je suis en jupe dans un groupe suivant les normes d’épilation, « BAM »! D’un coup un homme décide que je ne suis pas une femme et que je ne suis qu’un produit d’une société qui me contrôle. Ce que j’essaie de dire, c’est que je ne parle rarement, sinon jamais, du poil de mes partenaires masculins. Le poil chez un homme, ce n’est pas un sujet de conversation mais chez une femme oui, et c’est ça le problème : qu’on ait encore la légitimité de juger les femmes selon leur pilosité. Encore là, il peut y avoir une gradation : pour les poils au jambes des femmes, la gente masculine anarchiste semble donner sa bénédiction mais si c’était la moustache, je doute de la réceptivité de mes compagnons.


Il n’y a pas juste la question du poil qui me turlupine, mais bien celle de l’apparence en général. Que ce soit au niveau du style vestimentaire, de notre maquillage ou de notre apparence de façon globale, nos camarades ont toujours leur mot à dire. Si une femme décide de s’habiller sexy ou de se maquiller, notre entourage a tendance à croire que c’est nécessairement pour plaire à un homme et non pas pour elle-même. À l’instant même où celle-ci apparait dans la pièce, les commentaires commencent à pleuvoir : «Voyons! T’es dont bien belle! C’est pour qui ce mascara là?», «Ayoye, c’est quoi l’idée d’être en jupe? On va juste boire au parc!», «Iiiiih, sont courts tes shorts…» pour ne nommer que quelques propos entendus. Tous ces commentaires réduisent encore les femmes à leur apparence.


Au-delà de l’apparence, il y a aussi tout ce qui entoure les relations hommes-femmes dans le milieu militant qui est problématique : les situations qui en découlent, les privilèges et les punitions. Je m’engage sur un terrain glissant. Celui du double standard pour adhérer au groupe militant. Pour les femmes, j’ai l’impression que l’adhésion au groupe se fait selon les critères physiques avant les mérites intellectuels. Si tu « date » un membre, « welcome »; si tu as « juste » passé des tracts et fait de la mobilisation, tu ne seras pas informée du party militant à moins d’être cute. Par exemple, combien de femmes présentes dans le milieu, depuis un bout de temps, ont vu débarquer en 2012 plein de nouvelles filles sans trop savoir d’où elles sortaient, sinon du lit de leurs camarades, pendant que les visages masculins restaient sensiblement les mêmes. Je ne dis absolument pas que ces nouvelles femmes n’étaient, ou ne sont pas intelligentes et fantastiques. Je dis simplement qu’il a fallu qu’elles passent par là pour avoir accès à ce cercle militant et qu’après ce moment, elles se font immanquablement appeler « la blonde de … ».


Par la suite, si elles deviennent « l’ex de … », on ne les voit presque plus. Malgré les amitiés tissées avec ces femmes, on ne les croise plus car elles ne vont plus dans les lieux où elles sont susceptibles de croiser leur ex. C’est en effet assez rare qu’une relation se finisse amicalement et c’est souvent la femme qui disparait. J’ai eu une discussion avec un homme qui me parlait qu’il était triste que son ex fréquentation ne vienne plus au café étudiant parce qu’il s’y trouvait fréquemment. Ça m’a vraiment mise en rogne lorsqu’il m’a dit ça, parce que non seulement il voyait son privilège et pouvait le nommer, mais en plus, il décidait de l’utiliser. Il ne semblait même pas se demander s’il avait pu faire quelque chose de pas correct pour que son ex se sente mal de le recroiser. Pire, il ne se posait même pas la questions s’il devait aller moins souvent au café étudiant ou simplement avertir lorsqu’il y serait.


Je crois sincèrement qu’il est possible de vivre dans des relations d’amour libre. Pour moi les relations ouvertes, qu’elles soient sexuelles ou amoureuses, nécessitent une attention particulière face aux partenaires avec qui on les vit. Par « une attention particulière » je veux dire qu’il faut apprécier la personne et vouloir son bien-être. Le problème, c’est que souvent, le consentement (lorsqu’il est respecté) ne trouve pas son chemin jusqu’au matin. Cela signifie de non seulement s’assurer que l’autre a bien vécu la relation sexuelle mais aussi de s’intéresser à ce que ce moment signifiait pour elle. Trop souvent j’ai vu des soirées où l’une des personnes se sentait complètement libre de repartir avec un-e autre partenaire devant celle ou celui de la dernière fois sans se soucier de ses émotions. Ce n’est pas vrai qu’un « one night » ne signifie nécessairement rien. Ce n’est pas vrai que parce qu’on décide d’être en relation ouverte on n’a pas le droit de vivre de la jalousie, d’être blessé.e ou déçu.e. Quand on décide de vivre des relations ouvertes, il faut déconstruire la monogamie et tous les mauvais sentiments qui vont avec. Ça ne se fait pas en criant « polyamour »… Ça prend parfois bien du temps et souvent le mieux c’est d’en parler directement avec la personne qui nous fait vivre toute cette gamme d’émotions, parce que tes ami-e-s peuvent te légitimer et te comprendre, mais ça ne laisse au partenaire aucune idée réelle de la relation.


Parfois, les relations polyamoureuses me rendent profondément malaisée. Pour ma part, il m’est arrivé de rentrer chez moi avec un partenaire et de consentir à une relation sexuelle ou à certaines pratiques sexuelles alors que je n’en avais pas envie. L’idée est simple; je me sentais en compétition avec ses autres partenaires. J’avais l’impression, légitime ou pas, que j’allais être punie si je refusais et que la prochaine fois, ce ne serait pas avec moi qu’il passerait la nuit. Les relations ouvertes font pression sur mon consentement, tout autant que l’alcool peut me faire céder. Dans ce genre de relation, ce n’est pas vrai non plus qu’une femme est nécessairement «l’idiote», la blessée ou la nunuche trop accrochée à l’autre.


Parce qu’il y a aussi ça qui m’énerve! Qu’on prenne pour acquis que les femmes qui commencent une relation avec un homme vont se faire mal parce qu’elles sont «évidemment» plus éprises que leur partenaire. La dernière relation que j’ai vécue, une personne est allée jusqu’à menacer physiquement mon partenaire s’il me faisait de la peine… et ce, sans que je n’aie jamais mentionné à personne si je m’étais attachée à lui. Hommes comme femmes ont pris pour acquis que j’allais être la blessée de l’histoire et surtout, que j’étais amoureuse. Des personnes se sont senties totalement à l’aise de me dire que j’étais dominée, manipulée et que j’allais me faire mal parce qu’il voyait une autre femme en même temps, alors que lui et moi en parlions souvent pour qu’on soit les deux à l’aise là-dedans. De plus, je voyais aussi d’autres personnes, mais semble-t-il que c’était quand même moi l’épaisse qui se faisait avoir.


Ce milieu dans lequel je baigne depuis quelques temps, je le trouve inconséquent et trop exigeant envers les femmes qui y sont. Ce que je veux dire, c’est qu’on s’attend d’elles qu’elles critiquent les normes tout autant qu’elles les performent. Faut être la parfaite féministe maintenant alors qu’avant fallait être la parfaite fille douce et gentille. Ma socialisation a été longue pour mener à la Barbie de 14 ans et la déconstruction de ça est interminable. Pire que ça, pour les femmes, il ne s’agit pas seulement de déconstruire toutes les normes, c’est qu’il faut apprendre à vivre sans. Quand toute ta vie on t’a indiqué comment te comporter avec les hommes, quoi aimer, quoi ne pas faire, comment modeler ton corps allant jusqu’à te dire comment éternuer… On peut-tu se le dire que c’est long à déconstruire et à effacer de son cerveau? J’ai simplement l’impression que je brise tous les construits de petite fille dans ma tête et que la seule chose qu’on attend de moi, c’est que je me gave de nouvelles normes. Depuis ma naissance, tout mon environnement s’est attardé à faire de moi la parfaite jeune femme douce, féminine et jolie. Maintenant, je déconstruis un à un ce que je peux. Mais autant toute jeune que maintenant, je n’ai pas l’impression que mon environnement cherche à ce que je sois bien et libre. Parce que ma socialisation ne comportait aucune boîte à outil pour ma confiance personnelle, je n’ai pas plus de solution miracle maintenant.






Publié dans Hétérosexisme, Textes | Marqué avec consentement, contrôle, libertaire, misogynie, paternalisme, québec | 2 commentaires
Frigide Barjot chez PMO ?
Publié le 31 octobre 2014 par anarkafeminista
Un texte trouvable dans le numéro 8 de la revue Timult sur les dérives réactionnaires de certains écologistes et militants anti-industriels.


Frigide Barjot chez PMO ?


Frigide Barjot, membre de PMO ?


Pièces et Main d’Œuvre, atelier de bricolage pour la construction d’un esprit critique à Grenoble, publie sur son site un article extrait de la revue L’écologiste. Cet article reprend les valeurs de Frigide Barjot et ses ami.es, en défendant « la nature de la filiation ». Est ce qu’avoir un discours critique sur la technologie permet de devenir pro-vie (comme les cathos intégristes) en restant politiquement correct ? Il semblerait que oui. Mais ne comptez pas sur notre silence.


Le principe de base de cet article est que la technologie est l’ennemie de la Nature. Par nature, l’auteur entend couple hétérosexuel, femme faite pour être mère, figure du père essentielle à la construction de l’enfant. Les technologies critiquées sont la Procréation Médicalement Assistée (PMA) et la Gestation Pour Autrui (GPA), comparées aux Organismes Génétiquement Modifiés (OGM). Le fait de les autoriser créerait un précédent gênant qui ferait de l’exception une règle. Vu qu’il serait possible de se passer de l’Autre pour enfanter, le monde sombrerait dans l’individualisme, Cet individualisme, selon l’auteur, s’appuierait sur la transformation du fait d’enfanter en un « droit » et en un « produit de consommation ».


La peur que la PMA et la GPA deviennent un marché est justifiée dans une société où les actes médicaux sont de moins en moins remboursés, les médecins payés à l’acte, bref dans un monde où de plus en plus de choses s’achètent. Enfanter comme ne pas enfanter est un droit, oui. Le droit des femmes à disposer de leur corps, droit pour lequel beaucoup de sont battues. Je ne pense pas que l’obtention de « droits » signifie que tout est acquis sur le terrain de la lutte. Et je crois même que l’absorption par la Loi d’un certain nombre d’avancées arrachées dans la rue ont été un moyen de les canaliser et de les vider de leur substance, de déposséder à nouveau des personnes, des libertés qu’elles avaient gagnées de vives luttes. Cependant, les moments de reconnaissance par la Loi de besoins spécifiques, de libertés à disposer de soi-même, et donc de droits, ont été dans l’histoire des luttes des paliers importants.


