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Publié par Patrick Granet

Patrice Émery Lumumba1 (né le 2 juillet 1925 à Onalua, Congo belge - et mort assassiné le 17 janvier 1961 au Katanga) est le premier Premier ministre de la République démocratique du Congo de juin à septembre 1960. Il est, avec Joseph Kasa-Vubu, l'une des principales figures de l'indépendance du Congo belge.


Patrice Émery Lumumba est considéré au Congo comme le premier « héros national ».

Études et vie active
Patrice Lumumba est né à Onalua (territoire de Katako-Kombe au Sankuru, Congo belge, dans l'actuel République démocratique du Congo). Il fréquente l'école catholique des missionnaires puis, élève brillant, une école protestante tenue par des Suédois. Jusqu’en 1954 (année de la fondation d'un réseau d'enseignement laïque et de la première université) la Belgique coloniale n’a que peu développé le système d’éducation, entièrement confié aux missions religieuses. L'école ne donne qu’une éducation rudimentaire et vise plus à former des ouvriers que des clercs, mais Lumumba, autodidacte, se plonge dans des manuels d’histoire.


Il travaille comme employé de bureau dans une société minière de la province du Sud-Kivu jusqu’en 1945, puis comme journaliste à Léopoldville (aujourd'hui Kinshasa) et Stanleyville (Kisangani), période pendant laquelle il écrit dans divers journaux.


En septembre 1954, il reçoit sa carte d’« immatriculé », réservée par l'administration belge à quelques éléments remarqués du pays (200 immatriculations sur les 13 millions d'habitants de l'époque).


Il découvre, en travaillant pour la société minière, que les matières premières de son pays jouent un rôle capital dans l’économie mondiale, mais aussi que les sociétés multinationales ne font rien pour mêler des cadres congolais à la gestion de ces richesses. Il milite alors pour un Congo uni, se

se distinguant en cela des autres leaders indépendantistes car il ne plaide pas pour une indépendance immédiate, d'autant plus qu'il a pris conscience que les frontières du Congo belge et des colonies françaises, anglaises et portugaise voisines sont arbitraires, fixées par les puissances coloniales, ce qui posera un jour la question de répartir les richesses entre les futurs pays africains indépendants.

En 1955, il crée une association « APIC » (Association du personnel indigène de la colonie) et aura l’occasion de s’entretenir avec le roi Baudouin en voyage au Congo, sur la situation sociale des Congolais.

Le ministre belge en charge à l'époque, de la politique coloniale, Auguste Buisseret, veut faire évoluer le Congo et, notamment, développer un enseignement public. Lumumba adhère au parti libéral, parti de ce ministre, et y attire des notables congolais. En 1956, il répand alors une lettre-circulaire parmi les membres de l'association des évolués de Stanleyville dont il est le président et dans laquelle il affirme Tous les Belges qui s'attachent à nos intérêts ont droit à notre reconnaissance… Nous n'avons pas le droit de saper le travail des continuateurs de l'œuvre géniale de Léopold II. 2 Et, en compagnie de plusieurs notables congolais, il se rend en Belgique sur invitation du Premier ministre.

C'est à cette époque que Patrice Lumumba écrit un livre sous le titre le Congo,terre d'avenir, est-il menacé ? Dans cet ouvrage il plaide pour une évolution pacifique du système colonial belge dont il reste partisan. Emporté par l'évolution rapide des événements qui vont mener à l'indépendance, Lumumba ne prendra pas le temps de publier ce livre (il paraîtra à Bruxelles après sa mort)3.

Le combat pour l'indépendance
En 1956, il est jugé pour avoir détourné des fonds des comptes de chèques postaux de Stanleyville et condamné à un emprisonnement d'un an. Libéré par anticipation, il reprend ses activités politiques et devient directeur des ventes d'une brasserie. En cette même année, il est président de l'Association des évolués de Stanleyville4. C'est précisément à cette époque que le gouvernement belge prend quelques mesures de libéralisation : syndicats et partis politiques vont être autorisés en vue des élections municipales qui doivent avoir lieu en 1957. Les partis politiques congolais sont parrainés par ceux de Belgique et Lumumba, classé pro-belge par ses discours et ses rapports avec les libéraux belges, est inclus dans l’amicale libérale.


En 1958, à l'occasion de l’Exposition Universelle de Bruxelles, première du genre après la guerre et qui a un grand retentissement dans le monde, des Congolais sont invités en Belgique, dont Patrice Lumumba. Mécontent de l'image paternaliste peu flatteuse du peuple congolais présentée par l'exposition, Lumumba se détache des libéraux et, avec quelques compagnons politiques, noue des contacts avec les cercles anti-colonialistes de Bruxelles. Dès son retour au Congo, il crée le Mouvement national congolais (MNC), à Léopoldville le 5 octobre 1958 et, à ce titre, participe à la conférence panafricaine d’Accra. De retour au Congo, il organise une réunion pour rendre compte de cette conférence et il y revendique l'indépendance devant plus de 10 000 personnes.


Premiers démêlés politiques en octobre 1959 : le MNC et d'autres partis indépendantistes organisent une réunion à Stanleyville. Malgré un fort soutien populaire, les autorités belges tentent de s'emparer de Lumumba, ce qui provoque une émeute qui fait une trentaine de morts. Lumumba est arrêté quelques jours plus tard, jugé en janvier 1960 et condamné à 6 mois de prison le 21 janvier.


En même temps, les autorités belges organisent des réunions avec les indépendantistes. Une table ronde réunissant les principaux représentants de l'opinion congolaise a lieu à Bruxelles, et Lumumba est libéré en toute hâte le 26 janvier pour y participer. Alors qu'il espérait profiter des tendances contradictoires d'un ensemble hétéroclite, le gouvernement belge se trouve confronté à un front uni des représentants congolais et, à la surprise de ceux-ci, accorde immédiatement au Congo l'indépendance5, qui est fixée au 30 juin 1960.


Des élections générales, les premières dans l'histoire du Congo encore belge, ont lieu en mai 1960. Le leader Bas-Kongo Joseph Kasavubu, triomphant surtout dans la région de Léopoldville, prête serment comme président de la république et avalise aussitôt la nomination de Lumumba comme premier ministre, ainsi que le prescrit la nouvelle constitution qui attribue ce poste au candidat du parti ayant remporté le plus de voix. En l’occurrence c'est le Mouvement National Congolais (MNC) de Patrice Lumumba.


