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Publié par Patrick Granet

Jean-Paul Sartre, né le 21 juin 1905 à Paris et mort le 15 avril 1980 dans la même ville, est un écrivain et philosophe français, représentant du courant existentialiste, dont l'œuvre et la personnalité ont marqué la vie intellectuelle et politique de la France de 1945 à la fin des années 1970.


Écrivain prolifique, fondateur et directeur de la revue Les Temps modernes, il est connu aussi bien pour son œuvre philosophique et littéraire qu'en raison de ses engagements politiquesn 1, d'abord en liaison avec le Parti communiste, puis avec des courants gauchistes dans les années 1970.


Son œuvre comporte des essais et textes philosophiques majeurs, comme L'Être et le Néant (1943), le bref L'existentialisme est un humanisme (1946) ou la Critique de la raison dialectique (1960), mais aussi des textes littéraires : nouvelles (Le Mur), romans (la Nausée, les Chemins de la liberté), pièces de théâtre (Les Mouches, Huis clos, La Putain respectueuse, Le Diable et le Bon Dieu, Les Séquestrés d'Altona). Il a publié des études biographiques sur de nombreux artistes comme Le Tintoret, Mallarmé, Baudelaire, Faulkner ou Jean Genet, ainsi qu'une vaste étude sur Gustave Flaubert, L'Idiot de la famille (1971-1972). Un texte court, mais important est son étude autobiographique, Les Mots, qui évoque les onze premières années de sa vie.


Intransigeant et fidèle à ses idées, il a toujours rejeté les honneurs ; il a notamment refusé le prix Nobel de littérature en 1964 ; exception notable, il a cependant accepté le titre de docteur honoris causa de l'Université de Jérusalem en 1976.


Sa relation particulière avec Simone de Beauvoir est un autre élément de sa notoriété. Leurs philosophies, bien que très proches, ne sauraient être confondues, même si les deux auteurs se sont influencés mutuellement.


D'autres intellectuels ont joué un rôle important à différentes étapes de sa vie : Paul Nizan et Raymond Aron, ses condisciples à l'École normale supérieure ; Maurice Merleau-Ponty et Albert Camus dans les années d'après-guerre.

Biographie[modifier | modifier le code]
« Je n’essaie pas de protéger ma vie après coup par ma philosophie, ce qui est salaud, ni de conformer ma vie à ma philosophie, ce qui est pédantesque, mais vraiment, vie et philo ne font plus qu’un. » Carnets de la drôle de guerre


Introduction


Jean-Paul Sartre laisse derrière lui une œuvre considérable, sous forme de romans, d'essais, de pièces de théâtre, d'écrits philosophiques ou de biographies. Sa philosophie a marqué l'après-guerre, et il reste, avec Albert Camus, un symbole de l'intellectuel engagé. De son engagement dans la résistance en 1941 (engagement mis en doute en raison de son attitude trouble durant l'Occupation1), jusqu'à sa mort, en 1980, Sartre n'a cessé de défrayer la chronique. Il fut en effet de tous les combats, pleinement et totalement engagé dans son époque, embrassant avec ferveur toutes les causes qui lui ont semblé justes. Sorte de Voltaire2 du xxe siècle, Sartre aura milité inlassablement, jusqu'au bout de sa vie. Selon de nombreux commentateurs et pour Sartre lui-même, sa vie est séparée en deux par la Seconde Guerre mondiale. On distingue alors deux grandes périodes dans l'œuvre sartrienne : une approche philosophique théorique axée sur l'ontologie de L'être et le néant (1943) ; puis une période plus pratique, où l'auteur cherche à appliquer sa méthode exposée dans la Critique de la raison dialectique (1960)3. Cette seconde période de son œuvre a fortement influencé les sociologues qualitativistes comme Erving Goffman.

Années au Havre : traversée du désert[modifier | modifier le code]
Sartre tombe alors de plain-pied dans la vie réelle, le travail et la vie quotidienne. S’il choque quelque peu les parents et les professeurs par ses manières (arriver en classe sans cravate), il séduira cinq générations d’élèves, pour lesquels il est un excellent professeur, chaleureux et respectueux, et souvent un ami. De là naît sa complicité avec l’adolescence, un contact qu’il aimera toujours avoir tout au long de sa vie.


Entre-temps il prend la succession de Raymond Aron à l’Institut français de Berlin en 1933 et 1934, où il complète son initiation à la phénoménologie de Husserl.


La gloire qu'il pensait obtenir depuis qu’il était tout petit, ces années au Havre la remettent en cause puisque ses écrits sont refusés par les éditeurs. La notoriété arrivera avec son premier livre publié en 1938 chez Gallimard, La Nausée, roman philosophique (« phénoménologique ») et quelque peu autobiographique, racontant les tourments existentiels d'Antoine Roquentin, célibataire de 35 ans et historien à ses heures. Il est entre-temps muté à l'école normale d'instituteurs de Laon en Picardie.


Deuxième bonne nouvelle : il est muté en octobre 1937 au lycée Pasteur de Neuilly, où il fait la connaissance de Robert Merle[réf. nécessaire]. Commence alors pour lui une brève phase de notoriété, avec La Nausée qui manquera de peu le prix Goncourt et la publication d'un recueil de nouvelles, Le Mur. Cette phase va être brusquement stoppée par la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle il est mobilisé à Nancy.

Malgré la dissolution du groupe « Socialisme et liberté », Sartre ne renonce pas pour autant à la résistance qu'il continue par la plume. Il fait jouer, en 1943, une pièce qu’il a composée, Les Mouches11, reprenant le mythe d’Électre et qui est un appel symbolique à résister à l'oppresseur. C'est lors de la Première qu'il fait la connaissance de Camus. En cette période d'occupation, la pièce n'a pas le retentissement escompté : salles vides, représentations interrompues plus tôt que prévu. Pour Jean Amadou, cette représentation est plus ambiguë : « En 1943, dans l'année la plus noire de l'Occupation, il fit jouer à Paris Les Mouches. C'est-à-dire qu'il fit très exactement ce que fit Sacha Guitry, donner ses pièces en représentation devant un parterre d'officiers allemands, à cette différence qu'à la Libération Guitry fut arrêté alors que Sartre fit partie du Comité d'épuration, qui décidait quel écrivain avait encore le droit de publier et quel autre devait être banni. André Malraux qui, lui, avait risqué sa vie dans la Résistance, ne se crut pas autorisé pour autant à faire partie de ce tribunal autoproclamé. »


La même année, il publie L'Être et le Néant (influencé par Heidegger), où il fait le point et approfondit les bases théoriques de son système de pensée. Du 17 janvier au 10 avril 1944, il livre douze émissions pour Radio-Vichy12. Il écrit ensuite une pièce de théâtre, Les Autres, qui deviendra Huis clos13, joué en mai 1944 et qui, elle, rencontre un franc succès.


Peu avant la libération, Sartre est recruté par Camus pour le réseau résistant Combat, il devient reporter dans le journal du même nom, et décrit dans les premières pages, la libération de Paris. Là commence sa renommée mondiale. Il est envoyé en janvier 1945 aux États-Unis pour écrire une série d'articles pour Le Figaro, et y est accueilli comme un héros de la Résistance.


