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Publié par Patrick Granet

Attention, chef-d’œuvre de la critique économique ! Ce livre de Steve Keen, économiste australien mondialement réputé, considéré comme l’un des rares « grands » à avoir prédit, dès 2006, l’imminence d’une crise profonde, fin connaisseur de la théorie dite néoclassique, va sortir en librairie le 9 octobre prochain. C’est un gros volume de 530 pages (27 euros, pas cher pour une telle œuvre), mais une déconstruction aussi sérieuse, concept par concept, raisonnement par raisonnement, hypothèse par hypothèse, d’un édifice aussi complexe exige autre chose qu’un survol. Ce livre est la traduction de l’ouvrage de Keen considérablement révisé et complété en 2011 afin d’y intégrer les enseignements de la « Grande Récession » actuelle. Une première version avait été publiée en 2001. Elle annonçait l’effondrement de la bulle de la « nouvelle économie » !


L’auteur s’adresse en premier lieu aux économistes, aux étudiants en économie, aux enseignants de cette discipline, à tous les professionnels journalistes et citoyens suffisamment informés dans ce domaine, à tous ceux qui ont été formés ou déformés par l’économie néoclassique.


Mais les lecteurs non économistes qui sont préoccupés par l’invasion du libéralisme économique dans les médias et dans la vie politique sont également concernés. Au même titre par exemple qu’ils ont été nombreux à apprécier le « manifeste des économistes atterrés », lequel procédait à une brillante déconstruction du mythe de l’efficience des marchés financiers, un des piliers théoriques auxquels Keen s’attaque également. Mais l’entreprise de ce dernier porte sur une bonne dizaine d’autres piliers, tous aussi friables, y compris des concepts de base sur la demande et l’offre !


Ces lecteurs non économistes, s’ils acceptent de « sauter » dans un premier temps les passages les plus techniques, soit moins de la moitié du livre, peuvent accéder à presque tous les arguments. Et pour les passages techniques, si certains sont vraiment “hard” en dépit du choix de ne rien mettre en formules mathématiques, d’autres sont compréhensibles moyennant un peu de persévérance et, comme le dit plaisamment Keen, quelques tasses de café… Un tel investissement est “rentable”, vu l’enjeu : que les citoyens se rendent compte que tout ce qu’on leur assène comme vérités économiques, en particulier sur les vertus des marchés, financiers ou « réels », y compris le marché du travail, repose sur le sable mouvant d’une pseudo théorie truffée 1) de contradictions logiques insurmontables, et 2) d’hypothèses farfelues dépourvues d’accroche empirique dans le monde réel.


Comme le résume Steve Keen dans l’une des très nombreuses formules imagées qui contribuent au plaisir de lecture : « La prétendue science économique est un agrégat de mythes qui ferait passer l’ancienne conception géocentrique du système solaire de Ptolémée pour un modèle puissamment sophistiqué » (p. 20).


Voici des extraits de la préface de Gaël Giraud, qui a assuré la direction scientifique de la traduction.


« Le lecteur de ce livre ne tardera pas à découvrir, sans doute abasourdi, que, dans la plupart des modèles néoclassiques qui dominent très largement la profession, une crise comme celle de 2008 est tout simplement impossible. Imagine-t-on des sismologues travaillant avec des modèles qui excluent a priori toute forme de tremblement de terre ? Telle est pourtant la situation dans laquelle se trouve actuellement la « science économique ». […]


La force de L’Imposture économique est de proposer une déconstruction systématique et raisonnée de ce monde-là. À ma connaissance, personne n’avait tenté, à ce jour, l’effort d’articuler l’ensemble des critiques qui peuvent se formuler à l’égard du corpus néoclassique…


Que reste-t-il au terme de ce parcours ? Des ruines fumantes. […] Une bonne partie des critiques formulées dans cet ouvrage l’ont été par des économistes orthodoxes. Les voix les plus autorisées se sont élevées, depuis un siècle, pour avertir que les fondations de l’édifice avaient été posées de travers… Mais leur protestation a été oubliée, ou bien ensevelie sous un déluge d’amendements qui, sans rien changer à l’essentiel, ont pu donner le sentiment que le problème avait été traité… »


Je fournirai, dans les trois billets à venir, des exemples accessibles, n’exigeant aucune connaissance économique, des impasses de la théorie soumise à examen par Steve Keen. Bien d’autres question sont traitées dans le livre : comment une théorie aussi défaillante peut-elle continuer à dominer le monde et l’enseignement de l’économie ? Quelle influence a-t-elle sur les politiques menées ? Un tel livre suffira-t-il à la mettre à bas (la réponse est : non, mais il peut aider…) ? Pourquoi n’ont-ils pas vu venir la crise et pourquoi était-il possible d’en anticiper la survenue en jetant par dessus bord les croyances et raisonnements néoclassiques ? Faut-il incriminer l’usage des mathématiques ? Quelles sont les principales théories alternatives en vue d’un renouveau de la pensée économique ?


Quoi qu’il en soit des débats qui vont sans aucun doute émerger après la publication de ce livre, il est sans équivalent sous l’angle de la solidité intellectuelle des critiques accumulées contre une imposture théorique qui fait des dégâts et des victimes en légitimant les pratiques et les politiques néolibérales, et qui soumet de jeunes cerveaux à un endoctrinement qu’un bon recul critique suffit à mettre en lambeaux. Le 9 octobre prochain est une date importante pour ceux et celles qui, en France et dans les pays francophones, se demandent sur quel édifice théorique reposent les préconisations néolibérales.


Billet suivant (n° 2) : l’analyse néoclassique de la demande des consommateurs ne tient pas la route
Billet n° 3 : l’analyse de l’offre des entreprises est inconsistante
Billet n° 4 : l’idéologie de l’équilibre des marchés comme optimum social


Cet article a été posté le Mercredi 1 octobre 2014 dans la catégorie Les derniers articles. Vous pouvez envoyer un commentaire en utilisant le formulaire ci-dessous.
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20 commentaires de “« L’imposture économique », puissante critique de la théorie économique dominante (1)”
Michel dit :
le 1 octobre 2014 à 9:03
Un livre sans aucun doute très intéressant. Je doute beaucoup plus sur le plan des débats que vous attendez.


Cette “science” économique est d’abord un instrument de propagande destinée à justifier des rapports de force sociaux.
La propagande n’a pas besoin d’être ni réaliste, ni même proche de quelque vérité… Elle doit être simple, directe, et véridique… en apparence.


C’est très facile d’être “vrai.” Il suffit de prendre un exemple qui vous convient de la vie de tous les jours, de le sortir de son contexte - c’est-à-dire d’omettre (ou mieux encore de sélectionner avec précautions) ses causalités, ses conséquences, ses relations avec le reste de la réalité… et d’en faire une généralité, un Grand Princi

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