Le 30 juin, lors de la cérémonie d'accession à l'indépendance du pays, Lumumba - qui a définitivement largué les libéraux et qui s'est entouré de conseillers étrangers de gauche - prononce un discours virulent dénonçant les abus de la politique coloniale belge depuis 1885. Durci par l'expérience de son arrestation, et, face à la surenchère anti belge d'une partie de la presse internationale, il prend le contrepied de la politique modérée de ses débuts telle qu'on peut la découvrir dans son livre (publié après sa mort)6. Au lieu de s'adresser au roi des Belges présent à la cérémonie, et qui venait de prononcer un discours paternaliste convenu avec le président Kasavubu, Lumumba commence son allocution par une salutation « aux Congolais et Congolaises, aux combattants de l'indépendance. » Son discours, qui doit lui permettre de l'emporter sur Kasavubu dans l'opinion des Congolais politisés, proclame vivement que l'indépendance marque la fin de l'exploitation et de la discrimination et le début d'une ère nouvelle de paix, de justice sociale et de libertés. Le roi des Belges se sent offensé alors qu'il se considère comme le père de l'indépendance congolaise ayant été l'auteur, en janvier 1959, d'un discours radiophonique par lequel il est le premier Belge à annoncer officiellement qu'il fallait mener le Congo Belge à l'indépendance sans vaine précipitation et sans atermoiement funeste . Aussi, Baudouin veut-il se retirer et regagner Bruxelles. Mais le premier ministre belge Gaston Eyskens parvient à l'en dissuader et, le soir même, lors d'un banquet réunissant hommes politiques congolais et belges, Patrice Lumumba s'efforce de rectifier le mal que ses paroles ont pu provoquer en prononçant un discours qui se veut lénifiant dans lequel il évoque un avenir de coopération belgo-congolaise.

Une brève carrière politique
Mais les effets du premier discours de Lumumba, retransmis par la radio, se font rapidement sentir dans la population congolaise. Les paroles en sont interprétées comme anti-belges, alors que les fonctionnaires belges restent présents à tous les échelons de l'administration congolaise et que, dans l'armée, le cadre d'officiers reste également belge en attendant la formation des premières promotions d'officiers congolais. Cette situation provoque, dans quelques casernes, une révolte qui gagne des populations civiles, surtout dans la capitale Léopoldville. Des officiers et aussi des cadres belges de l'administration sont chassés, malmenés et quelques-uns sont tués. Des émeutes visent les entreprises des blancs, des pillages ont lieu, des femmes européennes sont violées. Dès lors, une grande majorité de cadres européens du gouvernement et des entreprises -et pas seulement les Belges- prennent alors la fuite avec leurs familles.


Lumumba en profite pour évincer les officiers belges et décrète l'africanisation de l'armée, tout en doublant la solde des soldats. La Belgique, jugeant qu'on ne peut plus avoir confiance dans le gouvernement congolais et dans son armée pour rétablir la sécurité, répond par l'envoi de troupes pour protéger ses ressortissants à Léopoldville, la capitale située dans le bas-Congo, mais aussi dans d'autres régions. C'est notamment le cas au Katanga (riche région minière, dominée par la puissante entreprise de l'Union minière du Haut Katanga), où l'intervention belge favorise la sécession de cette province menée par Moïse Kapenda Tshombé. En tout 11 000 soldats belges sont acheminés au Congo en dix jours, précédés par les troupes spéciales des Paras-commandos. Cette intervention militaire surprend à l'étranger, et encore plus en Afrique, par l'ampleur des moyens mis en œuvre et par la rapidité de ce déploiement militaire. C'est que la Belgique, membre de l'OTAN, dispose, en Allemagne, d'une zone militaire suréquipée s'étendant de la frontière belge au rideau de fer. L'état-major belge dispose, de ce fait, d'une panoplie de ressources militaires, en partie d'origine américaine, qui lui permettent de déployer avions, transports de troupes et même des navires de la marine de guerre qui vont bombarder des positions congolaises dans l'estuaire du fleuve Congo. Tout cela avec l'accord de l'OTAN qui autorise, en pleine guerre froide, que soit dégarni le front belge d'Allemagne.


C'est un véritable conflit qui menace d'éclater, ce qui provoque l'internationalisation de l'affaire congolaise avec, à l'ONU, une condamnation par l'Union Soviétique et des pays du tiers-monde qui veulent soutenir Lumumba et ses partisans. Mais, le 4 septembre 1960, le président Joseph Kasa-Vubu annonce à la radio la révocation de Lumumba ainsi que des ministres nationalistes ; il le remplace le lendemain matin par Joseph Iléo. Toutefois, Lumumba déclare qu’il restera en fonction ; le conseil des ministres et le Parlement lui votent une motion de maintien et, à son tour, Lumumba révoque le président Kasa-Vubu, sous l'accusation de haute-trahison. En plus, il appelle à Léopoldville une partie des troupes de l'Armée nationale congolaise (ANC) stationnées à Stanleyville et au Kasaï7.


Entre-temps, l'ONU vote l'intervention de troupes internationales dans le but de s'interposer entre les Belges et les Congolais de Kasa-Vubu face aux partisans de Lumumba. C'est l'apparition de ce que l'on va appeler les Casques Bleus ainsi nommés par la couleur de leurs casques destinée à signaler ces militaires internationaux comme " Soldats de la Paix". Cependant, un coup d'État (soutenu par la CIA8,9,10,11), éclate à Léopoldville par lequel Joseph Désiré Mobutu prend le pouvoir. Ex-militaire, mais aussi ancien-journaliste dans la presse congolaise pro-belge Mobutu a repris du service dans l'armée congolaise avec le titre de colonel. Il crée immédiatement le Collège des Commissaires généraux composé de noirs compétents dans, divers domaines, transports, économie, politique, etc... chargés de gérer au plus pressé une situation chaotique. En même temps, le 10 octobre, Mobutu assigne à résidence Lumumba, Ileo et leurs ministres. Mais Lumumba fait passer en secret un mot d'ordre demandant à ses amis politiques de le rejoindre à Stanleyville, où ils établissent un gouvernement clandestin dirigé par Antoine Gizenga. Le 27 novembre, Lumumba s'échappe avec sa famille de la résidence Tilkens, à Kalina, et tente de gagner Stanleyville avec une petite escorte à bord de sa chevrolet. Son évasion n'est découverte que trois jours après. Grâce à cette avance, persuadé d'avoir réussi à échapper à ses ennemis, il harangue ses partisans sur son passage, ce qui lui fait perdre du temps et permet au major congolais Gilbert Mpongo, officier de liaison du service de renseignements, de le retrouver pour essayer de l'arrêter. Après un premier échec à Port Francqui le 1er décembre, Mpongo réussit et Lumumba est arrêté à Lodi, dans le disctrict de la Sankuru et ramené à Mweka, où il est embarqué à bord d'un avion vers Léopoldville d'où il est transféré au camp militaire Hardy de Thysville sous la garde des hommes de Louis Bobozo, un militaire congolais, ancien de l'offensive belge de 1941 contre les Italiens d'Abyssinie et qui a la confiance de ceux qui croient pouvoir ramener le calme7.