La guerre a donc doublement coupé sa vie en deux : auparavant et jusqu'à l'Être et le Néant, philosophe de la conscience individuelle, peu concerné par les affaires du monde, Sartre se transforme en intellectuel engagé politiquement. Professeur parisien connu dans le monde intellectuel, il devient après la guerre une sommité internationale.

Années de gloire[modifier | modifier le code]

En 1945, Jean-Paul Sartre s'installe au 42 Rue Bonaparte, il y vécut jusqu'en 1962.

Après la Libération, Sartre connaît un succès et une notoriété importante ; il va, pendant plus d'une dizaine d’années, régner sur les lettres françaises. La diffusion de ses idées existentialistes se fera notamment au travers de la revue qu’il a fondée en 1945, Les Temps modernes. Sartre y partage sa plume, avec entre autres, Simone de Beauvoir, Merleau-Ponty et Raymond Aron. Dans le long éditorial du premier numéro, il pose le principe d'une responsabilité de l'intellectuel dans son temps et d'une littérature engagée. Pour lui, l'écrivain est dans le coup « quoi qu'il fasse, marqué, compromis jusque dans sa plus lointaine retraite (…) L'écrivain est en situation dans son époque. » Cette position sartrienne dominera tous les débats intellectuels de la deuxième moitié du xxe siècle. La revue est toujours considérée comme l'une des plus prestigieuses revues françaises au niveau international. Ainsi, Sartre met fin à la tradition philosophique de la neutralité de l'écrivain, telle qu'elle s'était manifestée en France et en Allemagne pendant le pétainisme et le nazisme.

Lorsqu'en octobre 1945 Sartre fait une conférence dans une petite salle, c'est un évènement: une foule nombreuse tente d'entrer, les gens se bousculent, des coups partent, des femmes s'évanouissent ou tombent en syncope. Sartre y présente un condensé de sa philosophie, qui sera retranscrit dans L'existentialisme est un humanisme. Sa publication, par l'éditeur Nagel, est faite à l'insu de Sartre qui juge la transcription ex abrupto, nécessairement simplificatrice, peu compatible avec l'écriture et le travail du sens que celle-ci implique. Sartre veut à l'époque se rapprocher des marxistes, qui rejettent une philosophie de la liberté radicale, susceptible d'affaiblir les certitudes indispensables au militant : dans le texte de la conférence Sartre expose le leitmotiv de l'existentialisme, l'homme ne peut pas refuser sa liberté, la liberté tend au futur, tout acte de liberté est projet, la réalisation d'un projet individuel modifie la réalisation d'autres projets individuels, chaque individu est responsable vis-à-vis de son projet individuel et du projet des autres, la liberté est le fondement de toutes les valeurs humaines, l'engagement dans les choix des sociétés rend l'homme un homme à part entière14[citation nécessaire].

Tout le beau monde se veut maintenant « être » existentialiste, « vivre » existentialiste. Saint-Germain-des-Prés, lieu où habite Sartre, devient le quartier de l'existentialisme, en même temps qu'un haut lieu de vie culturelle et nocturne : on y fait la fête dans des caves enfumées, en écoutant du jazz, ou encore en allant au café-théâtre. Phénomène rare dans l'histoire de la pensée française, une pensée philosophique technique et austère trouve, dans un très large public, un écho inhabituel. On peut expliquer cela par deux facteurs : tout d'abord l’œuvre de Sartre est multiforme et permet à chacun de trouver son niveau de lecture, ensuite l'existentialisme, qui clame la liberté totale, ainsi que la responsabilité totale des actes de l'homme devant les autres et devant soi-même, se prête parfaitement à ce climat étrange d'après-guerre où se mêlent fête et mémoire des atrocités. L'existentialisme devient donc un véritable phénomène de mode, plus ou moins fidèle aux idées sartriennes, et par l'ampleur de laquelle l'auteur semble un peu dépassé.

Ces années ne doivent pas laisser croire à une "vie de paillettes". Le philosophe met sa plume au service des minorités délaissées, en particulier les Juifs français et les Noirs. En effet, il publie en 1945 plusieurs articles sur la condition des Noirs aux États-Unis, sur le racisme et les discriminations dont ils sont victimes. Ces articles sont consultables dans la nouvelle édition de Situations II.
En 1946, il publie ses Réflexions sur la question juive dont le "Portrait de l'antisémite" avait été publié dès 1944 dans sa revue des Temps Modernes. Il s'attaque alors à l'antisémitisme en France15 à une période où les Juifs qui rentrent des camps sont rapidement délaissés16.
En 1948, il écrit une introduction pour l'Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache, de Léopold Sedar Senghor, publié aux PUF, repris dans Situations III. Orphée Noir est une critique du colonialisme et du racisme à l'aune de la philosophie qu'il avait développée en 1943 dans L'être et le néant.

Pendant ce temps, Sartre va affirmer son engagement politique en éclairant sa position, au travers de ses articles dans Les Temps modernes : Sartre épouse, comme beaucoup d'intellectuels de son époque, la cause de la révolution marxiste, mais sans pour autant donner ses faveurs au Parti communiste, aux ordres d'une URSS qui ne peut satisfaire l'exigence de liberté. Simone de Beauvoir, Sartre et ses amis continuent donc à chercher une troisième voie, celle du double refus du capitalisme et du stalinisme. Il soutient Richard Wright, un écrivain noir américain ancien membre du Parti communiste américain exilé en France dès 1947.

Dans sa revue Les temps modernes, il prend position contre la guerre d'Indochine, s'attaque au gaullisme et critique l'impérialisme américain. Il ira jusqu'à affirmer, dans cette même revue, que « tout anti-communiste est un chien ».

C'est alors que Sartre décide de traduire sa pensée en expression politique : en participant à la fondation d'un nouveau parti politique, le Rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR). Mais malgré le succès de quelques manifestations, le RDR n’atteindra jamais un effectif suffisant pour devenir un véritable parti. Sartre donne sa démission en octobre 1949.

La guerre de Corée, puis la répression musclée d'une manifestation antimilitariste du PCF pousse Sartre à choisir son camp : Sartre voit alors dans le communisme une solution aux problèmes du prolétariat. Ce qui lui fait dire : « Si la classe ouvrière veut se détacher du Parti (PCF), elle ne dispose que d'un moyen : tomber en poussière17. »

Sartre devient un compagnon de route du Parti communiste entre les années 195218 et 195619. Dès lors, il participe à sa mouvance : il prend la présidence de l'Association France-URSS. En 1954, il déclare « Le citoyen soviétique possède, à mon avis, une entière liberté de critique »20. Il devient membre du Conseil mondial de la paix[réf. nécessaire].

Ce ralliement idéel de Sartre au communisme sépare de même Sartre et Camus, très proches auparavant. Pour Camus, l'idéologie marxiste ne doit pas prévaloir sur les crimes staliniens, alors que pour Sartre on ne doit pas utiliser ces faits comme prétexte à l'abandon de l’engagement révolutionnaire.

Cette fidélité au PCF va tenir jusqu'en automne 1956, date à laquelle les chars soviétiques écrasent l'insurrection de Budapest. Après avoir signé une pétition d'intellectuels de gauche et de communistes contestataires, il donne le 9 novembre une longue interview au journal l'Express (journal mendésiste), pour se démarquer de manière radicale du parti.