Pour cela, des techniques comme la contraception, ou l’avortement, sont des avancées et non des « hérésies contre-nature ». Pour cela, il s’agit de se battre encore, pour que ces acquis au sein de l’institution médicale, soient au service des personnes, de la réappropriation de leur propre corps, et non l’occasion d’exercer un nouveau contrôle sur elles. Ce n’est pas parce que la « nature » permet aux femmes d’avoir 14 enfants d’affilée et de passer 16 années dans les couches et le vomi qu’elles sont obligées de l’accepter comme un cadeau de la « nature ». Ce n’est pas une « haine de la nature » qui motive la légalisation de la PMA et de la GPA, mais une colère contre l’injustice sociale. L’argument naturel sert à justifier un ordre des choses répugnant, où les femmes seraient inférieures aux hommes, les hétérosexuels supérieurs aux autres. Il fût un temps où la nature voulait que l’homme blanc instruise les colons sauvages et bronzés. Il est encore de dangereux personnages prêts à affirmer que l’homme a des besoins sexuels naturels qui lui donnent le droit de violer. Ce que vous appelez nature, on l’appelle la norme, et celle ci est heureusement changeante.


Quand la technologie est au service de l’humain, elle peut être acceptable, voire bénéfique. J’aurai du mal à tenir un argumentaire solide sur la technique mais Diana Turelle et Gaby Olaugy ont heureusement fait une belle partie du travail que PMO a visiblement abandonné. Un petit coup d’essai, quand même : lorsque les luddites ont pris leurs marteaux pour détruire les métiers à tisser dans l’Angleterre industrielle, ils détruisaient une technologie qui ne servait pas l’humain. En tous cas, pas la majorité des humains. L’industrialisation a détruit l’organisation sociale des ouvriers et les a déshumanisé en les privant de savoir-faire et de « métiers », pour les transformer en simple rouage de la chaîne de production, pour les profits des patrons. Le développement des techniques et technologies devrait être mené dans un but d’utilité sociale et non de profit capitaliste et/ou politicien. Qui est aliéné par la PMA et la GPA ? Le couple hétérosexuel reproductible qui ainsi, perd son privilège d’être le seul à pouvoir enfanter « naturellement » ? Pauvres chats. On vous plaindra quand on aura le temps, parce que vous n’avez à perdre qu’un privilège dérisoire, et que ça ne changera rien à votre vie. Vos enfants iront peut être à l’école avec des enfants de déviant.es, et peut être même deviendront eux et elles mêmes déviants. Grande nouvelle, vos enfants peuvent déjà devenir homosexuels ou célibataires sans la PMA, sans la GPA. La différence est qu’une goutte d’avancée sociale leur permettra de moins culpabiliser.


La technologie se doit de servir les humains. Nous pourrions être d’accord si vous n’aviez pas une vision aussi réductrice de l’humain, de l’enfant et de la parentalité. Pour vous, l’humain finit en famille autour d’un couple hétérosexuel heureux et épanoui. C’est peut être vôtre réalité, mais ce n’est pas celle de tout le monde. La nature voudrait qu’un enfant connaisse son père ? Parfois la nature fait mourir ce père bien trop tôt pour que l’enfant le connaisse. Vous vous insurgez contre l’anonymat des donneurs de spermes ou l’accouchement sous X ? Mais savez vous qu’il arrive que des pères fuient une femme enceinte et décident d’eux mêmes (naturellement ?) de devenir anonyme ? Vous vous révoltez contre la polygamie et la co-parentalité ? Le mariage est une institution qui permet aux parties d’être équitablement responsable d’un enfant. Le parrainage ou marrainage ne permet que d’être responsable secondaire. Le mariage et l’adoption ont cette limite que seulement deux personnes sont responsables d’un enfant. Ce n’est pas toujours le cas. Le rôle d’autres personnes, membre de la famille ou pas, est parfois essentiel dans l’éducation d’un enfant.


Ce n’est pas à la Loi de décider de cette importance mais bien aux individus concernés. Être parent n’est pas qu’un acte biologique, un simple croisement de gênes. Combien d’enfants ont été envoyés en foyer parce que leurs parents biologiques ne pouvaient pas s’en occuper alors qu’ils avaient une grand-mère, un tonton de sang ou de cœur, prêt à les accueillir ? Vous qui défendez l’humain, comment pouvez-vous tirer à boulets rouges sur ses limites ? Avec l’exemple de cet homme élevé par deux femmes, dont une « avait un problème à régler avec les hommes », que voulez-vous dire ? Qu’aucune mère issue d’un couple hétérosexuel n’a de « problèmes avec les hommes » ou avec sa propre mère ? Chaque parent a à gérer son histoire, son passé, ses problèmes, et fait ce qu’il peut avec. Il y a peu d’enfant à qui il ne manque pas de « brique dans sa construction ». Pour l’un ce sera un père, pour l’autre la confiance en soi. Je peux aller dans le glauque commun en vous demandant quel père incestueux envers sa fille n’a pas de problème avec les femmes ? Mais tant que l’on reste dans le cadre hétérosexuel, pour vous tout va bien. Seul.es sont puni.es les célibataires et les couples homosexuels. Vous délimitez l’acceptable par rapport à une nature subjective, et idéalisée.


Un père et une mère ayant un rapport sexuel pour enfanter ne font pas une famille parfaite, parce qu’il n’y a pas de famille parfaite, pas de parent parfait, pas d’humain parfait ou normal. Le désir d’enfanter ou de ne pas enfanter est aussi respectable, d’où qu’il vienne. Et si la technologie peut aider à le rendre possible, soit, elle est au service de quelque chose d’humain. Qui sommes-nous pour juger et présupposer de quelle brique manquera l’enfant ? Vous le faites, au nom de la science et de la nature, ce qui fait de vous une sorte de dieu moralisateur, scientiste et réactionnaire, fermé aux réalités sociales que vous ne pouvez pas voir de vôtre bureau.


Publié dans Hétérosexisme, Homophobie, Textes | Marqué avec antifascisme, écologie, IVG, lesbienne, timult | Laisser un commentaire
Au cas où t’aurais pas compris
nonCnon


Image | Publié le 12 juillet 2014 par anarkafeminista | Marqué avec antifa, collage, consentement, lesbienne, militantes, Non, squat, viol, ZAD | Laisser un commentaire
Dire non n’est jamais anodin
Publié le 8 juillet 2014 par anarkafeminista
Ce texte a été publié dans Timult n°6 :


Dire non n’est jamais anodin : récit de situations de domination sexuelle ordinaire en relations hétérosexuelles.


Le viol est un drame. Les filles violées sont des victimes. Chacune, chaque fille, adolescente puis femme, nous sommes tenues depuis l’enfance à le craindre. Souvent avec la meilleure intention du monde : protéger son enfant, sa sœur, sa nièce, on nous explique et l’on répète ensuite aux autres filles comment se comporter, à quel point il est important de bien rester à sa place pour ne pas se mettre en danger. Après 20h, encore en France, aujourd’hui, combien de fois plus d’hommes que de femmes dans les rues ? Vous vous êtes déjà amusé.es à faire le compte ? Et ben moi, pas besoin de compter, presque tous les soirs, je sens bien cette ambiance lourde, alors que je suis la seule fille dehors dans cette rue, sur cette place, à traverser ce parc, cette plage… montée d’adrénaline, je suis sur la défensive. Parano ? Malgré tout ce qu’on m’a répété depuis toute petite, de faire attention, que je risquais de me faire violer, et ben je sais que je n’y suis pas du tout préparée. Je sais que je ne saurais pas me défendre, que je resterais paralysée, inerte, passive, passive à en crever.


On nous ment, pourtant, avec toute cette bien-pensance et ces conseils culpabilisants. La vérité, c’est qu’à partir du moment où tu nais avec un sexe féminin, et ben tu es en danger de viol. Simplement parce que c’est un « crime » éternellement sous-estimé, éternellement perpétré, impunément, dans toutes les classes sociales, à toutes les époques, et partout sur la planète. Le pire, c’est qu’un très faible pourcentage est raconté, un pourcentage encore moindre donne lieu à de réelles représailles envers l’agresseur, la parole de la victime est sans cesse mise en doute. Seuls les cas spectaculaires, bien clairs, bien tranchants, bien effrayants, d’agressions avec de la violence physique, de la part d’un ou plusieurs inconnus, dans un lieu public, sont entendus, recevables dans notre société où règne en maître absolue la domination hétérosexuelle masculine.


En vrai, la plupart d’entre nous qui subissent un viol doivent y faire face chez elles, chez des amis ou dans la famille proche. On ne peut pas se contenter de dire « j’espère que moi, ça ne m’arrivera jamais » et rester enfermée bien tranquillement, être la meilleure épouse, la meilleure mère. Simplement parce que la plupart du temps, il frappe à la porte, il défonce la porte, il est déjà dans l’école, dans le groupe, dans la maison, dans la chambre. Parce que celui qui viole ne fait pas qu’exercer une violence physique extrême : il assoit son pouvoir psychologique, manipule affectivement, détruit mentalement… la menace de viol est une agression qui nous réassigne directement à notre statut de fille, à une infériorité, une soumission, une passivité patiemment et savamment inculquées depuis nos premières respirations dans ce monde.


Une pote a défié son psychologue l’autre jour, qui cherchait à la « déculpabiliser » en disant qu’un viol, c’est pas normal : arrêtez de mentir ! « Le viol, c’est la norme » : ce qu’on peut faire impunément, ce qui se fait de génération en génération… le viol, tel que décrit dans l’imaginaire collectif, se double nécessairement d’une violence physique inouïe, comme si le viol lui-même n’était pas un assez grand motif de scandale, de douleur et de plainte. Ce schéma caricatural, c’est un point extrême sur un continuum de domination sexuelle, qui est effectivement une norme, construite très tôt dans nos identités, très consciencieusement, incessamment. Ce sont toutes ces micro-habitudes, cette multitude d’expériences de soumission qui conditionnent la fille à devenir victime de viol. Et toutes ces injustices, ces prises de pouvoir « anodines », ces caprices assouvis et cette pression à être un homme, un vrai, capable de « faire le premier pas » et de se donner les moyens de « prendre ce dont il a envie » qui poussent l’homme au viol.