L'assassinat


Tout d'abord, le transfert de Lumumba et de plusieurs de ses partisans est envisagé au fort de Shinkakasa à Boma. Mais, à la date du 17 janvier 1961, Patrice Lumumba et deux de ses partisans, Maurice Mpolo et Joseph Okito, sont conduits par avion à Élisabethville, au Katanga, et livrés aux autorités locales. Lumumba, Mpolo et Okito seront conduits dans une petite maison sous escorte militaire où ils seront ligotés et humiliés par les responsables katangais comme Moïse Tshombé, Munongo, Kimba, Kibwe, Kitenge mais aussi les Belges Gat et Vercheure12. Ils seront fusillés le soir même par des soldats sous le commandement d’un officier belge. En 2003, le Documentaire télévisé CIA guerres secrètes explique que Mobutu a fait dissoudre le corps de son rival dans l'acide, après l'avoir fait assassiner9. Il est acquis en outre que les États-Unis avaient tenté de faire assassiner Lumumba mais le plan avait échoué au niveau du choix de l'assassin ; l'opération avait été ordonnée par Allen Dulles qui avait mal interprété la volonté du président Dwight Eisenhower8,13.


En 2000, le sociologue belge Ludo De Witte publie chez Karthala L'Assassinat de Lumumba14, dans lequel il met en cause les responsables belges, précisant que ce sont des Belges « qui ont dirigé toute l’opération du transfert de Lumumba au Katanga, jusqu’à sa disparition et celle de son corps ». La Belgique, de même que l'ONU, n'avait pas reconnu le Katanga comme État indépendant mais certains officiers belges étaient encore en fonction. Le lendemain, une opération est menée par des agents secrets belges pour faire disparaître dans l'acide les restes des victimes découpées auparavant en morceaux. Plusieurs de ses partisans seront exécutés dans les jours qui vont suivre, avec la participation de militaires, ou mercenaires belges. Tshombé lance alors la rumeur selon laquelle Lumumba aurait été assassiné par des villageois. Ceci déclenche une insurrection parmi la population paysanne, qui prend les armes sous la direction de Pierre Mulele au cri de « A Lumumba » ou « Mulele Mai » : les paysans conquièrent près de 70 % du Congo avant d’être écrasés par l’armée de Mobutu.


Les faits selon la commission d'enquête belge


En 2001, la commission d'enquête belge sur l’événement présente ainsi les événements :


Arrêté à Port-Francqui le 1er décembre 1960, Lumumba est placé en détention à Thysville.


Les 12 et 13 janvier 1961, une mutinerie militaire éclate dans la ville, pour des raisons financières. C'est « la panique à Léopoldville. « On » craint que la libération de Lumumba et son retour soient imminents […]. Le collège des commissaires demande à Kasa-Vubu de transférer Lumumba « dans un endroit plus sur ». […] Au nom du collège des commissaires [congolais], Kandolo insiste auprès du président Tshombe pour que Lumumba soit transféré au Katanga »15. L'ambassadeur belge au Congo, Dupret, en informe son gouvernement, et conseille « il vous apparaîtra sans doute indiqué appuyer opération envisagée et insister auprès autorités katangaises15 ».


À cette date, le gouvernement congolais et le gouvernement katangais sont encore en négociation16, et se sentent tous les deux menacés par Lumumba et ses partisans. Le gouvernement katangais est ainsi à cette date en proie à des attaques de troupes lumubistes dans le Nord-Katanga17. Une action commune contre Lumumba est donc dans leur intérêt commun.


Le gouvernement congolais livre finalement son prisonnier au gouvernement katangais de Moïse Tshombe, le 17 janvier 1961. Il meurt le même soir, entre 21h40 et 21h43 d'après le rapport d'enquête belge.


Tshombe refuse d'assumer le décès de Lumumba, affirmant d'une part qu'il ne savait rien du transfert de Lumumba vers le Katanga, et d'autre part que son prisonnier est mort lors d'une tentative d'évasion.


Concernant la première affirmation, la commission d'enquête belge de 2001 est formelle « il y a trois déclarations du 18 janvier qui contredisent la version de Tshombe18 ». Pour elle, Tshombe a bien donné son accord au transfert de Lumumba sur son territoire. Elle cite en particulier une déclaration officielle katangaise confirmant l'accord du gouvernement sécessionniste.


Concernant la seconde affirmation de Moïse Tshombe sur son absence d'implication dans la mort de Lumumba, la commission d'enquête indique d'abord « il apparaît que la reconstitution détaillée et illustrée des faits de ce 17 janvier est aléatoire19 ». Mais elle considère que plusieurs faits sont assez précis. À 16h50 l'avion de Lumumba atterrit. De 17h20 à 20h30, Lumumba et ses deux compagnons sont enfermés à la « maison Brouwez », « où il est certain que les prisonniers ont subi des mauvais traitements, de la part de leurs gardiens, mais aussi de la part de ministres katangais19 ». Il est possible « que le président katangais [ait] participé aux sévices, même si aucune source ne le prouve.[…] Il semble hors de question qu'il n'ait pas vu les prisonniers dans la maison Brouwez, au moins lors du départ des prisonniers vers le lieu d'exécution19 ». La décision de Tshombe de l'exécution de Lumumba est donc certaine pour la commission, mais quatre représentants belges, qui soutiennent la sécession katangaise, y participent aussi : « le commissaire de police Frans Verscheure, le capitaine Julien Gat, le lieutenant Michels et le brigadier Son19 ». « Vers 21h15-21h30, Lumumba [et] ses compagnons arrivent sur le lieu de leur exécution. Ils vont être tués par balle, en présence du président Tshombe et de plusieurs de ses ministres. […] Lumumba […] meurt en dernier19,20. »


La commission d'enquête note une forte implication anti-Lumumba du gouvernement belge, soutenant la sécession katangaise et agissant pour la déposition de l'ancien premier ministre. Le roi Baudoin lui-même intervient, y compris en écrivant au président Kennedy, pour s'opposer (avant la mort de ce dernier) à toute libération de Patrice Lumumba21. De même des Belges ont participé à l'exécution de Lumumba. L'implication belge dans la chute puis la mort de l'ancien Premier ministre est donc forte. Mais pour la commission, la décision de tuer Lumumba vient de façon directe de Moïse Tshombe et de son gouvernement.