Après cela l'existentialisme semble en perte de vitesse : dans les années 1960, l'influence de Sartre sur les lettres françaises et l'idéologie intellectuelle diminue peu à peu, notamment face aux structuralistes comme l'ethnologue Lévi-Strauss, le philosophe Foucault ou le psychanalyste Lacan. Le structuralisme est en quelque sorte l'ennemi de l'existentialisme : il n'y a en effet dans le structuralisme que peu de place pour la liberté humaine, chaque homme étant imbriqué dans des structures qui le dépassent. En fait Sartre, défenseur de la primauté de la conscience sur l'inconscient et de la liberté sur la nécessité des structures sociales, ne prend pas la peine de discuter de ce nouveau courant qui est le structuralisme : il préfère se dédier à l'analyse du xixe siècle, de la création littéraire, et surtout à l'étude d'un auteur qui l'avait toujours fasciné, Flaubert. De plus dans les années 1960 sa santé se détériore rapidement. Sartre est prématurément usé par sa constante suractivité littéraire et politique, mais aussi par le tabac et l'alcool qu'il consomme en grandes quantités. Le 10 décembre 196421, fait qui aura un très grand retentissement dans le monde, il refuse le prix Nobel de littérature car, selon lui, « aucun homme ne mérite d’être consacré de son vivant ». Il avait de même refusé la Légion d'honneur, en 1945, ou encore une chaire au Collège de France22. Ces honneurs auraient, selon lui, aliéné sa liberté, en faisant de l'écrivain une espèce d'institution. Cette action restera célèbre car elle illustre bien l’état d’esprit de l'intellectuel qui se veut indépendant du pouvoir politique.

Années d'engagement[modifier | modifier le code]

Si Sartre a pris ses distances avec le parti communiste, il continue à s'engager pour de nombreuses causes. Il a été une des cibles du Congrès pour la liberté de la culture, association culturelle anticommuniste fondée en 1950.

En 1950 éclate l'affaire Henri Martin, un marin et militant du Parti communiste français est arrêté pour avoir distribué des tracts contre la guerre d'Indochine dans une enceinte militaire, l'arsenal de Toulon. L'accusation porte également sur un acte de sabotage en faveur du Viêt Minh, accusation dont il est lavé par le tribunal de Toulon, pourtant exclusivement composé d'officiers. Jean-Paul Sartre s'engage, publiant notamment un ouvrage, L'affaire Henri Martin, qui résume les arguments de la défense. Preuve de la grande portée de cette affaire, d'autres intellectuels de gauche renommés participent au même ouvrage : Michel Leiris, Hervé Bazin, Prévert, Vercors… Jusqu'à la fin de la guerre, Sartre restera très vigilant, coordonnant notamment un numéro spécial des Temps Modernes (Viet Nam, octobre 1953)23.

Dès 1956, Sartre et la revue Les Temps modernes prennent parti contre l'idée d'une Algérie française et soutiennent le désir d'indépendance du peuple algérien. Sartre s'élève contre la torture24, revendique la liberté pour les peuples de décider de leur sort, analyse la violence comme une gangrène, produit du colonialisme25. En 1960, lors du procès des réseaux de soutien au FLN, il se déclare « porteur de valise »26 du FLN27.

Cette prise de position n'est pas sans danger, son appartement sera plastiqué deux fois par l'OAS, et Les Temps modernes saisis cinq fois.

Sartre soutient activement la révolution cubaine dès 1960, comme un grand nombre d'intellectuels tiers-mondistes. En juin 1960, il écrit dansFrance-Soir 16 articles intitulés « Ouragan sur le sucre28 ». Mais il rompra avec le líder máximo en 1971 à cause de l’« affaire Padilla », lorsque le poète cubain Heberto Padilla est emprisonné pour avoir critiqué le régime castriste28. Il dira de Fidel Castro : « Il m’a plu, c’est assez rare, il m’a beaucoup plu. » Toutefois, face à la répression des homosexuels, Sartre déclarera que « les homosexuels sont les juifs de Cuba »29.

Sartre qui avait déjà publié en 1960 le tome I de la "Critique de la raison dialectique" et avait en préparation le tome II, paru inachevé et posthume, participera activement aux événements de mai 1968. Déjà en 1967, il était revenu sur le devant de la scène en présidant avecBertrand Russell le tribunal Russell, un tribunal autoproclamé, une assemblée internationale d'intellectuels, de militants et de témoins chargés de juger les guerres et de les condamner, en particulier la guerre des Américains au Vietnam.

S'il n'a pas été l'inspirateur des événements de mai 1968, il se fera l'écho de la révolte dans la rue, sur les estrades, dans les journaux, et aux portes des usines en grève. Il interviewe le leader Daniel Cohn-Bendit dans Le Nouvel Observateur, lui donnant l'occasion de s'expliquer dans un grand hebdomadaire. À maintenant 63 ans, il se rend à laSorbonne investie par les étudiants, afin de discuter avec eux. Il dénonce ensuite les « élections pièges à cons » de de Gaulle.

Sur le plan international, il condamne fermement l'intervention soviétique contre le printemps de Prague en Tchécoslovaquie.

De plus en plus fatigué et usé, Sartre continuera la lutte « gauchiste » en soutenant le mouvement Mao face à la répression. Le journal révolutionnaire La Cause du Peuple étant menacé de disparaître sous la pression des autorités pompidoliennes, il décide en 1971 de devenir le directeur du journal afin de le protéger, et descend dans la rue, avec d'autres célébrités dont Simone de Beauvoir, pour le vendre. Il fera de même avec deux autres journaux maoïstes, Tout et J'accuse. En 1973, Sartre va lancer, avec Serge July, Philippe Gavi, Bernard Lallement et Jean-Claude Vernier, un quotidien populaire, Libération, qui paraît au printemps. Jean-Paul Sartre et Jean-Claude Vernier sont les premiers directeurs de publication du journal. Ils le restent jusqu’à leur démission le 24 mai 1974 pour désaccord avec Serge July, qui leur succède. Pendant toute cette période il se lie avec divers autres mouvements gauchistes et féministes, prêtant volontiers son nom afin de les aider.

Sartre va s'occuper, alors qu'il arrive à la fin de sa vie, du conflit israélo-palestinien. Tout en reconnaissant la légitimité de l'État d'Israël, il dénonce les conditions de vie déplorables des Palestiniens qui expliqueraient le recours au terrorisme.

En 1976, il accepte le seul titre honorifique de sa carrière, celui de docteur honoris causa de l'université de Jérusalem qui lui sera remis à l'ambassade d'Israël à Paris par le philosophe Emmanuel Levinas. Il acceptera ce titre pour des raisons « politiques » afin de créer une « liaison entre le peuple palestinien que je soutiens et Israël dont je suis l'ami. »30

Alors qu'il va sur ses 66 ans (il les aura le 21 juin 1971), Sartre est victime d'une attaque le 18 mai 197131. Tous les détails concernant la santé de Sartre sont relatés dans le livre de Simone de Beauvoir La cérémonie des adieux. Cette attaque le laisse très affaibli. Le 5 mars 1973, une seconde attaque lui laisse la vie sauve, mais lui enlève presque totalement la vue. Sartre entre dans ses années d'ombre. Déjà diminué, il est alors contraint de décider « librement » que son œuvre est achevée, et ne finira donc jamais le tome IVde son Flaubert. Cela ne l'empêchera néanmoins pas de continuer à penser et à produire : il engage comme secrétaire un jeune normalien, Benny Lévy, qu'il avait connu lorsque ce dernier dirigeait le groupe maoïste La Gauche prolétarienne, qui est chargé de lui faire la lecture, et débat, parfois violemment, avec ce jeune maoïste. Un an plus tard sort l'ouvrageOn a raison de se révolter, livre d'entretiens avec le jeune homme et Philippe Gavi, où Sartre évoque entre autres les problèmes liés à l'engagement contestataire.