Cela n’excuse rien. Cela n’a jamais rien excusé et n’excusera jamais rien. Il y a une part de liberté, il n’y a pas que de la fatalité dans ce destin social. Tous les hommes sont des violeurs potentiels, ils sont éduqués à ça. Mais tous les hommes ne violent pas. Par contre, je n’ai encore jamais rencontré d’homme qui n’ait jamais bénéficié, sur le plan sexuel, de ce schéma de domination, et jamais rencontré de femme qui ne se soit pas soumise, tout en la justifiant ou en la banalisant, à une situation de domination sexuelle.
Pour réussir à lutter contre son agresseur particulier, il lui faut se battre contre sa propre disposition à accepter ou légitimer l’injustice sexuelle de notre société. Se battre contre les fantômes de toutes ces situations de domination dont elle a souffert mais qu’elle a relativisées, banalisées. Comment les policiers, médecins, psychologues, journalistes, et moralistes en tous genres peuvent reprocher à celles qui, comme moi, tendent à rester figées, de ne pas réussir à mener ce combat ? Comment arrivent-illes à s’arranger avec leur conscience, en culpabilisant les victimes au lieu de se remettre en cause, au lieu de se mordre les doigts d’avoir été complices, d’avoir permis qu’une situation de cette violence ne se produise ? Qu’elle devienne et se maintienne comme norme ?


Pourtant, malgré toute vraisemblance, contre toute attente, certaines opposent une résistance. Des héroïnes parmi les rescapées. Pas de fatalité. Souvent, ce sont plutôt des femmes libres, indépendantes, féministes ? De celles qui ne se laissent pas trop marcher sur les pieds… elles sont visées, aussi. Plus qu’on ne le croit. On croit moins à leur témoignage. Comment une libertine, une pute, une allumeuse, une camionneuse, une directrice de communication peuvent-elles être aussi des victimes sociales ? La question relève à ce point de la mauvaise foi que c’est du foutage de gueule ! Il y a quand même des trucs, basiques, pas si durs, qu’il faudrait réussir à assumer en tant qu’adultes, merde, et à transmettre, à enseigner aux enfants !
Déjà, repérer, décrire toutes ces micro-situations qui instaurent une identité sexuelle dominée. Pouvoir dire non n’est jamais anodin. Le respect de nos corps, le fait que le corps d’une femme ne lui appartienne qu’à elle n’est pas négociable ! Il est plus que jamais urgent de hurler et de faire rentrer une bonne fois pour toutes dans la tête de tout le monde qu’une femme peut être nue dans le lit d’un mec, avoir couché avec lui quelques minutes plus tôt, ou être en train d’avoir des rapports sexuels avec lui et dire « NON », signifier qu’elle ne veut pas continuer, qu’elle ne veut plus ou pas de sexe avec lui, maintenant, comme ça, ici… et c’est son droit le plus fondamental : sa volonté doit être respectée stric-te-ment. Il n’y a pas de circonstances atténuantes pour excuser un viol. Tout garçon qui a un vrai souci de ne pas se comporter en dominant, de respecter sa partenaire, ou simplement de ne pas lui faire de mal ne doit JAMAIS revenir à la charge, insister lorsqu’on lui a dit ou signifié un refus, une hésitation, un doute.


Dire non n’est jamais anodin. Si le premier non n’est pas entendu, le second est plus difficile à dire, le troisième encore davantage… certaines d’entre nous, dans certaines situations-limites, n’arrivons même pas à prononcer clairement ce premier « non ». Quelqu’un de vraiment attentif et qui nous connaît un tout petit peu verra vite que quelque chose cloche, mais de fait, des hommes profitent allègrement de cette assignation au silence pour se donner bonne conscience ou présumer le consentement.
Il y a une quinzaine de jours, une amie a été violée par un demi-inconnu rencontré dans une ambiance festive. Peut-être avec un complice, elle ne sait plus trop, elle avait bu. Sa mère a été violée lorsqu’elle était jeune. Pendant plusieurs années, ma sœur a subi des attouchements sexuels, alors qu’elle était mineure. Ma meilleure amie et sa sœur en ont aussi subi quand elles avaient moins de 5 ans. La sœur de ma coloc a été violée par un inconnu dans la rue. Une copine d’une de ses copines a été violée plusieurs fois par son frère. Une copine m’a dit l’autre jour qu’elle ne savait pas trop comment définir le viol, mais qu’elle avait vécu des trucs limites. Une collègue s’est mise à pleurer lorsqu’on a raconté une histoire qui lui a rappelé son viol (en stop). Ma belle-sœur a été violée par son ex-petit ami. Ma tante de plus de 55 ans a réussi à éviter une tentative de viol cette année grâce à son chien qui l’a défendue… dès que l’on se met parler de ce sujet « défendu », des filles, des femmes se rapprochent et racontent leur histoire. Vous connaissez à coup sûr des femmes victimes de viol. Si vous avez un vagin et que vous avez eu des expériences hétérosexuelles, il est certain que vous avez vécu des situations de domination sexuelle. Oh, pas grand-chose, juste de ces petites anecdotes qu’on légitime, qu’on relativise et qu’on range soigneusement dans sa mémoire, en espérant qu’elles atteignent vite la case « oubli », ces trucs « anodins » qui pourtant remontent très vite lorsqu’on cherche à se souvenir de ce qu’on a vécu d’injuste dans notre sexualité, ces assignations à notre corps féminin à servir d’abord et avant tout, le mieux possible, à assouvir le désir masculin.


Je considère que j’ai plutôt eu beaucoup de chance dans mes relations affectivo-sexuelles avec les hommes. Elles ont, de fait, été souvent liées à de belles histoires d’amour, qui m’ont beaucoup apporté. La plupart de mes relations avec des hommes ont contribué à me rendre plus confiante en moi, en mes qualités, potentiels, non seulement en ma capacité à séduire et à plaire, mais aussi en ma capacité à identifier et exiger ce dont j’ai besoin. J’ai rarement fini un rapport sexuel avant d’arriver à l’orgasme, j’ai appris à le rechercher et le provoquer chez moi, à le faire durer, le retenir un peu… je n’ai jamais testé une nouvelle pratique juste pour « faire plaisir » à un mec, mais j’ai développé une curiosité et une imagination qui m’ont permis de toucher à de nombreuses formes de plaisir, dans des relations avec peu de tabous. Presque une parfaite description de success story.


Pourtant.
Le dernier récit de viol que j’ai entendu a provoqué chez moi comme une illumination : j’ai vu, compris, perçu, non plus intellectuellement, de loin, mais dans ma chair, mon histoire, le continuum terrifiant qui existe entre l’agression sexuelle violente, par un inconnu, dans une ruelle sombre et les « anecdotes » de domination sexuelle que j’ai subies. J’ai repensé à chacun de mes partenaires, enfin surtout à chaque histoire d’amour que j’ai vécue. J’espérais me tromper. Mais je n’ai pas eu besoin de les passer au peigne fin : très vite, les souvenirs sont revenus, parfois vieux de plusieurs années, des petites choses que je croyais oubliées, que j’avais négligées… tous m’ont fait du mal, à un moment, en se comportant en dominants sur le plan sexuel. Affligeant de banalité, rien d’extraordinaire pour remplir les colonnes de la presse à sensation, mais une violence ordinaire, latente, celle qui fait que moi, jusqu’à aujourd’hui, je ne sais pas si je serais capable de réagir autrement à un viol que par la paralysie, le regard vide, l’attente passive, l’impression de sortir de mon corps mentalement pour ne pas être là, que ça ne soit pas en train de m’arriver… et l’envie de suicide, après. Ça vaut ptêt le coup d’en parler, de ces anecdotes pas si anodines :


17 ans, première fellation. On se cherche, découvre notre corps, celui de l’autre. Excitant aussi de lui faire de l’effet. Mais en fait, je trouve ça nul : ça pue, ça n’a pas bon goût (la dernière douche devait dater un peu) et puis d’un coup je me sens renvoyée à tous ces clichés à la con avec lesquels je suis pas d’accord mais qui quand même sont bien ancrés que ça fait un peu « pute » de « sucer ». J’arrête. Mon partenaire a la grandeur d’âme de ne pas insister pour que je poursuive. Mais il me fait clairement comprendre que « je vais pas le laisser en chien ». Puisque le voilà excité, puisque j’ai voulu avoir une relation sexuelle avec lui, là, maintenant, ben c’est comme s’il en allait de ma responsabilité de m’assurer que Môssieu prenne son pied, et concrètement (et vu notre connaissance du plaisir à l’époque ça se résume plutôt à ça) qu’il aille jusqu’à éjaculation. Et ben oui, j’ai 17 ans, je suis assez conne pour me laisser à moitié culpabiliser et à moitié attendrir et je me retrouve à le branler. Et mon plaisir là-dedans ? Et il était pas foutu de le faire lui-même ? Et il en avait vraiment besoin ? Et il aurait pas mieux fait d’essayer de capter ce qui m’avait « bloquée », « déplu » et de discuter plutôt que de continuer à baiser ?


Premier grand grand amour. On est déjà ensemble depuis un an et demi à deux ans. Sexualité débridée, confiance, recherche du plaisir mutuel. Jamais autant eu d’orgasmes synchronisés avec personne d’autre qu’avec lui. On connaît très bien le corps de l’autre. Trop. On aime faire l’amour, c’est souvent le premier truc qu’on fait en se retrouvant, pas systématiquement non plus, mais souvent. Ça devient une évidence dangereuse. Un jour, on a envie, se le fait savoir, on est chez son père, en pleine journée. Difficile. Interdit, encore plus excitant. J’en joue. Et puis, comme c’est vraiment pas possible, on fait autre chose. Mon désir se calme. Son père part faire une course. Il me saute dessus. Surprise, un peu, et puis flattée, et puis je m’attends à ce qu’on fasse l’amour avec la même attention à l’autre que d’habitude, et que j’y trouve mon plaisir… mais je comprends vite avant d’avoir eu le temps de dire « ouf » qu’il m’a juste « prise » vite fait bien fait. Il est dans son monde, il va à 100 à l’heure, ne me voit plus. Heureusement, c’est rapide, à peine le temps de comprendre ce qui m’arrive que c’est fini. Là, il relève la tête, voit que moi, ça va pas. Je ne parle pas avant quelques heures, puis j’arrive à vraiment lui exprimer mon ressenti. À lui dire que je me suis dit que ça ne devait pas être si dur de se prostituer… avec tout ce que cela implique de terrible comme constat quand on est en train d’avoir un rapport sexuel avec « quelqu’un qu’on aime ».