Postérité
Lumumba est très regretté après sa mort par toute la communauté des pays non-alignés[réf. nécessaire], y compris par un de ses bourreaux, le général Mobutu qui le consacre héros national en 1966. Le retour d'Égypte de sa femme Pauline et de ses enfants est considéré comme un événement national. Le jour de sa mort, le 17 janvier, est un jour férié au Congo-Kinshasa.


C'est pour le punir de l'assassinat de Lumumba que Moïse Tshombe est détenu par l'Algérie entre juin 1967, date du détournement de son avion sur Alger par un agent mobutiste, et sa mort aux causes mal définies (officiellement un arrêt cardiaque) en juin 1969.


L'action des anciens colonisateurs en pleine guerre froide


Le rôle des puissances occidentales et celui des États-Unis en particulier a été fortement évoqué dans la mort de Lumumba. Ils craignaient une dérive du Congo vers l'URSS. En effet, Lumumba fit appel aux Soviétiques lors de la sécession du Katanga car l'ONU ne répondit pas à ses demandes d'aide militaire pour mettre fin à la guerre civile.


Les archives de la CIA déclassifiées depuis le 21 juin 2007 indiquent que la CIA a monté un plan d'assassinat de Lumumba 8,22 :


En novembre 1962, Monsieur (classé) a informé M. Lyman Kirpatrick qu'il avait, à un moment, reçu la consigne de M. Richard Bissel de porter la responsabilité d'un projet incluant l'assassinat de Patrice Lumumba, alors premier ministre de la république du Congo. Selon (classé) la méthode devait consister en l'empoisonnement, puisqu'il a mentionné avoir reçu l'ordre de rencontrer le docteur Sidney Gottlieb afin de se procurer le mode d'administration23
Ce plan était connu de la commission Church. Elle affirmait que le poison prévu contre Lumumba ne lui avait jamais été administré. Elle affirmait également qu'il n'y avait aucune preuve que les États-Unis soient impliqués dans la mort de Lumumba24.


Les États-Unis de Dwight Eisenhower voulaient éliminer Lumumba — pas forcément physiquement — pour éviter un basculement du géant africain dans le communisme et la Belgique voyait en lui et ses thèses d’indépendance économique une menace pour ses intérêts économiques notamment dans le secteur minier. Ces deux pays ont soutenu l’effort de guerre de Mobutu contre les Maï-Maï. Les mercenaires belges ont organisé l’opération Omegang exécutée en liaison avec une intervention des parachutistes belges pour écraser la résistance Maï-Maï au Kivu.


Si le meurtre de Lumumba paraît avoir été élucidé, c'est sous l’impulsion de François Lumumba qui a estimé en savoir assez pour porter plainte contre X sur la base des affirmations du sociologue belge Ludo De Witte. Le gouvernement belge a d'ailleurs reconnu, en 2002, une responsabilité dans les événements qui avaient conduit à la mort de Lumumba : :À la lumière des critères appliqués aujourd'hui, certains membres du gouvernement d'alors et certains acteurs belges de l'époque portent une part irréfutable de responsabilité dans les événements qui ont conduit à la mort de Patrice Lumumba. Le Gouvernement estime dès lors qu'il est indiqué de présenter à la famille de Patrice Lumumba et au peuple congolais ses profonds et sincères regrets et ses excuses pour la douleur qui leur a été infligée de par cette apathie et cette froide neutralité. Le 23 juin 2011, la famille de Patrice Lumumba a déposé plainte, à Bruxelles, contre une dizaine de Belges qu’elle considère comme impliqués dans l’assassinat25.


En Janvier 2014, le département d'Etat des États-Unis reconnait son implication dans le renversement et l'assassinat de Patrice Lumumba26.


Sa famille
Patrice Lumumba était marié et père d'au moins six enfants : François, Patrice junior, Juliana, Roland, Christine (décédée en 1960) et Guy (né en 1961 après la mort de son père). Avant son emprisonnement, Lumumba s'est arrangé pour que son épouse légitime Pauline Opango et les enfants dont quatre issus de cette union plus François puissent quitter le pays. Ils sont allés en Égypte où François a passé le reste de son enfance — étudiant au lycée français du Caire (lycée Bab El Louk) — avant d'aller en Hongrie poursuivre ses études. Il est revenu au Congo dans les années 1990, au début de la rébellion contre Mobutu, et a créé un petit mouvement politique lumumbiste. Bien que son mouvement demeure peu puissant, il reste impliqué dans la politique congolaise et tente de défendre les idées de son père. Juliana a occupé quelques portefeuilles ministériels sous Laurent-Désiré Kabila et s'investit au développement de l'éducation en RDC. Guy a été candidat malheureux lors de l'élection présidentielle qui s'est déroulée en 2006 au Congo. Depuis son apparition sur la scène politique, il entend poursuivre le défi de la relève au sein de la famille biologique et politique de Patrice Lumumba.


Lumumba dans la culture populaire

Congo : La mort tourmentée de Patrice Lumumba.


Par Bill Vann
Le 16 Janvier 2002


Le 17 janvier marque le quarante et unième anniversaire de l'assassinat brutal de Patrice Lumumba. L'assassinat du leader de la lutte pour l'indépendance du Congo qui fut un des opposants les plus passionnés de l'oppression coloniale en Afrique n'a pas cessé de hanter les gouvernements d'Europe aussi bien que des Etats-Unis.


En novembre, une commission d'enquête comprenant des membres de tous les partis politiques et mise en place par le gouvernement belge publia un rapport reconnaissant la responsabilité de la Belgique dans l'assassinat du leader congolais.