Sa cécité ne l'empêchera pas non plus de poursuivre son devoir d'engagement moral qu'il aura tenu jusqu'au bout : quelques interventions politiques, telles que la visite à Andreas Baader, le révolutionnaire allemand emprisonné près de Stuttgart, et un voyage de soutien à la révolution des œillets, au Portugal, font renaître dans les milieux de l'extrême gaucheeuropéenne des élans de sympathie pour le vieil homme.

Il signe aussi différents appels pour la libération de dissidents soviétiques, et, lors de la rencontre entre Brejnev et Valéry Giscard d'Estaing à Paris en 1977, Sartre organise au même moment une rencontre avec des dissidents soviétiques. Ce soir-là, pour Sartre entouré de Michel Foucault, Gilles Deleuze, André Glucksmann, Simone Signoret et bien sûrSimone de Beauvoir, il y eut 105 radios et télévisions venues du monde entier, soit plus qu'à l'Élysée pour Brejnev[réf. nécessaire]. La même année, il signe avec d'autres figures de l'époque comme Louis Aragon, Simone de Beauvoir, Jack Lang ou Bernard Kouchner la lettre ouverte parue dans Le Monde à la veille du procès de Bernard Dejager, Jean-Claude Gallien et Jean Burckardt, tous accusés d’avoir eu des relations sexuelles avec des filles et des garçons de 13 et 14 ans32.

Jean Paul Sartre a condamné l'intervention américaine au Vietnam, au Laos et au Cambodge dans les années 1960 et 70 et a accordé, comme la majeure partie de la gauche mondiale, son soutien aux mouvements communistes indochinois, y compris aux Khmers Rouges, jusqu'à leur victoire en 1975.

Dernier coup médiatique pour Sartre en 1979, qui va émouvoir le grand public : accompagné de son meilleur ennemi, Raymond Aron, et du jeune philosophe André Glucksmann, un Sartre très atteint dans sa santé se rend à l'Élysée pour demander à Valéry Giscard d'Estaing d'accueillir des réfugiés d'Indochine, qui se noyaient par centaines en tentant de quitter le Viêt Nam (c’est l'affaire des boat people). Indépendamment des différences d'opinions politiques auxquelles il attache désormais moins d'importance, Sartre affirme au crépuscule de sa vie l'exigence de sauver des vies partout où elles sont menacées. Sartre a également adhéré, avec Simone de Beauvoir, au comité de soutien à l'ayatollah Khomeyni, lorsque celui-ci était reçu en exil à Neauphle-le-Château, opposant principal au régime impérial du Shah33.

En mars 1980, Le Nouvel Observateur publie, sur trois numéros, une série d'entretiens avec Benny Lévy qui seront édités, après sa mort, sous le titre L'Espoir maintenant. Jean Guitton tenait de telles déclarations pour un reniement de son athéisme et y voyait l'influence de son nouveau et dernier secrétaire. « Détournement de vieillard » accusera Olivier Todd, tant semble différente la parole de Sartre dans ces entretiens sur lareligion judaïque. L'avocate Gisèle Halimi, qui a été une amie très proche du philosophe depuis 1957, est revenue, en 2005, sur ces propos en affirmant : « Cet interview est incontestablement un faux […]. Ce n'est pas du Sartre libre jouissant de toutes ses facultés. »34

Atteint d'urémie, Jean-Paul Sartre s'éteint le 15 avril 1980 à près de 75 ans à l’hôpital Broussais de Paris, à la suite d'un œdème pulmonaire.

Dans le monde entier, l'annonce de sa mort provoque une émotion considérable. Pour son enterrement, le 19 avril 1980, cinquante mille personnes descendent dans les rues de Paris, accompagnant son cortège pour lui rendre un ultime hommage. Une foule énorme, sans service d'ordre, pour celui qui aura su captiver trois générations de Français. Parmi eux, les anciens élèves des années du Havre ou de Paris, les camarades de la libération et les communistes des années 1950, les anciens militants de la paix en Algérie, enfin les jeunes maos.

Il est inhumé au cimetière du Montparnasse à Paris (14e), dans la 20e division — juste à droite de l’entrée principale boulevard Edgar-Quinet.Simone de Beauvoir, décédée le 14 avril 1986, a été inhumée à ses côtés. Sur la tombe, une plaque porte cette simple inscription : « Jean-Paul Sartre, 1905-1980 ».

Philosophie[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Existentialisme.
Sartre est considéré comme le père de l'existentialisme français et sa conférence de 1945, L'existentialisme est un humanisme, est considéré comme le manifeste de ce mouvement philosophique. Toutefois, la philosophie de Sartre, en 20 ans, a évolué entre existentialisme et marxisme. Ses œuvres philosophiques majeures sont L'être et le Néant (1943) et la Critique de la raison dialectique (1960).


Être en-soi et être pour-soi[modifier | modifier le code]
Dans L'Être et le Néant, Sartre s'interroge sur les modalités de l'être. Il en distingue trois : l'être en-soi, l'être pour-soi et l'être pour autrui.


– l'être en-soi, c'est la manière d'être de ce qui « est ce qu'il est », par exemple l'objet inanimé « est » par nature de manière absolue, sans nuance, un ;
– l'être pour-soi est l'être par lequel le néant vient au monde (de l'en soi). C'est l'être de la conscience, toujours ailleurs que là où on l'attend : c'est précisément cet ailleurs, ce qu'il n'est pas qui constitue son être, qui n'est d'ailleurs rien d'autre que ce non être ;
– l'être pour-autrui est lié au regard d'autrui qui, pour le dire vite, transforme le pour soi en en soi, me chosifie.
L'homme, se distingue de l'objet, en ce qu'il a conscience d'être, conscience de sa propre existence. Cette conscience crée une distance entre l'homme qui est et l'homme qui prend conscience d'être. Or toute conscience est conscience de quelque chose (idée d'intentionnalité reprise de Brentano). L'Homme est donc fondamentalement ouvert sur le monde, « incomplet », « tourné vers », existant (projeté hors de soi) : il y a en lui un néant, un « trou dans l'être » susceptible de recevoir les objets du monde.