Amsterdam, en hiver. Week-end en amoureux (avec un autre amoureux !) et tout ce que ça peut comporter de kitsch. On n’a pas de sous alors on est dans une auberge de jeunesse un peu miteuse et on partage la chambre avec un couple de punks fort sympathiques. Notre couple bat de l’aile à plein de niveaux. Je tente de me rapprocher au moins par la tendresse, un matin. Il est tout excité mais gêné car on n’est pas seuls. Il a du mal à distinguer tendresse et sexualité. Je crois que ça finit par m’exciter un peu, cette situation, et je lui propose d’aller prendre une douche avec moi, ne sachant pas trop au juste ce dont j’avais envie encore, mais sachant très bien que c’était possible avec lui de flirter entre les frontières et de prendre une douche ensemble sans même se toucher si on ne le souhaitait pas. Il est à moitié réveillé, il traîne, je file, il arrive trop tard, y a plein de monde dans les douches et j’ai fini. Tant pis. Une demi-heure plus tard, nos voisins de chambre s’en vont. Il me relance. Je joue le jeu sans en avoir vraiment envie, pour lui faire plaisir, parce que je me sens un peu responsable, quand même, d’avoir éveillé un désir en lui, parce que le mythe de la réconciliation « sur l’oreiller », que ça résout tout, etc. Je me retrouve en mode missionnaire bête et méchant à le sentir en moi sans rien sentir du tout et je trouve ça vraiment nul, et je sais très bien que j’ai tort d’avoir fait semblant d’avoir envie, et il voit bien que je ne prends pas beaucoup de plaisir (au moins que je le montre moins que d’habitude) et il me demande « ça va ? » et là – ERREUR – je dis « ouais » juste pour ne pas avoir à me justifier et expliquer le pourquoi du comment de mon comportement ostensiblement contradictoire. Pfff, faire l’amour par cohérence, par politesse ! Évidemment, ça n’a rien arrangé entre nous. Et brisé quelque chose en moi. Je me suis jurée de ne plus jamais faire ça.


Pourtant, deux ans plus tard, je me suis retrouvée dans le même schéma, avec un autre garçon, et je m’en suis tellement voulue de mon impuissance, de mon réflexe débile de silence et d’abnégation, j’ai eu peur de moi-même, de ma pré-disposition à la soumission. La seule, la légère différence à deux ans d’intervalle, et beaucoup de brochures féministes : j’ai arrêté. J’ai dit stop. Tard, mais je l’ai dit. Et ça a été entendu. Et je me suis fait violence mais cette fois j’ai cherché à expliquer. Pas pour me justifier. Parce que j’avais besoin de le dire et d’entendre que c’était cohérent. Pour qu’il sache le mal qu’il peut faire, aussi bêtement que ça, juste en n’étant pas attentif, en ne percevant pas un mal-être que je n’arrive pas toujours à formuler, sur le coup. Et parce que je pensais que notre relation en valait la peine.
Je ne sais pas trop à quel point il me plaît. Je n’ai pas complètement envie d’esquiver ses bisous. Je sais que je ne veux pas être « avec lui ». Il est tard, on discute, s’attarde, je lui propose de rester dormir. Il n’y a qu’un lit simple. Petit câlin, l’excitation monte, c’est très agréable, mais j’ai décidé dans ma tête que j’ai pas envie, pas besoin de compliquer ma situation affectivo-sexuelle du moment en couchant avec lui. Je le calme gentiment en disant un truc genre « c’est un peu rapide, je préfère dormir ». Ok, on s’endort. Quelques heures plus tard, il revient à la charge. Doucement, subtilement. Je le laisse comprendre que ça me plaît, et je n’ai plus la même sagesse pour tenir mes bonnes résolutions. C’est trop bien, pour une première fois avec quelqu’un, et je le connais à peine. Je lui en veux, quand même, il me fait peur d’avoir insisté comme ça. Si je n’avais vraiment pas voulu, il aurait tenté une 3ème puis une 4ème fois ? Comment un gars responsable aujourd’hui dans notre société peut se permettre d’insister auprès d’une fille ? C’est pas évident que ça crée des risques de consentement confus, ou dérobé, pressé, chamboulé ? Pour rester sur des adjectifs très softs…


Il me réveille en me caressant. Ça dérape très vite vers ma chatte, mes seins… je suis très fatiguée et à peine réveillée. J’ai envie de dormir. Je suis dans son lit. Toutes mes affaires dans sa chambre. Temporaire. On n’est même pas ensemble, même si oui, on a une forme de relation « officieuse ». C’est la première fois que je fais un truc pareil, de tout déménager chez un gars. J’ai osé parce que je le considère d’abord comme mon meilleur ami, une très grande confiance. Je me retourne, je repousse ses mains, il revient, il insiste. Plusieurs fois. Je ne sais plus si je finis par pleurer ou par me mettre en colère. Il arrête. Se mure dans le silence. On n’en reparlera que 24h après. C’était il y a plus d’un an et il m’a dit récemment qu’il s’en voulait encore. Je crois que notre discussion et puis tout un tas d’autres choses qu’il a vécues depuis le font cogiter… ça fait du bien !


Il était fleur bleue. Il m’a même dit qu’il était amoureux. Il avait tenté plusieurs fois. Je lui avais écrit par texto que je serais p’têt bien capable de craquer un soir trop arrosé mais qu’en vrai ce n’était pas ce que je voulais. Ben il a créé l’occasion de cette soirée alcoolisée, m’a travaillée au corps, pendant trente minutes, dans un coin, à me blablater, me voler qui un bisou dans le cou, qui un bisou sur la joue… c’était un gars chouette, j’aurais voulu qu’il soit mon ami, mais ça ne lui a pas suffi. J’ai craqué. On a fini dans mon lit et il n’a pas voulu coucher avec moi ce soir-là (remords soudain du procédé alcoolisé ?), en me réveillant je me suis sentie très très mal à son contact et je l’ai limite viré à coups de balai (pour aller avec l’imaginaire ménagère-sorcière). Plus tard, on a fini par avoir une courte liaison, je passais des bons moments avec lui, en particulier de beaux ébats sexuels. J’ai mis fin à la relation de façon unilatérale et brutale, pour en privilégier une autre. On ne s’était rien promis. Ça a mis du temps mais il m’a « pardonnée ». Je suis venue lui rendre visite plus d’un an plus tard (il avait déménagé dans une autre ville), la chambre était toute petite, on a dormi dans le même lit. Contente de le retrouver « ami ». J’ai même l’initiative de le prendre dans mes bras et de dire bonne nuit avec un bisou sur la joue. Je n’ai pas fermé l’œil. Il n’a pas arrêté de chercher à m’attirer vers lui, me caresser, m’exciter… j’ai dû dire non mille fois, je l’ai fait, mais je n’ai pas su montrer la colère équivalente au malaise qu’il y avait en moi. J’avais peur. Il disait « tu sais, ça fait longtemps que j’ai pas eu une nana dans mon lit ». Je n’étais pas moi, j’étais « une nana » et une nana dans son lit, c’est fait pour assouvir ses désirs sexuels. Il m’a dégoûtée. La colère et la résistance plus forte que j’aurais pu opposer ce jour-là, elles ont été anesthésiées par ma volonté de lui expliquer au début, de lui dire pourquoi c’était horrible cette phrase, de me justifier de pourquoi je ne voulais pas coucher avec lui… de quel droit ?!


Plus délicat. Un féministe. On m’avait prévenu que certains hommes deviennent « féministes » pour baiser avec des féministes. Jolie rencontre. Ami d’amis, confiance. Moments fort, tendresse, attention, affection. Sentiments mêlés. Mais moi je n’aurais pas fait le pas de l’embrasser. Peur que ça complique tout. Alors de là à imaginer coucher ensemble ! Il m’a embrassée, et ça a effectivement tout compliqué. Connaissant mon système de références, de valeurs, il avait un avantage dans la persuasion, la manipulation. Je ne dis pas que c’était prémédité. Je ne sais pas. Mais il a su s’en servir pour se déresponsabiliser. On a beaucoup « parlé », il ne m’a pas beaucoup entendue, et, en tout cas, on a fini par faire ce qu’il voulait.
J’ai émis un doute, exprimé une hésitation claire. Ça aurait dû suffire à le calmer, s’il avait vraiment été féministe. En même temps, il me plaisait, en tant que personne. Et comme on était dans un même truc de libertinage tous les deux, pourquoi pas se rapprocher ainsi ? N’empêche, sa façon de s’y prendre ne me donnait pas vraiment envie. Hésité un peu, et puis, quitte à savoir qu’on avait déjà franchi le cap de ne plus pouvoir être une belle relation amicale tranquille, puisque la relation naissante était déjà consumée, autant chercher mon plaisir dans cette situation. Autant aller à la jouissance physique, au moins. Demain, il serait grand temps de penser à autre chose. Je cesse d’hésiter, deviens plus entreprenante, propose une position de pénétration vaginale avec laquelle je trouve facilement du plaisir, une position où c’est plutôt moi qui contrôle. Mais là, pas le temps, il éjacule très vite. Alors, sans vraiment se préoccuper de savoir où j’en suis moi, il me fait patiemment un cours de féminisme en m’expliquant que ouais, bof, c’est pas parce qu’il a éjaculé qu’il a eu un orgasme et que il est sûr que pour moi aussi c’était nul, et que y a pas que la pénétration et que même lui il trouve qu’il vaut mieux éviter ça comme pratique sexuelle, qu’en fait on trouve seulement du plaisir dans d’autres trucs, que c’est le meilleur « sexo seguro »… blablabla. J’explique que, pour moi, contrairement au vocabulaire débile de « préliminaires » l’ensemble des pratiques sexuelles autres que la pénétration vaginale (même me masturber) sont des trucs plus intimes, que je ne me sens pas toujours de partager direct à la première relation… mais il n’entend pas la personne qui est en face de lui et préfère prendre en compte seulement les grandes généralités conceptuelles qu’il a retenues d’une mauvaise lecture de discours féministes. Et sans que j’aie eu le temps de dire ouf, il s’occupe de mon cas, je pense bien décidé à ouvrir mes prunelles naïves sur le monde enchanté des autres formes de plaisirs sexuels… (il se prend pour qui ?) Ça me fait quand même doucement rire à l’intérieur quand je le vois dérouté par le fait que je lui demande de chatouiller aussi mon anus. Il m’a « à la longue » : pour le coup je finis par jouir et ça fait un bon moment que je ne me préoccupe plus du tout de son plaisir à lui, je suis ailleurs… et plutôt contente de constater qu’il a trouvé moyen de se branler en même temps et qu’il atteint ainsi l’orgasme. Une histoire qui « finit bien ». Mais c’est quand même fou que ce type ait réussi à me faire culpabiliser d’aimer ce que j’aimais et d’avoir envie de certains trucs dans un cadre précis, d’autres dans un autre. Car c’est limite s’il ne m’a pas dit que j’étais pas une « vraie féministe si j’étais capable de kiffer une pénétration vaginale ». Mais j’emmerde profondément toutes les personnes qui croient pouvoir me donner des leçons au nom de la religion, de la « nature » féminine ou d’un idéal. Il a rien compris ce type, le féminisme que je défends c’est une plus grande liberté de choix. On ne lutte pas contre le conformisme et le conservatisme en adoptant systématiquement des comportements anticonformistes par principe, ou alors le seul but c’est de choquer et de se rendre malheureux-se ! On déborde des cases, on brouille les frontières, on peut être féministe et féminine et/ou féministe et maman et/ou féministe et lesbienne et/ou féministe et masochiste et/ou féministe et bi et/ou féministe et pute… et si ça dérange ce qui est bien rangé de façon rassurante dans les têtes, comme les « recettes pour baiser comme il faut quand on est féministe » et ben tant mieux !