Cette reconnaissance fut loin d'être suffisante et vint beaucoup trop tardivement. Le gouvernement belge décida de mettre en place cette commission en signe de repentir pour les crimes du passé. Le but en était d'ouvrir la voie à une participation plus importante dans les affaires de son ex-colonie en Afrique après la chute de la dictature de Mobutu et d'améliorer sa position de négociation par rapport aux Etats-Unis qui sont son principal rival économique dans la région.


"Si nous voulons établir un dialogue franc avec nos anciens partenaires coloniaux, alors il nous faut aussi prendre en considération certains moments douloureux de notre passé colonial", a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères à propos des révélations de la commission.


En même temps, ces aveux limités ont été utilisés comme moyen de blanchir les révélations sur l'assassinat qui se sont accumulées ces dernières années, d'une part dans le livre de l'historien flamand Ludo de Witte, De Moord Op Lumumba (L'assassinat de Lumumba) publié il y a deux ans et d'autre part par des journalistes qui ont interviewé des officiers et des soldats belges ayant participé à l'exécution.


Lumumba, le film récent de Raoul Peck, qui a mis en scène l'horrible meurtre, a également attiré l'attention du grand public sur l'assassinat.


Le film débute par la scène cauchemardesque de soldats belges déterrant les restes du leader congolais et d'un de ses camarades qui avaient été fusillés par un peloton d'exécution juste quelques jours auparavant. Afin de s'assurer que les partisans de la libération du Congo ne disposeraient pas même d'un corps autour duquel se rallier, l'ordre fut donné d'effacer toute trace physique de Lumumba. Ainsi avec des haches, des scies, de l'acide et du feu ­ ainsi que de larges quantités de whisky pour émousser leurs sens - les soldats procédèrent à leur sinistre besogne.


Le rapport de la commission conclut que les autorités à Bruxelles ainsi que le roi Baudouin de Belgique étaient au courant de projets d'assassinat de Lumumba et qu'ils ne firent rien pour sauver celui-ci. Cependant le rapport mit l'accent sur le fait qu'il n'existe aucune preuve matérielle donnant à penser que la Belgique ait ordonné l'assassinat du leader congolais.


Le rapport reconnut clairement que le gouvernement avait secrètement fait parvenir des fonds et fourni des armes aux groupes sécessionnistes régionaux du Congo qui étaient violemment opposés à Lumumba. Le rapport en faisait porter la responsabilité principale sur Baudouin, décédé en 1993, en affirmant que le roi avait poursuivi sa propre politique post-coloniale en cachette des personnalités politiques élues. Quelques partis appartenant à la coalition gouvernementale réagirent en réclamant un débat sur l'avenir de la famille royale.


En réalité, des recherches antérieures apportèrent des preuves solides au fait que l'assassinat de Lumumba résultait directement d'ordres qui avaient été donnés par le gouvernement belge et par l'administration Eisenhower, agissant par l'intermédiaire de la CIA (Central Intelligence Agency) et de clients locaux financés et "conseillés" par Bruxelles et par Washington.


Le livre de De Witte citait un télégramme envoyé à des représentants belges au Congo trois mois avant la mort de Lumumba, par le comte Harold d'Aspremont Lynden qui était à cette époque ministre des Affaires africaines:


"Le but principal à poursuivre dans l'intérêt du Congo, du Katanga et de la Belgique est clairement l'élimination définitive de Lumumba" disait la note. Etant donné que le leader congolais avait déjà été éjecté du pouvoir et était déjà à cette époque assigné à résidence, l'implication de ces mots était évidente.


Des révélations semblables apparurent du côté américain. L'année dernière le gouvernement rendit public des archives concernant l'assassinat de Kennedy où l'on pouvait trouver une interview avec le rapporteur des réunions à la Maison Blanche sous l'administration Eisenhower, Robert Johnson.


En août 1960, lors d'une réunion qui se tenait avec les conseillers à la sécurité, deux mois après que le Congo ait officiellement pris son indépendance de la Belgique, Johnson rapporte qu'Eisenhower donna l'ordre à la CIA d'"éliminer" Lumumba.


"Il y eut un silence stupéfait qui dura près de15 secondes, puis la réunion reprit" se souvient Johnson.


Le directeur de la CIA, Allen Dulles, qualifiait le leader congolais de "chien fou".


Parmi les agents américains en place au Congo, il y avait un jeune agent de la CIA travaillant sous couvert diplomatique, Frank Carlucci, qui essaya de gagner la confiance de Lumumba dans les mois qui précédèrent son assassinat. Carlucci poursuivit sa carrière, devenant conseiller pour la sécurité nationale et secrétaire à la défense sous l'administration Reagan et il est actuellement président du groupe Carlyle, banque d'affaires influente qui compte l'ancien président George Bush parmi ses administrateurs.


D'après Larry Devlin, alors chef des services de la CIA à Léopoldville (Kinshasa), le commandant technique de l'agence arriva dans le pays d'Afrique peu de temps après l'ordre d'"élimination" donné par Eisenhower. Il apporta avec lui un tube de dentifrice empoisonné qui devait être placé dans la salle de bains du leader congolais. Cependant, ce complot invraisemblable fut abandonné pour être remplacé par une méthode plus expéditive. Lumumba fut livré à son ennemi politique le plus acharné, Moise Tshombe, leader sécessionniste du Katanga.


L'assassinat se déroula moins de sept mois après la déclaration d'indépendance du Congo qui avait alors comme Premier ministre Patrice Lumumba.


Lumumba étaient un des personnages ayant le plus de courage et de principes de toute une génération de jeunes leaders nationalistes qui, au cours de la deuxième moitié du vingtième siècle, étaient venus sur le devant de la scène pour revendiquer la fin du joug colonial européen.


Ces forces étaient mal préparées pour relever le défi qui consistait à prendre la tête de l'immense poussée de lutte sociale qui balaya le continent. De plus, aussi bien ceux qui furent assassinés, comme Lumumba, que ceux qui restèrent en vie, reçurent un cadeau empoisonné de la part des vieilles puissances coloniales: les frontières arbitraires que celles-ci avaient tracées au dix-neuvième siècle dans la lutte pour diviser et conquérir l'Afrique.


Au Congo, en particulier, le colonialisme belge avait délibérément refusé toute formation ou toute éducation aux indigènes, réduisant ceux-ci au statut de bêtes de somme pour les industries minières qui pillaient la vaste richesse minérale et naturelle du pays.