« Le pour soi est ce qu'il n'est pas et n'est pas ce qu'il est »


— Sartre, L'Être et le Néant
« Il n'y a pour une conscience qu'une façon d'exister, c'est d'avoir conscience qu'elle existe »


— Sartre
« En fait, nous sommes une liberté qui choisit, mais nous ne choisissons pas d'être libres : nous sommes condamnés à la liberté. »


— Sartre
« Les objets sont ce qu'ils sont, l'homme n'est pas ce qu'il est, il est ce qu'il n'est pas. »


— Sartre
L'existence précède l'essence[modifier | modifier le code]
Dans la conférence intitulée L'existentialisme est un humanisme, du 29 octobre 1945, Sartre développe l'idée que l'homme n'ayant pas de nature définie a priori, il est libre de se définir lui-même par son projet. « Qu'est-ce que signifie ici que l'existence précède l'essence ? Cela signifie que l'homme existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu'il se définit après »35.


Sartre rattache la liberté de l'homme au fait que Dieu n'existe pas, reprenant en un sens positif la phrase de Dostoïevski, « Si Dieu n'existe pas, tout est permis ». Il prend cette formule au sérieux : « il n'y a pas de nature humaine, puisqu'il n'y a pas de Dieu pour la concevoir ». L'homme n'est pas de toute éternité, dans l'esprit d'un Dieu créateur, comme l'idée d'un objet technique (tel un coupe-papier) dans l'esprit de l'artisan. Par conséquent, aucune norme transcendante n'indique à l'homme ce qu'il doit faire. L'homme est libre, « il est liberté », et n'est rien d'autre que ce qu'il se fait.


Sartre explique que cette liberté implique une responsabilité : en se choisissant lui-même, l'homme établit un modèle de ce qui vaut pour l'homme en général. « Ainsi, notre responsabilité est beaucoup plus grande que nous ne pourrions le supposer, car elle engage l'humanité entière »36. En faisant de chacun « un législateur qui choisit pour l'humanité entière », Sartre retrouve aussitôt l'universel, dont il semblait s'écarter en confrontant l'individu à la liberté absolue de son choix, sur fond d'« angoisse » et de « délaissement », deux concepts inspirés, de la lecture de Kierkegaard et de Heidegger. On ne peut échapper ni à la liberté du choix de son existence et de ses actions, ni à leur caractère exemplaire pour tout homme : l'invocation de motifs pour ne pas exercer sa liberté est assimilée à de la « mauvaise foi ».


Certaines formules de L'existentialisme est un humanisme sont restées célèbres, comme « Nous sommes seuls, sans excuses », ou bien « L'homme est condamné à être libre ».


Liberté et aliénation[modifier | modifier le code]
Selon Sartre, l'homme est ainsi libre de choisir son essence. Pour lui, contrairement à Hegel, il n'y a pas d'essence déterminée, l'essence est librement choisie par l'existant. L'Homme est absolument libre, il n'est rien d'autre que ce qu'il fait de sa vie, il est un projet. Sartre nomme ce dépassement d'une situation présente par un projet à venir, la transcendance.


L'existentialisme de Sartre s'oppose ainsi au déterminisme qui stipule que l'homme est le jouet de circonstances dont il n'est pas maître. Sartre estime que l'homme choisit parmi les événements de sa vie, les circonstances qu'il décidera déterminantes. Autrement dit, il a le pouvoir de 'néantiser', c'est-à-dire de combattre les déterminismes qui s'opposent à lui.


Au nom de la liberté de la conscience, Sartre refuse le concept freudien d'inconscient remplacé par la notion de « mauvaise foi » de la conscience. L'Homme ne serait pas le jouet de son inconscient mais choisirait librement de se laisser nouer par tel ou tel traumatisme. Ainsi, l'inconscient ne saurait amoindrir l'absolue liberté de l'Homme.


Selon Sartre, l'homme est condamné à être libre. L'engagement n'est pas une manière de se rendre indispensable mais responsable. Ne pas s'engager est encore une forme d'engagement.


L'existentialisme de Sartre est athée, c'est-à-dire que, pour lui, Dieu n'existe pas (ou en tout cas « s'Il existait cela ne changerait rien »), donc l'homme est seul source de valeur et de moralité ; il est condamné à inventer sa propre morale et libre de la définir. Le critère de la morale ne se trouve pas au niveau des « maximes » (Kant) mais des « actes ». La « mauvaise foi », sur un plan pratique, consiste à dire : « c'est l'intention qui compte ».


Selon Sartre, la seule aliénation à cette liberté de l'homme est la volonté d'autrui. Ainsi fait-il dire à Garcin dans Huis clos « L'Enfer c'est les Autres ».


Marxisme[modifier | modifier le code]
Jean-Paul Sartre présente le marxisme comme « horizon philosophique indépassable de notre temps37 ». Après avoir observé et analysé l'existence et la liberté de l'homme en tant qu'individu, Sartre s'est interrogé sur l'existence d'une conscience collective et son rapport avec la liberté individuelle. Dans sa Critique de la raison dialectique (1960), Sartre affirme que la liberté de l'homme est aliénée par les sociétés féodales ou capitalistes. Il analyse comment, dans les sociétés aliénées, les libertés individuelles peuvent conduire à un effet opposé à l'intention générale et à l'aliénation de la liberté collective. Il suggère alors d'inverser le processus : le groupe doit pouvoir décider de regrouper les libertés individuelles pour permettre le développement de l'intention générale. Sartre pense que cette sorte d'aliénation de la liberté individuelle doit être librement choisie et s'oppose ainsi à toute forme de totalitarisme.


Écrits sur l'art et les artistes[modifier | modifier le code]
Au sein de son œuvre, les études esthétiques de Sartre forment, à côté des écrits philosophiques et des textes littéraires, un troisième ensemble, souvent négligé, voire passé sous silence. Dans les études qu'il consacre à des écrivains — Baudelaire, Faulkner, Genet, Mallarmé et Flaubert — ou des artistes — Alberto Giacometti, Alexander Calder et au Tintoret —, Sartre s'attache à éclairer le rapport de ces créateurs à leurs œuvres. Leurs créations démontrent, selon lui, que la liberté est une condition préalable de l'art.[interprétation personnelle]


Œuvres[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Jean-Paul Sartre (bibliographie).
Romans et nouvelles[modifier | modifier le code]
La Nausée (1938)
Le Mur (1939)
Les Chemins de la liberté (1945)
L'Âge de raison
Le Sursis
La Mort dans l'âme
Théâtre[modifier | modifier le code]
Bariona, ou le Fils du tonnerre (1940)
Les Mouches (1943)
Huis clos (1944)
La Putain respectueuse (1946)
Morts sans sépulture (1946)
Les Mains sales (1948)
Le Diable et le Bon Dieu (1951)
Kean (1954)
Nekrassov (1955)
Les Séquestrés d'Altona (1959)
Les Troyennes (adaptation d'Euripide, 1965)
L'Engrenage (1969)
Autobiographie, mémoires, entretiens et correspondance[modifier | modifier le code]
Les Mots (1964)
Carnets de la drôle de guerre - Septembre 1939-mars 1940 (1983-1995)
Lettres au Castor et à quelques autres, tome I et II (1983)
L'Espoir maintenant, les entretiens de 1980 (avec Benny Lévy) (1980)
Essais[modifier | modifier le code]

Jean-Paul Sartre


(1905 - 1980)
Jean-Paul Sartre, père de l'exitentialisme, auteur de 'L'Etre et le Néant'


Biographie de Jean-Paul Sartre :


Après l'Ecole Normale Supérieure, Jean-Paul Sartre passe l'agrégation en 1929 - c'est à cette période qu'il fait la connaissance de Simone de Beauvoir. Il est nommé professeur de philosophie au lycée du Havre, puis à Neuilly en 1937.