Le plus évident. Aurait pu dégénérer. Un gars beau, rigolo, pas très fut-fut. Je suis loin de mon mec, à l’époque relation exclusive. Envie de tendresse. Soirée dans un chalet en montagne, avec un groupe de potes. On danse. Zouk. Ce que ça fait effet ! J’avoue que c’est délicieux de le sentir bander contre moi… mais je n’ai pas envie de plus (ben ouais, c’est fou, hein, mais le respect du consentement, c’est aussi de respecter ce que veut la personne même si on pense que c’est débile, en l’occurrence même si je frustre mes désirs sur ce coup-là, c’est mon choix, et il est on ne peut plus clair). La musique s’arrête. On dort tous dans une grande pièce. Moi loin de lui. Mais dans la nuit, il tente de se rapprocher pour m’embrasser. Je l’envoie chier. Quelques semaines plus tard, rebelote, chalet et compagnie. Sauf que c’est un traquenard. Comme de par hasard, on se retrouve tous les deux seuls. Je refuse de danser, je ne veux surtout pas être ambiguë, lui donner de faux espoirs. On passe une bonne soirée, on va voir le luthier dans le village. Au moment de dormir, un seul lit, double, dans la seule pièce chauffée. Et lui qui commence à devenir très insistant. Je le rembarre plusieurs fois, et puis, je me dis un truc horrible : « donne-lui ce qu’il veut après tu seras tranquille ». Je le laisse m’embrasser. Il me caresse les seins… je ne sais pas pourquoi ni comment mais la vue de son pénis en train de se tendre au travers de son caleçon m’a alertée, faite réagir, j’arrête illico et je dis clairement que je ne veux pas, un point c’est tout. Je retourne dans mon coin au bout du lit. J’espère vraiment que cette fois, ça va suffire. Je l’imagine devenir plus contraignant. Et je ne vois pas comment m’échapper en courant dans le mètre cinquante de neige vers la petite route de montagne, en pleine nuit. Il n’insiste plus. Moi j’ai failli abdiquer. Ça se joue tellement à rien ! Le pire ? Le lendemain, comme si de rien était, presque comme si on était ensemble, trop mignon, petit dej au lit et tout. Plus un sentiment d’insouciance totale et de refuser de voir la violence qu’il m’a faite et qui fait que je suis en colère contre lui. Quelques semaines plus tard, je lui ai dit que je n’avais jamais autant eu l’impression d’être un bout de viande. Il m’a regardé avec de grands yeux. Il n’a juste rien compris. Moi, j’ai eu peur.


Je relis ces bouts de vie balancées sur une page blanche d’une traite, une nuit. Drôle de sensation d’exhibitionnisme. En même temps, je n’y trouve rien de si « trash ». Envie d’enlever des détails trop « persos ». Est-ce que je dois laisser les happy ends ou juste focaliser sur les situations de domination même ? Ben je laisse les happy ends. Parce que c’est ça, la vraie vie. Parce que, comme dit ma pote, ben c’est plus facile de jouer le jeu de cette foutue norme d’obéissance et de soumission. De recevoir cadeaux plutôt que coups, choisir de toujours dire oui, rester « ouverte » plutôt que de choisir, et donc dire non, parfois, pour de vrai, et être sanctionnée pour cette infraction à la norme. Plus facile, tant que l’on s’illusionne. Ces anecdotes sont autant de batailles perdues. Les happy ends ont un goût amer de ce qu’elles m’auront coûté en respect de moi-même. En les écrivant je voudrais pouvoir les rejouer, réagir différemment. Les identifier, c’est allumer la rage, me donner la foi de ne plus accepter de situations de domination, même « insignifiantes » ou « banales » ! Il ne s’agit pas de voir le mal partout, de se rendre malheureuse avec ça et de « persécuter » nos « pauvres » partenaires… il s’agit de voir tous les niveaux où un progrès est possible (et complètement nécessaire !) de déconstruire la norme du viol, de refuser de tolérer l’intolérable. Courage, les filles ! On n’est pas des dominées, des victimes éternelles, seulement potentielles ! Oui, même les plus proches, surtout les plus proches, peuvent nous faire du mal. Ce n’est pas inscrit dans leurs gènes, mais dans la série des situations de domination qui s’installent en silence entre eux et nous, entre toi et lui. Faisons attention aux détails, à ces phrases qui tuent, à ces attitudes blessantes, à toutes ces mini-dominations qui nous conditionnent. C’est une façon d’apprendre à dire non, à poser des limites. Les souvenirs que j’ai décrits touchent à mes propres limites. Elles peuvent être différentes d’une fille à l’autre. Dans tous les cas, elles méritent toujours d’être posées !


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Brésil : Manifesto pela violência afeminada
Publié le 30 mai 2014 par anarkafeminista
MANIFESTO PELA VIOLÊNCIA AFEMINADA!






Crescem os casos relatados de violências – tanto físicas, quanto psicológicas – contra mulheres, bichas, sapatas, trans*, dentro dos espaços políticos de esquerda – incluindo este, a Revolta do Busão –, o que atesta uma ainda muito forte hegemonia do pensamento macho nas formas de articular e operar política antissistema. Se, nos espaços de esquerda, forjam-se contrapontos ao conservadorismo da direita, o que temos percebido é, pelo contrário, um crescimento das práticas opressoras do macho adulto branco e heterosexual interiorizadas em dinâmicas políticas supostamente libertárias.


Mas não viemos aqui para nos lamentar pela INCAPACIDADE desses sujeitos encarcerados pelas normas sexuais e de gênero, castrados de cu, em dar-se conta de seus próprios privilégios e da violência que engendram cotidianamente OU para convencê-los de qualquer coisa. O que queremos é nos dirigir às afetadas – mulheres, bichas, baitolas, travas, transexuais, intersexuais, transgêneros, piriguetes, putas, gordas, sapatas, caminhoneiras, pintosas, divas, feias, patricinhas, anarkas… – para dizer-lhes que é possível RESISTIR, que a superioridade do macho adulto branco e heterosexual de família é uma ficção política sustentada ao custo do silenciamento das vozes e expressões dissidentes. CHEGOU A HORA DE GRITAR, de berrar alto o quão limitada é a racionalidade que sustenta esse regime político.


Queremos dizer às afetadas que reajam! que treinem, lutem, aprendam a mexer com faca, a dizer NÃO, a responder quando incomodadas, que ocupem espaços políticos, que proliferem e disseminem a violência afemininada como estratégia de resistência ao regime machulento! Queremos ver até que ponto dura a supremacia mascu diante de afetadas insubmissas, rebeldes, revoltadas, sangue no olho, dispostas a arrancar elas mesmas o pau dos estupradores, a bater elas mesmas nos agressores, intervindo e deslocando os regimes de privilégio sustentados pela reprodução de um sempre mesmo corpo dominante que age em detrimento de uma multiplicidade de corpos entendidos como frágeis, passivos, despotencializados, sem capacidade de resistência.


Queremos excitar agrupamentos feministas que trabalhem em autodefesa com autonomia; matilhas que retomem as ruas, recriem hábitos vadios nas madrugadas, ressiginifiquem os espaços velados aos corpos contra-hegemônicos, que passeiem livremente por lugares abertos sem precisar da companhia de um tio, um pai, um irmão, namorado, enifm, um macho protetor… Porque nosso direito à cidade depende diretamente da destruição do autoritarismo machista! BIBA LA REVOLUCIÓN!






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Le safe sexe, c’est plus que du latex
Publié le 12 mai 2014 par anarkafeminista
ce texte est une traduction du texte Safe Sex Is More Than Just Latex, trouvable en français dans la brochure Apprendre le CONSENTEMENT en 3 semaines ! Méthode et exercices pratiques.


Cette brochure est composée d’une dizaine de textes traduits de l’anglais. Ils proviennent tous d’une brochure étatsunienne qui a beaucoup circulé, Learning good consent. On a choisi de traduire celle-ci parce qu’elle présente des textes variés, qu’elle nous a beaucoup marqué et qu’on voulait la partager avec les copainEs. Certains de ces textes ont déjà été traduits. On a fait un choix parmi ceux qui restaient. Vous avez plus de détails sur l’ensemble de la brochure originale à la fin. Ces textes parlent de sexualité(s), d’agressions, etc etc. C’est des sujets qui remuent. Faites attention à vous avant de la lire, mettez-vous dans un contexte confortable, et n’oubliez pas de prendre soin de vous !


Ces textes ont été traduits par CROUTE, un réseau de personnes féministes qui ont souhaité traduire vers le français et diffuser des brochures sur les questions d’agressions sexuelles et de consentement.