A la veille de l'indépendance, le Congo, territoire plus grand que l'Europe de l'Ouest, était sérieusement sous-développé. Il n'y avait aucun officier africain dans l'armée, il n'y avait que trois directeurs africains dans toute la fonction publique, et il n'y avait que trente diplômés de l'université. Néanmoins, les investissements occidentaux dans les ressources minérales du Congo (uranium, cuivre, or, étain, cobalt, diamants, manganèse, zinc) étaient énormes. Ces investissements signifiaient que l'Occident voulait à tout prix garder le contrôle du pays au-delà de l'indépendance. Les Belges organisèrent la passation du pouvoir de manière calculée pour garantir que "l'indépendance" ne serait, dans le meilleur des cas, qu'une apparence.


Suite à l'étendue des émeutes et des grèves en 1959, le pouvoir colonial surprit tous les leaders nationalistes en prévoyant des élections pour le mois de mai 1960. Dans une hâte chaotique pour profiter des fruits de l'indépendance, 120 partis politiques furent constitués, ayant pour la plupart des bases ethniques ou régionales. Seul un de ces partis, le Mouvement National Congolais, dirigé par Lumumba, était en faveur d'un gouvernement centralisé ainsi que d'un Congo uni par delà les différences ethniques et régionales.


L'ascension et la chute de Lumumba furent fulgurantes. Sorti d'une prison coloniale belge où il avait été battu et torturé pour avoir prôné l'indépendance, il fut envoyé en avion à Bruxelles pour participer à des pourparlers, dont le but était de favoriser une transition pacifique et sans heurts vers un régime qui ne toucherait pas aux intérêts financiers de la Belgique au Congo, tout en transférant les apparats du pouvoir d'Etat des coloniaux blancs à une nouvelle élite indigène.


Le film de Peck Lumumba reproduit avec perspicacité les énormes contradictions sociales sous-jacentes au mouvement d'indépendance et la position de classe des nouveaux dirigeants nationalistes de la petite bourgeoisie africaine. Une scène montre le discours de Lumumba au cours des célébrations de la journée d'indépendance, en présence du roi des Belges et de ses ministres ainsi que le groupe de politiciens opportunistes noirs dans les mains desquels la Belgique avait l'intention de confier le nouvel Etat indépendant.


Au beau milieu d'une cérémonie au cours de laquelle les Belges s'étaient auto-félicités d'avoir apporté avec succès la civilisation aux congolais et de les avoir préparés à l'autonomie, Lumumba expliqua clairement et sans mâcher ses mots la réalité de l'oppression coloniale, décrivant celle-ci comme 80 années "d'esclavage humiliant qui nous ont été imposées par la force".


"Nous avons connu le travail harassant, extorqué en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger assez pour éloigner la faim, ni de nous vêtir, ni de nous loger décemment ni d'élever nos enfants comme des êtres qui nous sont chers Nous avons connu des railleries, des insultes, des coups que nous avons endurés matin, midi et soir parce que nous sommes des noirs Nous avons vu nos terres confisquées au nom de lois prétendument légitimes, qui en fait ne reconnaissaient que la raison du plus fort. Nous n'oublierons jamais les massacres où tant d'entre nous ont péri, les cellules où étaient jetés ceux qui refusaient de se soumettre à un régime d'oppression et d'exploitation."


La caméra de Peck passe de la colère stupéfiée sur les visages des Belges écoutant ce discours, à l'allégresse des foules d'Africains rassemblés autour des radios, applaudissant le courage de Lumumba qui brossait un tableau honnête de leur existence.


Les revendications directes de Lumumba pour l'indépendance économique, pour la justice sociale et pour l'autodétermination politique et son hostilité envers une organisation politique basée sur les divisions tribales, utilisée de façon efficace par les colonialistes pour diviser et pour diriger l'Afrique, scella son destin. La menace qu'il proféra de faire appel à l'aide de l'Union Soviétique en dernier recours pour libérer le pays de la domination persistante des intérêts miniers belges et de l'armée belge, qui continuait à intervenir aux lendemains de l'indépendance, fournit à Washington le prétexte pour s'allier avec la vieille puissance coloniale pour éliminer Lumumba.


Peu de jours après l'indépendance, la situation politique au Congo échappa à tout contrôle. Les soldats noirs se mutinèrent contre les officiers belges. La province du Katanga, la principale région minière, s'autoproclama Etat séparé sous la direction de Tshombe, qui agissait sous la protection des intérêts miniers occidentaux et de l'armée belge. La Belgique organisa le retour de son armée dans son ancienne colonie, dans le soi-disant but de protéger ses nationaux. Lumumba invita les forces de maintien de la paix des Nations Unies, mais ils se soumirent très vite aux manuvres de la Belgique et des Etats-Unis, refusant de faire quoique ce soit pour empêcher l'assassinat du nouveau premier ministre.


Bien que Tshombe soit devenu premier ministre après l'assassinat de Lumumba, son règne ne dura pas. En 1965, Joseph Mobutu, chef de l'armée congolaise qui avait livré Lumumba à ses assassins, fit un coup d'Etat sans effusion de sang, instaurant pour 32 ans une dictature à la corruption et à l'avidité légendaires. Cette "kléptocratie" qui donna au pays le nouveau nom de Zaïre, devint l'allié africain le plus proche de Washington et lui servit de plate-forme pour ses interventions contre-révolutionnaires dirigées contre les mouvements de libération en Afrique australe.


Après sa mort, Lumumba fut transformé en inoffensive icône de la libération de l'Afrique et de la politique du tiers-monde. Même Mobutu, qui avait manigancé sa mort, rendit hommage à l'ancien leader, comme le fit la bureaucratie stalinienne soviétique, qui donna son nom à sa première université internationale.


En réalité, l'Union Soviétique n'avait aucune intention d'aider Lumumba. Sa présence et son intérêt en Afrique ne furent jamais aussi forts que l'affirmaient les occidentaux - afin de justifier leur stratégie néo-colonialiste - ou que Moscou lui-même le prétendait afin de promouvoir son image de champion de la libération nationale. Quand elle intervint réellement ce n'était pas dans le but de favoriser la révolution sociale, mais dans le but de maintenir sa position de négociation vis-à-vis de l'impérialisme américain comme une partie de sa politique de guerre froide dans le cadre de la coexistence pacifique. Pour cela, l'URSS put fournir de l'aide à l'Angola face à l'agression militaire du régime d'apartheid de l'Afrique du Sud, tout en soutenant une dictature militaire brutale en Ethiopie, qui plongea toute la Corne de l'Afrique dans une crise atroce.