La Seconde Guerre Mondiale, dans laquelle il est tour à tour soldat, prisonnier, résistant et auteur engagé, lui permet d'acquérir une conscience politique et de ne plus être l'individualiste qu'il a été dans les années 1930. Pendant la guerre, il rédige son premier essai qui deviendra son oeuvre philosophique majeure, "L'Être et le Néant", où il approfondit les bases théoriques de son système de pensée. Recruté par Albert Camus en 1944, il devient reporter dans le journal "Combat".


Dans les années qui suivent la libération, Jean-Paul Sartre connaît un énorme succès et une très grande notoriété comme chef de file du mouvement existentialiste qui devient une véritable mode. Dans la revue "Les Temps modernes" qu'il a créée en 1945, il prône l'engagement comme une fin en soi, avec à ses côtés Simone de Beauvoir, Merleau-Ponty et Raymond Aron.


Jean-Paul Sartre est l'héritier de Descartes et a été influencé par les philosophes allemands Hegel, Marx, Husserl, et Heidegger. Dans "l'Etre et le Néant", traité de l'existentialisme d'un abord difficile car s'adressant aux philosophes, il aborde les rapports entre conscience et liberté. L'ouvrage s'articule autour des thèmes de la conscience, de l'existence, du pour-soi (manière d'être de l'existant), de la responsabilité de l'être-en-situation, de l'angoisse lorsque la conscience appréhende l'avenir face à sa liberté, de la liberté d'échapper à l'enchaînement des causes et déterminations naturelles, du projet lorsque la conscience se projette vers l'avenir.


Pour Jean-Paul Sartre, Dieu n'existant pas, les hommes n'ont pas d'autres choix que de prendre en main leur destinée à travers les conditions politiques et sociales dans lesquelles ils se trouvent.


Le théâtre et le roman sont pour Jean-Paul Sartre un moyen de diffuser ses idées grâce à des mises en situation concrète (Huis clos, Les mains Sales, La nausée...). Il mène une vie engagée en se rapprochant du Parti communiste en 1950, tout en gardant un esprit critique, avant de s'en détacher en 1956 après les événements de Budapest.


Jean-Paul Sartre garde cependant ses convictions socialistes, anti-bourgeoises, anti-américaines, anti-capitalistes, et surtout anti-impérialistes. Il mène jusqu'à la fin de ses jours de multiples combats : contre la guerre d'Algérie et la guerre du Viêt-Nam, pour la cause palestinienne, les dissidents soviétiques, les boat-people.... Il refuse le prix Nobel de littérature en 1964 car, selon lui, "aucun homme ne mérite d'être consacré de son vivant".
Bibliographie : La Nausée (1938), Le Mur (1939), Les Mouches (1943), L'Etre et le Néant (1943), Huis clos (1945), L'âge de raison (1945), L'existentialisme est un humanisme (1945), Morts sans sépulture (1946), La Putain respectueuse (1946), Réflexion sur la question juive (1947), Les mains Sales (1948), Le Diable et le Bon Dieu (1951), Les Séquestrés d'Altona (1959), Critique de la raison dialectique (1960), Les Mots (1964).
Liens:
PHILONET - Leçons de philosophie à l'usage des élèves des classes terminales
Philagora - L'existentialisme : Jean-Paul Sartre
@ la lettre.com


Sur ce site :
Morale : Jean-Paul Sartre
Une vocation manquée. Texte de Jean-Paul Sartre proposé par Michel Bellin




Citations de Jean-Paul Sartre :


"Exister c'est être là simplement... Tout est gratuit, ce jardin, cette ville et moi-même. Quand il arrive qu'on s'en rende compte, ça vous tourne le cœur et tout se met à flotter."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / La Nausée)


"Etre homme, c'est tendre à être Dieu: ou, si l'on préfère, l'homme est fondamentalement désir d'être Dieu."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / L'être et le néant)


"Ce qui rend le mieux concevable le projet fondamental de la réalité humaine, c'est que l'homme est l'être qui projette d'être Dieu."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / L'être et le néant)


"Deux frères comparaissent au tribunal divin, le jour du jugement. Le premier dit à Dieu: «Pourquoi m'as-tu fait mourir si jeune?» et Dieu répond: «Pour te sauver. Si tu avais vécu plus longtemps, tu aurais commis un crime, comme ton frère.» Alors le frère demande à son tour: «Pourquoi m'as-tu fait mourir si vieux?»"
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / L'être et le néant)


"Pas besoin de gril : l'enfer, c'est les Autres."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Huis Clos)


"Le secret douloureux des Dieux et des rois : c'est que les hommes sont libres."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Les mouches)


"Quand une fois la liberté a explosé dans une âme d'homme, les dieux ne peuvent plus rien contre cet homme-là."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Les mouches)


"Mais si vraiment l'existence précède l'essence, l'homme est responsable de ce qu'il est."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / L'existentialisme est un humanisme)


"L'existentialisme est très opposé à un certain type de morale laïque qui voudrait supprimer Dieu avec le moins de frais possible. Lorsque, vers 1880, des professeurs français essayèrent de constituer une morale laïque; ils dirent à peu près ceci: Dieu est une hypothèse inutile et coûteuse, nous la supprimons, mais il est nécessaire cependant, pour qu'il y ait une morale, une société, un monde policé, que certaines valeurs soient prises au sérieux et considéré comme existant a priori; […]
L'existentialisme, au contraire, pense qu'il est très gênant que Dieu n'existe pas, car avec lui disparaît la possibilité de trouver des valeurs dans un ciel intelligible; il ne peut plus y avoir de bien a priori, puisqu'il n'y a pas de conscience infinie et parfaite pour le penser; […] …l'homme est délaissé, parce qu'il ne trouve ni en lui, ni hors de lui une possibilité de s'accrocher. Il ne se trouve d'abord pas d'excuses. Si, en effet, l'existence précède l'essence, on ne pourra jamais expliquer par une référence à une nature humaine donnée et figée; autrement dit, il n'y a pas de déterminisme, l'homme est libre, l'homme est liberté. l'homme est condamné à être libre. Condamné, parce qu'il ne s'est pas créé lui-même, et par ailleurs cependant libre, parce qu'une fois jeté dans le monde, il est responsable de ce qu'il fait."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / L'existentialisme est un humanisme)


"L'existentialisme n'est pas tellement un athéisme au sens où il s'épuiserait à démontrer que Dieu n'existe pas. Il déclare plutôt: même si Dieu existait, ça ne changerait rien; voilà notre point de vue. Non pas que nous croyons que Dieu existe, mais nous pensons que le problème n'est pas celui de son existence; il faut que l'homme se retrouve lui-même et se persuade que rien ne peut le sauver de lui-même, fût-ce une preuve valable de l'existence de Dieu. En ce sens, l'existentialisme est un optimisme, une doctrine d'action, et c'est seulement par mauvaise foi que, confondant leur propre désespoir avec le nôtre, les chrétiens peuvent nous appeler désespérés."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / L'existentialisme est un humanisme)