Le safe sexe, c’est plus que du latex


Si tu réponds oui à une de ces questions, il se peut que tu sois en train de vivre un abus


Est-ce que tu te sens pousséE à faire du sexe quand tu ne veux pas ?
Est-ce qu’il t’arrive de faire du sexe pour « avoir la paix » ?
Est-ce que t_ partenaire a envie de sexe après une dispute, alors que toi tu n’en as pas envie ?
Est-ce qu’il t’est déjà arrivé de ne pas bouger pendant le sexe parce que résister paraissait être plus risqué ?
Est-ce que t_ partenaire a déjà initié du sexe avec toi alors que tu dormais ? Est-ce que t_ partenaire a déjà refusé de se protéger alors que tu lui avais demandé ?
Est-ce que tu as déjà eu l’impression que t_ partenaire utilisait le sexe pour te punir ou te contrôler ?
Est-ce qu’iel t’a déjà reproché de vouloir arrêter en plein milieu ?
Est-ce que t_ partenaire t’a déjà forcé à faire du sexe ?
Est-ce que t_ partenaire te refuse continuellement du sexe ou de l’affection, ou bien le réclame selon ses conditions ?
Est-ce que t_ partenaire utilise des insultes à caractère sexuel contre toi ?
Est-ce qu’il arrive que t_ partenaire se moque de toi sur des sujets sexuels ?
As-tu déjà fait du sexe avec ellui parce que tu en avais assez de résister ?
T_ partenaire t’accuse-t-iel d’avoir des aventures ?
T_ partenaire te menace-t-iel d’avoir d’autres relations, ou en a, alors que vous avez décidé d’être monogames ?
Se moque-t-iel de toi pendant le sexe ?
Est-ce que t_ partenaire parle avec d’autres personnes (son ex, ses amiEs…) de tes “incapacités” sexuelles ?
Est-ce qu’iel t’oblige à lui raconter tes fantasmes ?
Est-ce que t_ partenaire te fait avoir honte de tes désirs ou fantasmes ?
Est-ce que t_ partenaire a dépassé tes limites ou les mots que vous aviez convenu pour dire stop ?
Dans un contexte S/M, est-ce qu’il t’arrive de n’être pas bien sûrE du moment où les scènes commencent ou finissent ?


J’ai le droit… (A Personal Bill Of Rights)


de proposer un rencard sans être anéantiE si la réponse est non
de refuser un rencard sans me sentir coupable
de suggérer des activités
de refuser n’importe quelle activité, même si la personne avec qui je suis se réjouit à l’idée de celle-ci
d’avoir mes propres sentiments
de choisir d’aller à une fête toutE seulE sans avoir l’impression de devoir en repartir avec quelqu’unE
de dire que je pense que ce que dit unE amiE est faux, mauvais, ou que ses actions sont injustes
de dire à quelqu’unE que je n’aime pas qu’iel m’interrompe
qu’on respecte mes limites
de dépenser mon argent comme je veux, même si c’est débile
de dire à m_ partenaire que je veux de l’affection
de dire à m_ partenaire que je veux de l’intimité physique
de refuser de faire du sexe avec une personne qui vient de me payer une soirée qui lui a coûté cher
de commencer doucement une relation, de dire, « je veux te connaître mieux avant de m’impliquer plus »
d’être moi-même sans changer pour convenir aux autres
de dire à m_ partenaire que je veux du sexe
de refuser à tout moment de faire du sexe ou de partager une quelconque forme d’intimité
qu’on me dise qu’une relation est en train de changer et de ne pas me sentir coupable, ou tenter de changer pour que ça continue
à une relation égalitaire avec un homme ou une femme
de ne pas être dominantE, ou dominéE
d’être discretE ou d’avoir de l’assurance, et ne pas être mal comprisE
d’agir d’une certaine façon avec une certaine personne, et autrement avec une autre de changer mes objectifs quand je le décide









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Poétesse mexicaine
Publié le 17 mars 2014 par anarkafeminista
Patricia Karina Vergara Sánchez est une féministe, journaliste et enseignante mexicaine. Son blog où sont publiés ses poèmes


Me dijeron


El otro día me dijeron
que frene la lengua,
que modere los actos,
que critique, que señale,
que me inconforme,
pero, en voz baja
y entre nosotras.


Que los compañeros de lucha,
cualquier lucha,
se pueden sentir afectados.


Que espere, que el movimiento social,
cualquier movimiento social,
tiene planes para las mujeres,
pero, que espere,
todavía no es el tiempo, ni la hora.


El otro día me dijeron
que sea más responsable
al decir antipatriarcado,
al denunciar al que acosa,
al señalar al que desprecia.


Que cuide a los compañeros,
que sea amorosa,
que les haga sentir bienvenidos,
que mis reclamos no vayan a ofenderlos.


Me lo dijo una, que se dice compañera,
y le he preguntado.
Pero, no ha ido a ver al indio,
para decirle que denuncie bajito
al caxlan que lo desprecia.


Y no ha ido a ver al obrero,
para decirle que espere,
que sea más amable
en sus reclamos con el patrón.


Y no ha ido a ver al campesino,
para decirle que defienda su tierra
con amabilidad y sonrisa.


Pero a mí, si ha venido a hablarme
para decirme que no vea,
que si veo no señale,
que no lo tome como ofensa.
Que comprenda.


Me dijeron.
Que finja, que no me de cuenta
de que éste mira mis senos,
de que éste me estorba la palabra,
de que éste me llama a la elegancia femenina,
de que éstos no son de los míos.
De que dicen lesbiana, pero en voz baja.


Que por las buenas son mejor las cosas.
Que no demuestre el abuso.
Que no llame machista.
Que no use la palabra misoginia
para el que me niega.


Que acompañe al movimiento
y, por las buenas, ya irá tocando la nuestra.


Me dijeron,
y estoy pensando que no es justo.


Para murmurar el descontento,
para perpetuar los roles,
mejor me habría quedado en casa a lavar los platos.


Que nada más no puedo.
Ni he de callarme.
Ni cerrar lo ojos, ni fingir.
Ni moderar la lengua ni los actos.
Que no dejaré de criticar, ni de señalar, ni de inconformarme.


Ya hemos dado mucho.
Ya dieron bastante mis madres y abuelas.
Hemos sido tantas:
Las presas políticas,
las agredidas,
las trabajadoras,
las que sostienen la casa mientras la huelga,
las que siembran la tierra,
las sindicalistas,
las maestras,
las que nunca son nombradas,
las que toman los medios.
las que barren y reparten volantes
mientras el macho líder hace discurso.
Las que ya están hartas…
Todas, mis hermanas.


Que ya toca la nuestra y no para luego.
Que hay que decir: ya, a este tiempo y a esta hora.


Que para gritar contra la opresión, no hay corrección política.
Decir: hay una izquierda machista y reaccionaria, no me atemoriza.


Me dijeron, me sugieren, me invitan a moderarme.
Pero, yo, nada más no puedo.


Yo entiendo ser mujer de otra forma.
Yo quiero de otro modo hacer las cosas.


No voy a disculparme,
No puedo condolerme.


Porque tengo esta voz.
Es voz libre y autónoma.
Es voz nueva, revolucionaria.


Tengo esta voz fuerte.
Voz lesbiana, nunca más silenciada.





Patricia Karina Vergara Sánchez






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De la misère sexiste en milieu anarchiste
Publié le 10 mars 2014 par anarkafeminista
miseresexiste-brochureX est fatiguée. Fatiguée d’être toujours obligée de s’imposer, de se battre pour obtenir la parole, pour prouver qu’elle a de la valeur, pour gagner de la crédibilité et de la confiance, pour exister dans les espaces collectifs.


V en a marre de ne pas être prise au sérieux parce que les autres la pensent douce et fragile, marre qu’on lui rappelle que certains domaines ne relèvent pas de sa compétence de femme. Marre qu’on considère qu’une action de confrontation aux fafs ou aux flics est dangereuse pour elle, qu’elle ne sait pas réparer un vélo et encore moins tenir une perceuse. Bien sûr, on ne lui dira jamais comme ça, mais dans les faits, tant qu’elle n’aura pas fait ses preuves elle sera toujours exclue de certaines activités.


Z vit dans l’ombre de son compagnon. Parce que les deux partagent les mêmes choix et activités politiques elle est toujours « la copine de ». Evidemment tout le monde l’aime bien mais quand il est question de proposer des choses, actions soirées ou quoi que ce soit, c’est à lui que tout le monde s’adresse.


D a passé plusieurs années dans un milieu, un réseau, un groupe affinitaire, mais quand elle s’est séparée de son compagnon, c’est lui qui est resté. Elle, on l’a juste oubliée.


F subit des jugements méprisants. Parce qu’elle a une sexualité libre, elle se fait traiter de salope, de manipulatrice. Parce qu’elle plaît, elle est considérée comme une allumeuse. Parce qu’elle vit des relations non-exclusives, elle s’en prend plein la gueule alors qu’elle a pourtant toujours été honnête à ce sujet.


M écarte les cuisses et simule parce qu’elle n’ose pas dire à son partenaire qu’elle n’a pas envie, parce qu’elle a peur de sa réaction. Peur qu’il se sente rejeté, peur qu’il pense qu’elle ne veut plus de lui. Par principe, elle est contre le devoir conjugal, mais même si elle ne met pas ces mots là-dessus, elle l’a bien intégré.


B s’écroule en larmes sous le déversement de rage de celui qu’elle aime. Juste parce qu’il est jaloux ou se sent en danger, elle subit la colère, la dévalorisation, les insultes. Et pourtant, au lieu de refuser ça, c’est elle qui s’excuse, qui se sent coupable de l’avoir blessé.


R accepte tout venant de son amoureux, fait de nombreuses concessions, cède à ses envies parce qu’elle l’aime, parce qu’elle veut que tout soit pour le mieux pour lui, qu’il se sente bien et qu’elle a peur de foutre la merde.


S a vécu un viol. Elle a hurlé ce « non » qui n’a jamais été entendu. Elle a essayé de se débattre mais lui n’a pas hésité à utiliser la force. Elle a eu peur qu’il la tue. Puis il est parti. Elle, elle est restée avec cette déchirure.


T porte seule les violences qu’elle a subit de la part de son compagnon. Parce qu’elle ne veut pas lui nuire, entacher sa réputation en parlant. Parce qu’elle ne veut pas faire exploser cette situation dans le milieu. Alors elle se tait, elle fait semblant que tout va bien. Et personne n’ira chercher plus loin, parce que c’est privé, et que personne ne lui apportera de soutien. Elle le porte seule et le portera toujours.


C a mal. C a honte d’accepter tout ça. Mais elle lui trouve toujours des excuses, mais elle reste parce qu’elle est amoureuse.


N est partie. Et aux yeux des autres c’est encore elle la méchante, elle qui le fait souffrir, qui ne fait pas attention à lui.


P est en colère. Elle exprime sa rage d’avoir subi tout ça, de s’être laissée traiter ainsi par celui qu’elle aimait. Et aux yeux des autres elle est hystérique. Elle devrait se calmer, se taire une fois de plus.


J est féministe. Elle sait que toutes ces situations ne sont pas des parcours individuels mais des histoires de femmes, qui se répèteront et se revivront tant que tout le système social n’aura pas été ébranlé dans ses fondements. Elle a fait de ces histoires un combat politique. Pour ça elle subit la décrédibilisation, les moqueries, le rejet. Parce qu’aux yeux de tous, elle exagère, elle va trop loin, elle remet toujours ça sur le tapis.