Par-dessus tout, le film de Peck, Lumumba, dépeint le nouveau premier ministre du Congo comme un homme isolé, pris au piège dans une suite de complots politiques dont il ne peut s'extirper. Né à Haïti, Peck a passé une partie de sa jeunesse au Congo, où son père exerçait le métier de professeur. C'est un sympathisant du pan-africanisme et il dit à plusieurs reprises qu'il avait surtout fait le film pour que l'histoire de Lumumba soit présentée à un public africain. Il présente avec justesse toutes les forces qui s'opposaient au premier ministre nationaliste, des agents de la CIA soutenant Mobutu, chef militaire du gouvernement de Lumumba, aux colonialistes et aux officiers militaires belges, en passant par des politiciens africains fourbes et cupides.


Mais ce que Peck ne peut voir ni démontrer, ce sont les forces sociales en oeuvre au sein du nouveau régime. Lumumba ne parvint pas à contrecarrer ses ennemis parce que, au bout du compte, lui-même était en balance entre d'une part les impérialistes et d'autre part les masses africaines opprimées.


L'assassinat de Lumumba faisait partie d'un processus politique qui se développa dans toute l'Afrique sub-saharienne et par lequel les aspirations des masses - travailleurs, paysans et pauvres - à un changement social révolutionnaire furent cruellement trahies.


L'élite nationaliste de la petite bourgeoisie qui parvint au pouvoir après la décolonisation fut satisfaite de recevoir l'héritage légué par le colonialisme, s'emparant des institutions étatiques et des frontières nationales qui avaient été créées et dessinées par les puissances coloniales lors de leur conquête de l'Afrique.


La concession officielle de souveraineté nationale n'a, nulle part en Afrique, vraiment signifié la réalisation des aspirations démocratiques des masses africaines. Même dans les zones où la fin du colonialisme avait été le fruit d'une lutte armée, l'indépendance de l'Etat n'avait fait que servir de couverture au maintien de l'impérialisme sur les masses des anciennes colonies, avec des cliques corrompues de la bourgeoisie nationale qui utilisaient l'Etat pour s'enrichir au dépens de tout progrès social.


Alors que l'assassinat brutal de Lumumba le transformait en martyr de l'agression impérialiste occidentale en Afrique, ceux qui l'avaient inspiré, comme Nyerere, Nkrumah et Kenyatta dirigeaient des régimes corrompus qui furent remplacés par des régimes militaires et policiers au service des banques internationales et des capitaux étrangers.


Le Congo lui-même, 41 ans après l'assassinant de Lumumba, donne la confirmation la plus crue du caractère totalement réactionnaire de la bourgeoisie nationale. Mobutu fut renversé en 1997, après que son régime criblé de dettes ait cessé d'être utile à Washington à la fin de la guerre froide. Son successeur, Laurent Kabila, fut à son tour assassiné, remplacé par son fils Joseph, qui chercha à être encore plus accommodant avec les intérêts financiers occidentaux.


Au cours des trois années de guerre civile, plus de 2,5 millions de Congolais sont morts, pour la plupart des femmes et des enfants victimes de la faim et de la maladie. Les armées des régimes africains voisins - Rwanda, Ouganda d'une part et Zimbabwe d'autre part - sont intervenus dans la guerre civile du Congo, prétextant solidarité politique et sécurité régionale. En réalité, ils se sont simplement inspirés du rôle historique de l'impérialisme occidental, s'appropriant et exploitant illégalement des installations minières afin d'enrichir des officiers militaires et leurs amis en politique et en affaires dans les trois pays.


Il n'y a pas d'issue à la terrible crise sociale et économique qui s'est abattue sur le Congo et l'Afrique toute entière, sous la direction de la bourgeoisie nationale et sous la domination des banques et des multinationales occidentales. Les idéaux de libertés démocratiques, de progrès économique et de justice sociale qui ont inspiré tant de Congolais et d'Africains dans leur lutte contre le colonialisme il y a plus de quatre décennies ne se matérialiseront que par la création d'un nouveau mouvement qui réunira la classe ouvrière d'Afrique avec celles d'Europe et d'Amérique et du reste du monde sur la base du programme du socialisme international.


Le Congo : Comment et pourquoi l'Ouest a-t-il organisé l'assassinat de Lumumba 10 janvier 2001





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LE DISCOURS D'INDÉPENDANCE DE LUMUMBA

Patrice Lumumba, 30 juin 1960
Le 30 juin 1960, lors de la cérémonie de l'indépendance du Congo, le roi Baudouin de Belgique prononce un discours paternaliste (1) et Kasavubu un discours d'allégeance, mais Lumumba avait préparé un discours qu'il prononcera lui aussi sans tenir compte du protocole qui ne l'avait pas prévu.
A la suite des révoltes populaires de janvier 1959, le roi Baudouin avait promis une indépendance rapide. Les élections auront lieu dès mai 1960. Bruxelles pensait pouvoir faire élire des politiciens congolais favorables au colonisateur mais l'alliance des partis nationalistes autour de Patrice Eméry Lumumba obtient la majorité à la Chambre (71 sièges sur 137). Au Sénat, par contre, l'alliance lumumbiste manque la majorité de 2 sièges car, selon la loi électorale, 23 des 84 sièges sont réservés aux chefs coutumiers qui restent en majorité favorables au colonisateur. Lumumba est donc obligé d'accepter un gouvernement de coalition. Son rival Kasavubu, qui dirige l'Abako devenue Alliance des Bakongo, devient Président tandis que Lumumba sera Premier ministre.
A l'heure de la commémoration des indépendances de 1960, il n'est pas inintéressant de revenir aux textes. Le discours de Lumumba a marqué l'Histoire.
"Congolais et Congolaises, Combattants de la liberté aujourd'hui victorieux, je vous salue au nom du gouvernement congolais.


À vous tous, nos amis qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez ineffaçablement gravée dans vos cœurs, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants.


Cette indépendance du Congo, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier que c'est par la lutte qu'elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle, nous n'avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang.


Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu'au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable, pour mettre fin à l'humiliant esclavage qui nous était imposé par la force.


Ce fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste ; nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire, car nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d'élever nos enfants comme des êtres chers.


Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des "nègres".


Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou croyances religieuses ; exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort même.


Nous avons connu qu'il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les Blancs et des paillottes croulantes pour les Noirs,


Qui oubliera enfin les fusillades où périrent tant de nos frères, les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d'injustice, d'oppression et d'exploitation.


Nous qui avons souffert dans notre corps et dans notre cœur de l'oppression colonialiste, nous vous le disons tout haut : tout cela est désormais fini.


La République du Congo a été proclamée et notre cher pays est maintenant entre les mains de ses propres enfants.


Ensemble, mes frères, mes sœurs, nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur.


Nous allons établir ensemble la justice sociale et assurer que chacun reçoive la juste rémunération de son travail.


Nous allons montrer au monde ce que peut faire l'homme noir lorsqu'il travaille dans la liberté, et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l'Afrique toute entière.


Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants.


Nous allons revoir toutes les lois d'autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles.


Et pour tout cela, chers compatriotes, soyez sûrs que nous pourrons compter non seulement sur nos forces énormes et nos richesses immenses, mais sur l'assistance de nombreux pays étrangers dont nous accepterons la collaboration chaque fois qu'elle sera loyale et ne cherchera pas à nous imposer une politique quelle qu'elle soit.


Ainsi, le Congo nouveau que mon gouvernement va créer sera un pays riche, libre et prospère.


Je vous demande à tous d'oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent de nous faire mépriser à l'étranger.


Je vous demande à tous de ne reculer devant aucun sacrifice pour assurer la réussite de notre grandiose entreprise.


L'indépendance du Congo marque un pas décisif vers la libération de tout le continent africain.


Notre gouvernement fort - national - populaire, sera le salut de ce pays.


J'invite tous les citoyens congolais, hommes, femmes et enfants de se mettre résolument au travail, en vue de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique.


Hommage aux combattants de la liberté nationale !


Vive l'Indépendance et l'Unité africaine !


Vive le Congo indépendant et souverain !"




1. Le roi des Belges s'était exprimé en ces termes : "L'indépendance du Congo constitue l'aboutissement de l'œuvre conçue par le génie du roi Léopold II. (…) L'Afrique et l'Europe se complètent mutuellement. Je souhaite que le peuple congolais conserve et développe le patrimoine des valeurs spirituelles, morales et religieuses qui nous est commun."
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+ AFRIQUE RDC ROYAUME-UNI
Publié le 03-04-2013 Modifié le 03-04-2013 à 13:45

Patrice Lumumba a-t-il été assassiné par les services secrets britanniques?

Par RFI

Patrice Lumumba en 1960.AFP

Une vieille affaire refait surface : l’assassinat de Patrice Lumumba en 1961, un des grands mystères de l’histoire contemporaine africaine. Le héros de l’indépendance congolaise aurait été assassiné par les services secrets britanniques. Une nouvelle piste après les accusations lancées contre la CIA et ensuite contre les forces de sécurité belges, une piste révélée par un lord britannique. Qui est ce lord et d’où viennent ces informations ?

Avec notre correspondant à Londres, Adrien Moss

C’est un lord travailliste, un ancien militant syndicaliste qui a été fait baron et est devenu lord Lea of Crondall. Il n’est que le messager dans cette histoire. Il dit qu’il a reçu les confidences de l’une de ses collègues, qui est morte en mars 2010. Cette lady, Daphne Park, était du bord opposé. Elle était au Parti conservateur et avait été faite baronne Park de Monmouth pour services rendus aux services secrets. Elle avait été en effet agent du MI6, le contre-espionnage britannique au Congo Belge en 1959. Officiellement, elle était consul à Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa) juste avant que le pays ne gagne son indépendance après la colonisation belge qui avait duré 75 ans.

Qu’a dit la baronne au baron de Crondall ?

D’après lord Lea of Crondall, c’est à l’automne 2009, quelques mois avant sa mort, que l’ancien agent secret lui a fait ses confidences. Ils sont dans le salon de thé de la Chambre des Lords, ils parlent de la mort de Patrice Lumumba, du mystère qui l’entoure encore aujourd’hui. Lumumba, héros de l’indépendance, avait été le Premier ministre du premier gouvernement du Congo indépendant, mais que « ce gouvernement avait été renversé par un coup d’Etat et que Lumumba avait été fusillé sans que Bruxelles ou Washington lèvent le petit doigt. On a aussi parlé des services secrets britanniques », dit le lord travailliste. « Ils pourraient bien être impliqués », dit-il. Et d’après lui, c’est à ce moment-là que l’ancienne chef du MI6 du Congo Belge lance sa bombe à retardement. Elle lui dit : « Ils le sont puisque c’est moi qui aie tout organisé ».

Comment sont accueillies ces révélations ?

Ces informations sont accueillies avec un grand scepticisme. Plusieurs spécialistes notamment l’historien belge Ludo de Witte, assurent que Daphne Park se vante. Pour lui, ce sont des agents belges qui ont tué Lumumba et le gouvernement belge s’est d’ailleurs excusé. Lord Lea Crondall, dit lady Park avait toute sa tête lorsqu’elle lui a fait cette confidence, mais plusieurs spécialistes du monde des renseignements ne croient pas à cette nouvelle version. Tous reconnaissent le rôle important qu’a pu jouer Daphne Park qui était considérée comme la reine des espionnes de cette partie de l’Afrique. Mais tous soulignent aussi que Lumumba avait fait l’erreur d’appeler Moscou au secours et aussi bien les Belges que les Américains ne voulaient pas que cette nouvelle République du Congo bascule du côté soviétique.

Le héros de l’indépendance congolaise aurait été assassiné par MI6?11/10/2013 - par Nicolas ChampeauxÉcouter

En fait, le journal le Times, qui était mardi le seul à publier cette histoire dans sa version papier, revient ce matin sur l’histoire. Il rappelle les extraordinaires rumeurs qui circulent sur la mort de Patrice Lumumba, par exemple que la CIA voulait le supprimer avec du dentifrice empoisonné qu’on avait mis dans sa salle de bain. Mais finalement, le chef de la CIA basé à Léopolville avait été si surpris par le complot qu’il avait jeté le dentifrice dans le fleuve Congo. En tout cas pour le Times, ce qu’il faudrait c’est que le MI6 ouvre ses archives pour qu’on sache enfin la vérité sur la mort de Patrice Lumumba.

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