"Et si j'entends des voix, qu'est-ce qui me prouve qu'elles viennent du ciel et non de l'enfer, ou d'un subconscient, ou d'un état pathologique? Qui prouve qu'elles s'adressent à moi? Qui prouve que je suis bien désigné pour imposer ma conception de l'homme et mon choix à l'humanité?"
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / L'existentialisme est un humanisme)


"[...] l'homme sera d'abord ce qu'il aura projeté d'être."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / L'existentialisme est un humanisme)


"Quand Dieu se tait, on peut lui faire dire ce que l'on veut."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Le diable et le bon dieu)


"Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Le diable et le bon dieu)


"Je me demandais à chaque minute ce que je pouvais être aux yeux de Dieu. A présent je connais la réponse: rien. Dieu ne me voit pas, Dieu ne m'entend pas, Dieu ne me connaît pas. Tu vois ce vide au-dessus de nos têtes? C'est Dieu. Tu vois cette brèche dans la porte? C'est Dieu. Tu vois ce trou dans la terre? C'est Dieu encore. Le silence c'est Dieu. L'absence c'est Dieu. Dieu c'est la solitude des hommes. Il n'y avait que moi: J'ai décidé seul du Mal; seul, j'ai inventé le Bien. C'est moi qui ai triché, moi qui ai fait des miracles, c'est moi qui m'accuse aujourd'hui, moi seul peut m'absoudre; moi, l'homme. Si Dieu existe, l'homme est néant; si l'homme existe... "
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Le diable et le bon Dieu, acte 2)


"Je ne connais qu'une Église: c'est la société des hommes."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Le diable et le bon dieu)


"[...] un élu, c'est un homme que le doigt de Dieu coince contre un mur."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Le diable et le bon dieu)


"Le désordre est le meilleur serviteur de l'ordre établi. [...] Toute destruction brouillonne, affaiblit les faibles, enrichit les riches, accroît la puissance des puissants."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Le diable et le bon dieu)


"Dieu est mort, mais l'homme n'est pas, pour autant, devenu athée. Ce silence du transcendant, joint à la permanence du besoin religieux chez l'homme moderne, voilà la grande affaire aujourd'hui comme hier."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Situations)


"On ne forme pas impunément des générations en leur enseignant des erreurs qui réussissent. Qu'arrivera-t-il un jour, si le matérialisme étouffe le projet révolutionnaire ?"
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Situations)


"Dieu est mort, n'entendons pas par là qu'il existe pas, ni même qu'il n'existe plus […] Il nous parlait et il se tait…"
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Situations, 1)


"La violence, sous quelque forme qu'elle se manifeste, est un échec."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Situations, 2)


"Coucher avec toi, sous l'œil de Dieu? S'écrit-il en repoussant Hilda. Non: je n'aime pas les parties de débauche. Si je connaissais une nuit assez profonde pour nous cacher à son regard…"
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / Les Mots)


"Ce qui au fond, prive l'homme de toute possibilité de parler à Dieu, c'est que, dans la pensée humaine Dieu devient nécessairement conforme à l'homme en tant que l'homme est fatigué, assoiffé de sommeil et de paix."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / cité par Georges Bataille dans "La somme athéologique")


"Une seule fois, j'eus le sentiment qu'Il [Dieu] existait. J'avais joué avec des allumettes et brûlé un petit tapis; j'étais en train de maquiller mon forfait quand soudain Dieu me vit, je sentis son regard à l'intérieur de ma tête et sur mes mains; je tournoyais dans la salle de bains, horriblement visible, une cible vivante. L'indignation me sauva: je me mis en fureur contre une indiscrétion si grossière, je blasphémais, […] il ne me regarda plus jamais."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980)


"Mauriac, l'eau bénite qui fait pschitt."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980)


"Si Dieu n'est pas noir en lui-même, alors Jésus a menti quand il a pris la parole dans la synagogue de Capharnaüm et Marx avait raison de dire que la religion est l'opium du peuple."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980)


"L'absenthéisme c'est Dieu. Dieu, c'est la solitude des hommes.."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980)


"La religion, c'est l'échappatoire de ceux qui sont trop lâches pour se reconnaître responsables de leurs propres destinées."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980)




"…si la description de l'essence relève de la philosophie proprement dite, seul le roman permettra d'évoquer dans sa réalité complète, singulière, temporelle, le jaillissement originel de l'existence."
(Simone de Beauvoir / 1908-1986 / Littérature et métaphysiques "Temps modernes 01/04/1946")

La Nausée , 1938[modifier]
Ma tante Bigeois me disait, quand j'étais petit : « Si tu te regardes trop longtemps dans la glace, tu y verras un singe. » J'ai du me regarder encore plus longtemps : ce que je vois est bien au-dessous du singe, à la lisière du monde végétal, au niveau des polypes.


La Nausée, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1938 (ISBN 2-07-036805-X), p. 34 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Les vraies dames ne savent pas le prix des choses, elles aiment les belles folies; leurs yeux sont de belles fleurs candides, des fleurs de serre.


La Nausée, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1938 (ISBN 2-07-036805-X), p. 73 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




J'existe parce que je pense...


La Nausée, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1938, p. 145




Je trouve, dis-je à l'Autodidacte, qu'on ne peut pas plus haïr les hommes que les aimer.


La Nausée, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1938 (ISBN 2-07-036805-X), p. 165 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




C'est ça donc la Nausée: cette aveuglante evidence? Me suis-je creusé la tête! En ai-je écrit! Maintenant je sais: J'existe -- le monde existe -- et je sais que le monde existe. C'est tout. Mais ça m'est égal. C'est étrange que tout me soit aussi égal: ça m'effraie.


La Nausée, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1938 (ISBN 2-07-036805-X), p. 175 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Exister, c'est être là, simplement; les existants apparaissent, se laissent rencontrer, mais on ne peut jamais les déduire.


La Nausée, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1938 (ISBN 2-07-036805-X), p. 187 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Tout existant naît sans raison, se prolonge par faiblesse et meurt par rencontre.


La Nausée, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1938 (ISBN 2-07-036805-X), p. 190 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Du même coup, j'ai appris qu'on perd toujours. Il n'y a que les Salauds qui croient gagner.


La Nausée, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1938 (ISBN 2-07-036805-X), p. 221 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Son nez était planté dans son visage comme un couteau dans une pomme.


La Nausée, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1938 (ISBN 2-07-036805-X), p. 228 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




C'est ce jour-là, à cette heure-là que tout a commencé. Et j'arriverais — au passé, rien qu'au passé — à m'accepter.


La Nausée, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1938 (ISBN 2-07-036805-X), p. 249 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Le Mur, 1939[modifier]
Quelques heures ou quelques années d'attente c'est tout pareil, quand on a perdu l'illusion d'être éternel.


Le Mur, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1939, p. 27




L'Être et le Néant, 1943[modifier]
C'est à partir du jour où l'on peut concevoir un autre état de choses qu'une lumière neuve tombe sur nos peines et sur nos souffrances et que nous décidons qu'elles sont insupportables.


L'Être et le Néant (1943), Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, coll. tel, 2006 (ISBN 2-07-029388-2), p. 479




Chaque regard nous fait éprouver concrètement […] que nous existons pour tous les hommes vivants.