X, V, Z, D, F, M, B, R, S, T, C, N, P et J. Toutes ces femmes, vous les connaissez. C’est ton amie, ta copine, celle avec qui tu couches. C’est toi peut être. C’est celle que tu as croisée à un concert, à une manif. Celle avec qui tu milites, avec qui tu discutes, avec qui tu rigoles.


ÇA TE CONCERNE. ÇA NOUS CONCERNE.


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Et pendant ce temps là, de l’autre côté des Pyrénées…
Publié le 10 février 2014 par anarkafeminista
QUERIDO MACHO CON EL QUE COMPARTO MANI FEMINISTA
por Feministas Ácidas


Me veo en la obligación de escribir esta entrada con urgencia, pues hay un tema sobre el que empiezo a sospechar que hace falta arrojar algo de claridad y ampliar la información:


Querido Señor* de [CCOO/IU/EREdeCocaCola/AsambleaDeBarrio/EligeTuOpción] con voz potente comenzadora de cánticos, que vas con una bandera casi tan grande como tus privilegios a nuestras manis, creo que necesitas una aclaración:


No tienes ovarios, no tienes coño, no tienes matriz, no tienes útero, no vas a quedarte preñado y no vas a abortar.
Y siento decirte también esto, pero el patriarcado no te oprime,
sorry ¯\_(ツ)_/¯


Una vez aclarada esta compleja cuestión científica, no entiendo que sigamos siendo tan permisivas con dejar participar de nuestro espacios a los máximos cómplices de la opresión y, lo que ya no me entra en la cabecita, es que esa participación sea protagonista e invisibilizadora del resto de compañeras.


Lo siento, la inclusividad no pasa por que la voz de este tipo de señores sea la que más se oye cuando gritamos frente al Ministerio: “Mi coño, mi decisión” o “Fuera los rosarios de nuestros ovarios“. Porque coño u ovarios no tendréis, pero el cinismo sí, y bien gordo.


¿Estás de acuerdo con que las mujeres decidamos sobre nuestros derechos sexuales y reproductivos? Enhorabuena, no eres un maldito sádico psicópata, pero eso no te convierte en feminista. ¿Quieres compartir espacio con nosotras sin sustentar situaciones de violencia? Pues a revisarse más, a gritar y llorar menos.


También voy a hacer una mención especial a ese cántico que tanto os gusta de “Mujer si no luchas, nadie te escucha“. Para empezar, no tendría que luchar por mi vida y mis derechos si el sistema patriarcal que te coloca en la cúspide de la jerarquía no me oprimiera. Ya que esto es así, me sería mucho más cómodo luchar si no ocultaras nuestras protestas con tu cipote. Por último podrías probar a dejar de decir a otras mujeres lo que tenemos o no tenemos que hacer; me gustaría ver a muchos en la lucha que supone la cotidianidad de la vida para un cuerpo leído mujer.


Para lxs que os empeñáis en repetirnos una y otra vez que feminismo sí, pero de clase, lo siento, ya podéis empezar a odiarme. La lucha feminista no atiende a clases cuando el compañero obrero agrede, viola y mata a la compañera. No atiende a clase cuando estamos hartas de relacionarnos en los espacios de lucha alternativos y el machismo sigue siendo el mismo que en los espacios middle class. La misma clase obrera no está formada por cuerpos homogéneos susceptibles de las mismas violencias. No, lo siento pero no.


Para todos los señores que me habéis incomodado, a mí y a mis compañeras, en estas dos últimas manis pro-aborto os dedico y cariñoso « Machete al machote ».


___________________________________
*Señor = Cismacho privilegiado por esta sociedad de mierda.


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Suite aux collages anarchistes féministes (Région parisienne/2013)
Publié le 22 janvier 2014 par anarkafeminista
Nous avons réalisé un collage sur différents lieux de la région parisienne, pour lutter contre les violences sexistes. Au Transfo, nous avons collé et affiché en texte central : « Pas d’espace pour les agresseurs ! Pas d’agresseurs dans nos espaces ! ». Parmi les réactions suscitées par ces collages, la majorité de celles qui sont venues du squat du Transfo (Bagnolet) se démarquent par leur caractère antiféministe et autoritaire. Pendant les semaines qui ont suivi, si on écoutait les commentaires de certain-e-s sans se poser de questions, il aurait fallu croire que le problème venait du collage réalisé par des anarchistes-féministes pour dénoncer des violences sexistes, et non pas de ces violences sexistes elles-mêmes. Le collage a été diabolisé et marqué par plusieurs agressions de certaines d’entre nous.


ANARCHISME ET FEMINISME
En tant qu’anarchistes-féministes nous partageons des principes éthiques et des pratiques d’entraide et de solidarité contre les violences hétéro-patriarcales. Nous luttons en amont contre les violences sexistes pour les prévenir : créer des liens entre des femmes, discussions, partage d’analyses et de textes, autodéfenses, ouvertures et prises d’espaces occupés non-mixtes. L’hétéro-patriarcat est un système d’organisation sociale, politique et économique qui institue notamment la domination des hommes contre les femmes. Il est absurde de penser que le patriarcat peut s’esquiver. Les agressions sexistes comme les viols, les violences conjugales, les harcèlements, arrivent nécessairement, et c’est pour cela que nous appelons à des positionnements individuels, et des positionnements collectifs de lieux d’habitations et de lutte pour que différents principes, tels que l’ostracisation des agresseurs, soient mis en pratique, en solidarité avec des femmes ayant subi ces violences sexistes. En tant qu’anarchistes-féministes, nous refusons fermement de faire appel à la police, à la justice ou à une quelconque médiation de l’Etat, pour en finir avec des agresseurs. Nous refusons toutes les médiations, et toute autorité d’un milieu. Nous sommes pour l’action directe et l’autodéfense des femmes. Nous refusons de réduire ces questions à des problèmes inter-individuels qui ne devraient pas venir troubler les ’’vraies’’ luttes. La guerre sociale est partout, tout le temps. Nous refusons fermement ’’le cas, par cas’’ qui consisterait dans la pratique à une justice informelle, que nous propose des dits ’’antiautoritaires’’ qui veulent être juges. Nous ne reconnaissons aucune autorité et ne déléguerons à aucune autorité la capacité de dire si nous avons subi des violences sexistes ou non. Concernant les procès proposés par des dits ’’anti-autoritaires’’ nous rejetons dans le détail leur proposition : confrontation agresseurs/ agressées, injonction faites aux femmes à rendre publique et donner des détails de ce qu’elles ont subi, et enquêtes sociales informelles (faites qui plus est contre les agressées pour trouver des éléments à leur reprocher et les rendre responsable de l’agression). Nous refusons que les femmes qui ont subi des violences sexistes soient mises en danger et subissent encore plus de violences sexistes (indifférence, voyeurisme, culpabilisation, infantilisation, humiliations, malveillance, harcèlement, mépris et curiosités misogynes, mise sous pression et stress, revivre traumatisme…) de la part de dit ’’antiautoritaires’’ aux pratiques de juges, de flics, de psy etc…


PAS D’AGRESSEURS DANS NOS ESPACES ! PAS D’ESPACE POUR LES AGRESSEURS !
Ce collage a révélé que la situation actuelle dans la plupart des lieux d’habitation ou de lutte est affligeante de lâcheté, d’antiféminisme et d’autoritarisme. Certains espaces soutiennent les agresseurs, les hébergent, les tolèrent et leur permettent de continuer de faire subir ces mêmes violences sexistes à d’autres femmes. Le Transfo (comme certains squats d’habitation, ou espace de lutte) n’a aucune position concernant l’ostracisation des agresseurs. Certain-e-s habitant-e-s et participant-e-s du Transfo s’enlisent dans une position de défense d’un agresseur sexiste notoire habitant du Transfo. Les espaces qui n’ostracisent pas les agresseurs méprisent, isolent, excluent de fait les femmes ayant subi des violences sexistes. Nous ne considérons pas comme nécessaire que les agresseurs reconnaissent ce qu’ils ont fait pour mener une action contre eux. Si les agresseurs reconnaissent ce qu’ils ont fait : ça ne changera rien au fait que nous mènerons une action contre eux.
Nous rejetons cette culture chrétienne et morbide du pardon. Dans l’immense majorité des cas, les agresseurs ne reconnaissent pas les harcèlements, les violences conjugales, les viols qu’ils font subir aux femmes, au contraire, avant et après, ils harcèlent et contrôlent les femmes qu’ils ont agressées, cherchent à les punir parce qu’elles ont osé dire/ ou qu’elles pourraient dire/ ce qu’elles ont subi ou subissent encore. Les agresseurs et leurs soutiens mènent de véritables campagnes de décrédibilisation des femmes qu’ils ont/ qui ont été/ agressés, ce qui a pour conséquence que quoi que diront ces femmes, elles ne seront pas entendues. Nous refusons de discuter avec des ennemis politiques, avec ceux qui incarnent les différents systèmes d’oppressions : des flics…aux agresseurs hétéro-sexistes. Nous n’évoluerons pas dans les mêmes espaces qu’eux, les agresseurs ayant bien compris où étaient leurs intérêts, ils s’en prennent systématiquement aux anarchistes-féministes.


ANTIFEMINISMES : NEGATION DES VIOLENCES SEXISTES.
Systématiquement les réactions des antiféministes s’inscrivent dans la négation des violences sexistes. Ils/elles ne veulent pas entendre, ni voir, ni que l’on visibilise les violences sexistes comme nous avons pu le faire avec le collage. Systématiquement ils/elles nient, euphémisent, banalisent et attribuent une signification différente à tel ou tel fait, quelque soit leur gravité. Ils/elles assignent au silence les femmes ayant subi des violences sexistes quand elles et ils ne vont pas jusqu’à les agresser verbalement ou physiquement pour maintenir la pacification dans les différents milieux politiques.


ANTIFEMINISMES : NEGATION DES SYSTEMES DE DOMINATIONS HETERO-PATRIARCAUX.
Les antiféministes refusent de reconnaître l’existence des systèmes de dominations hétéro-patriarcaux, laissant place, où y substituant :
– du gauchisme : c’est à dire une lutte androcentrée et parcellaire contre le capitalisme.
– des analyses libérales et autoritaires : où les violences sexistes seraient une affaire de ’’personnalité’’, de ’’caractère’’, ’’de psy’’, de ’’déviants’’ (alcoolique, toxico), de rapport inter-individuel.
– des analyses racistes : où les violences sexistes seraient l’apanage des hommes racisés.
– des analyses bourgeoises : où les violences sexistes seraient le fait des classes populaires, peu éduquées. Or l’hétéro-patriarcat est un système d’organisation sociale, politique et économique qui institue la domination des hommes contre les femmes. Ce système d’oppression est inter-classiste, et ne connaît ni milieu, ni frontière.


ANTIFEMINISMES : FAUX ARGUMENTS.
Certain-e-s antiféministes accusent le collage d’être essentialiste. Or le fait de partir de situations d’oppressions sexistes réellement vécues ne revient pas à revendiquer une identité féminine. Pour sortir d’une cage encore faut-il être capable d’en voir les barreaux. Nous partons de vécus de femmes en tant que catégorie construite socialement parce que nous n’attendons pas que les dominants nous libèrent ou aillent à l’encontre de leurs intérêts. Nous dénonçons les analyses libérales et hypocrites des hommes qui affirment ne pas se reconnaître dans la catégorie ’’hommes’’ tout en continuant à tirer des privilèges qui découlent systématiquement de cette position sociale et auxquels ils ne sont pas prêts à renoncer.


ANTIFEMINISTES : PORTE PAROLE DES AGRESSEURS.
L’antiféminisme (de l’antiféminisme des fascistes…à l’antiféminisme des communistes ou anarchistes) est une expression directe de la misogynie. Les antiféministes, femmes comme hommes, ont la haine des femmes. Cependant nous ne mettons pas sur le même plan ces deux positions. Pour les femmes l’antiféminisme provient en grande partie d’une position de survie qui passe par l’association avec les dominants, l’identification aux oppresseurs, et la haine de soi. Alors que pour les hommes antiféministes, il s’agit d’une position de solidarité masculine. Être solidaire des agresseurs est un moyen pour eux de se couvrir, tout en couvrant les autres et d’asseoir le pouvoir des hommes contre les femmes. Les agresseurs instrumentalisent ou rallient des femmes misogynes contre les femmes qu’ils ont agressés, ou leurs soutiens, soit préventivement, soit pour poursuivre leur sale boulot d’agression et maintenir leur place dans un espace.


ANTIFEMINISTES : UN SEUL BUT REHABILITER LES AGRESSEURS.
Les antiféministes nous attaquent, nous culpabilisent, et inversent les responsabilités en faisant de l’opprimée une ’’oppresseuse’’. Ils/elles cherchent à discréditer les femmes ayant subi des violences sexistes et leurs soutiens par tous les moyens. Ils/elles utilisent les pratiques des agresseurs : validation de la victimisation des agresseurs, manipulations et calomnies. Ils/elles attaquent de manière insidieuse les femmes en leur renvoyant à la gueule les violences sexistes qu’elles ont subies. Enfin, les antiféministes sont des poukaves (préviennent, informent les agresseurs) et mettent en danger la vie des femmes ayant subi des violences sexistes. Les antiféministes sont prêts à défier toutes logiques, rationalités, et tous principes éthiques. Ils/elles n’ont qu’un seul objectif : réhabiliter les agresseurs. Et en plus de cela, ils/elles nous accusent d’’’inefficacité’’ dans nos luttes contre des systèmes d’oppressions hétéro-patriarcaux contre lesquelles ils/elles ne luttent pas mais contribuent à les renforcer. Les antiféministes sont incapables d’entraide envers les femmes ayant subi des violences sexistes, ils/elles sont contre l’ostracisation des agresseurs, et de plus, ils/elles cherchent à décourager, démobiliser et réprimer toutes formes d’entraide, de solidarité et d’actions contre les violences hétérosexistes, en étant contre la non mixité offensive.


AGRESSIONS D’ANARCHISTES-FEMINISTES AU TRANSFO PENDANT, ET APRES LE COLLAGE.
Nous avons été accusées d’agression envers un agresseur habitant du Transfo pendant le collage anarchiste-féministe sur la seule base des mensonges, de la manipulation et de la victimisation de cet homme. Les habitant-e-s et les participant-e-s de l’AG du Transfo sont au courant que C. a fait subir des violences conjugales à plusieurs femmes. Nous avons appris que C. avait instrumentalisé la mort de sa mère pour se victimiser, inventant de toute pièce des insultes que nous aurions proférées contre elle et manipulant les personnes autour de lui. Ce genre de procédé est particulièrement abjecte. En réalité, le jour du collage, une fois que C. a lu les affiches, il a cherché par différentes façons à nous intimider.
Il a d’abord tenté de mettre la pression à celle d’entre nous qui a déjà eu a subir des violences conjugales de sa part, pour essayer d’obtenir sa complicité et lui faire dire qu’il n’était en rien concerné par les affiches. Puis, alors que nous partions, il nous a suivies dans la rue avec une attitude et des propos menaçants alors que nous lui demandions d’abord calmement, puis plus vivement, de ne pas le faire. Pour finir, il a cherché à renverser la situation et ainsi passer du statut d’agresseur à celui de victime en évoquant des faits hors de propos et sans aucun rapport avec le collage. Si C. est un menteur et un manipulateur, cela ne déresponsabilise en rien ceux qui ont contribué et contribuent encore à sa victimisation. D’autant plus que celle d’entre nous qui a été accusée à tort d’avoir ’’insulté la mère de C.’’ a ensuite été agressée physiquement à deux reprises par une habitante du Transfo qui, en plus de donner libre cours à son antiféminisme haineux, cherche à soutenir un agresseur sexiste contre des d’anarchistes-féministes. Les antiféministes et autoritaires n’ont pas à se mettre sur notre chemin, si nous avions mené une action d’attaque de C. cela n’aurait toujours pas justifié le fait d’être agressées. Ces précisions faites, nous refusons que ce collage se réduise à C. ! Le collage est contre lui et contre tous les autres agresseurs !
Tout ce que nous aurions pu entreprendre comme action anarchiste-féministe aurait eu pour conséquences que certains agresseurs comme C. se sentent visés et cherchent par tous les moyens à noyer le poisson, parce que C. comme d’autres, ont pleinement conscience des violences sexistes qu’ils ont exercé et exercent encore. Une grande partie des habitant-e-s et des participant-e-s au Transfo choisissent de fermer les yeux sur les agressions sexistes réelles que subissent les femmes. Par contre ils/elles savent s’indigner publiquement pour une fausse agression d’agresseur-habitant ainsi que pour un collage anarchisteféministe qui serait ’’violent’’. Alors que la forme qui prendrait le collage avait été acceptée par l’AG, certain-e-s se plaignent aujourd’hui, sur la base de leur fonctionnement autoritaire, que nous n’ayons pas prévenu date et heure, et que nous n’ayons pas été encadrées pendant le collage. Précisons d’ailleurs que si ces conditions avaient été posées, nous aurions refusé de faire le collage. Nous avons fait un collage collectif, non pas militant (formalisme, suivisme, division des tâches) ou artistique (donc pas de spectateurs) (Relire CR. AG du 8 septembre). Certain-e-s habitant-e-s et participant-e-s à l’AG du Transfo qui sont au courant concernant C., le soutiennent sur des bases autoritaires, par suivisme affinitaire (de pote) et identitaire (de squat/Transfo), par absence d’éthique individuelle et collective concernant les violences sexistes, par misogynie et par antiféminisme. Certain-e-s habitant-e-s autoritaires et antiféministes vont plus loin que d’autres, ils revendiquent l’espace collectif du Transfo comme étant leur propriété d’habitant et remettent en cause l’autonomie de l’espace collectif du Transfo par rapport à l’espace d’habitation. En bon autoritaire, ils/elles créent de toute pièce des ’’ennemies extérieures’’ qui attaqueraient, déstabiliseraient, l’espace d’habitation et le Transfo, inventent ’’un groupe’’ qui seraient ’’ne compte pas sur notre silence’’ et qu’il serait nécessaire d’exclure. Nous sommes allées à l’AG du 3/11 (le lendemain du collage), et sachant par avance qu’une discussion sur le fond ne serait pas possible pendant l’AG, nous avons décidé d’y participer pour proposer à celles qui serait intéressées un cadre dans lequel une telle discussion serait possible.
Nous n’avions alors pas souhaité démentir les accusations d’un agresseur-sexiste-notoire habitant du Transfo (accessoirement, non présent à l’AG du 3/11) parce que nous refusions de discuter avec un agresseur (et à partir de ses propos) ou par la médiation de ses représentant-e-s habitant-e-s antiféministes et autoritaires. Et surtout, nous n’avions pas souhaité démentir parce que ça ne devrait pas être à nous de gérer les pratiques d’agresseurs lorsqu’ils calomnient, se victimisent et manipulent, mais aux personnes qui tolèrent ces agresseurs dans les espaces d’habitation ou collectif. À l’image du climat qui rendait impossible une discussion de fond en AG, une participante de l’AG s’est mise sur notre chemin pour nous empêcher de sortir de la salle après notre intervention, bloquant la porte, nous empêchant de partir, nous donnant des ordres, exerçant une pression physique et verbale autoritaire et antiféministe (« vous retournez l’oppression à l’envers », « vous allez rester ici on va discuter de vos méthodes et pratiques », « on va pas chez les gens pour insulter leur mère. Insulter la mère des gens c’est politique. »). Après quelques minutes d’attente, elle a été maîtrisée physiquement par des participante- s de l’AG. L’AG ne s’est pas positionnée pour affirmer son soutien au collage contre les violences sexistes, et c’est dans ce contexte que certaines personnes se permettent de prendre la défense d’agresseurs, par une surenchère de comportements violents. La situation est hautement problématique. Il est inacceptable qu’un simple collage suscite de telles violences réactionnaires. Des positionnements individuels et collectifs clairs sont nécessaires pour condamner cette répression antifeministe et autoritaire. La question des violences sexistes est très loin d’être accessoire, et personne ne peut esquiver ce problème sans être complice de leur renforcement. Il est indispensable que chaque individu et collectif développent dès maintenant une éthique leur permettant de se confronter et de lutter contre ces oppressions. Nous encourageons et soutenons les femmes anti-autoritaires, anarchistes à s’organiser en non mixité sans autorité, direction, contrôle masculin, afin de pouvoir prendre conscience de l’oppression hétéro-sexiste, construire une autonomie individuelle et collective, développer une éthique et des pratiques d’entraides et de solidarités contre l’hétéro-patriarcat. Substituons à la résignation l’affrontement de l’hétéro-patriarcat (de la galanterie au meurtre) contre ce-ux qui nous opprime-nt et ce-ux qui nous détrui-sent.


Contre toute domination, autorité, exploitation, et oppression, détruisons
le patriarcat et la société qui va avec !


Des anarchistes féministes.