L'Être et le Néant, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1943, partie 3 (« Le Pourautrui »), chap. 1er (« L'existence d'autrui »), IV (« Le Regard »), p. 341




La République du silence, 1944[modifier]
Jamais nous n'avons été plus libres que sous l'occupation allemande.


Situations III, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1946, p. 11




Huis clos, 1944[modifier]
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Il existe une fiche de références pour cette œuvre :
Huis clos.
Je n'ai pas rêvé cet héroïsme. Je l'ai choisi. On est ce qu'on veut.


Huis clos, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 2000 (ISBN 2-07-036807-6), p. 90 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Seuls les actes décident de ce qu'on a voulu.


Huis clos, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 2000 (ISBN 2-07-036807-6), p. 90 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




On meurt toujours trop tôt - ou trop tard. Et cependant la vie est là, terminée [...]. Tu n'es rien d'autre que ta vie.


Huis clos, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 2000 (ISBN 2-07-036807-6), p. 90 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Alors, c'est ça l'enfer. Je n'aurais jamais cru... Vous vous rappelez: le soufre, le bûcher, le gril... Ah! quelle plaisanterie. Pas besoin de gril : l'enfer, c'est les Autres.


Huis clos, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 2000 (ISBN 2-07-036807-6), p. 92 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




L'existentialisme est un humanisme, 1946[modifier]
L'existence précède l'essence.


L'existentialisme est un humanisme (1946), Jean-Paul Sartre, éd. Nagel, 1970, p. 17




L'homme est condamné à être libre.


L'existentialisme est un humanisme (1946), Jean-Paul Sartre, éd. Nagel, 1970, p. 37




Les Mains Sales, 1948[modifier]
Hoederer : Moi j'ai les mains sales. Jusqu'aux coudes. Je les ai trempées dans la merde et dans le sang.


Les mains sales, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1948, p. 198




Le Diable et le Bon Dieu, 1951[modifier]
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Il existe une fiche de références pour cette œuvre :
Le Diable et le Bon Dieu.
Gœtz : [...] Salut petit frère ! Salut en bâtardise ! Car toi aussi tu es un bâtard ! Pour t'engendrer, le clergé a couché avec Misère ; quelle maussade volupté !


Gœtz s'adresse au père Heinrich qui vient de trahir sa ville.
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte I, scène IV, p. 57 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Gœtz : Je me moque du Diable ! Il reçoit les âmes, mais ce n'est pas lui qui les damne. Je ne daigne avoir affaire qu'à Dieu, les monstres et les saints ne relèvent que de lui.


Gœtz s'adresse au père Heinrich qui lui affirme que tous les deux verront le Diable pendant la nuit l'un pour sa trahison l'autre pour son massacre
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte I, scène IV, p. 59 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Le banquier : Mais vous approuviez la clémence de l'Archevêque !
Gœtz : Et je l'approuve encore. Il est offensé et prêtre : deux bonnes raisons de pardonner. Mais moi, pourquoi pardonnerais-je ? Les habitants de Worms ne m'ont pas offensé. Non, non : je suis militaire, donc je tue. Je les tuerai conformément à mon office et l'Archevêque leur pardonnera, conformément au sien


Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte I, scène III, p. 75 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Gœtz : De quoi te mêles-tu ? (Un temps.) Le mal, ça doit faire mal à tout le monde. Et d'abord à celui qui le fait.


Gœtz s'adresse à Catherine lui demandant s'il souffre à cause de l'archevêque qui vient de lui retirer ses terres
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte I, scène IV, p. 80 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Gœtz : [...] Alors réjouis-toi, je la prendrai.
Catherine : Mais pourquoi ?
Gœtz : Parce que c'est mal.
Catherine : Et pourquoi faire le Mal ?
Gœtz : Parce que le Bien est déjà fait.
Catherine : Qui l'a fait ?
Gœtz : Dieu le Père. Moi, j'invente.


Gœtz parle de prendre la ville qu'il va prendre et dont il va massacrer les habitants
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte I, scène IV, p. 81 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Nasty : Les hommes de Dieu détruisent ou construisent et toi tu conserves.
Gœtz : Moi ?
Nasty : Tu mets du désordre. Et le désordre est le meilleur serviteur de l'ordre établi. Tu as affaibli la chevalerie tout entière en trahissant Conrad et tu affaibliras la bourgeoisie en détruisant Worms. À qui cela profite-t-il ? Aux grands. Tu sers les grand, Gœtz, et tu les serviras quoi que tu fasses : toute destruction brouillonne, affaiblit les faibles, enrichit les riches, accroît la puissance des puissants.


le boulanger prophète, capturé par Gœtz qui lui affirme être l'homme de Dieu qui veut la destruction de la ville
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte I, scène V, p. 93 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Nasty : L'égal de tous les hommes ou le valet de tous les princes : choisis.


Nasty propose à Gœtz l'alliance des pauvres que refuse Gœtz qui lui demande ce qui se passera s'il refuse de devenir leur égal
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte I, scène V, p. 96 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Gœtz : Inutile, oui. Inutile aux hommes. Mais que me font les hommes ? Dieu m'entend et c'est à Dieu que je casse les oreilles et ça me suffit, car c'est le seul ennemi qui soit digne de moi. Il y a Dieu, moi et les fantômes. C'est Dieu que je crucifierai cette nuit, sur toi et sur vingt mille hommes parce que sa souffrance est infinie et qu'elle rend infini celui qui le fait souffrir. Cette ville va flamber. Dieu le sait. Et en ce moment, il a peur, je le sens ; je sens son regard sur mes mains, je sens son souffle sur mes cheveux, ses anges pleurent. Il se dit « Gœtz n'osera peut-être pas » — tout comme s'il n'était qu'un homme. Pleurez, pleurez les anges : j'oserai. Tout à l'heure, je marcherai dans sa peur et dans sa colère. Elle flambera : l'âme du Seigneur est une galerie de glaces, le feu s'y reflétera dans des millions de miroirs. Alors, je saurai que je suis un monstre tout à fait pur.


Gœtz répond à Nasty qui lui demande s'il sera toujours un « vacarme inutile » en faisant toujours le Mal pour le mal
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte I, scène V, p. 97 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Heinrich : [...] Le monde est iniquité ; si tu l'acceptes tu es complice, si tu le changes, tu es bourreau.


Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte I, scène VI, p. 108 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Gœtz : [...] Le Bien, c'est l'amour, bon : mais le fait est que les hommes ne s'aiment pas ; et qu'est-ce qui les en empêche ? L'inégalité des conditions, la servitude et la misère. Il faut donc les supprimer.


Gœtz explique à Nasty pourquoi il distribue ses terres à ses paysans
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte II, scène V, p. 119 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Gœtz : Je ne serai pas modeste. Humble tant qu'on voudra, mais pas modeste. La modestie est la vertu des tièdes.


Gœtz répond à Nasty qui tente de le convaincre d'être modeste, de ne pas vouloir faire le bien universel, pour être réellement bon
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte II, scène V, p. 124 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Gœtz : [...] Heinrich disait « il a suffit que deux hommes se haïssent pour que la haine, de proche en proche, gagne tout l'univers. » Et moi, je dis, en vérité il suffit qu'un homme aime tous les hommes d'un amour sans partage pour que cet amour s'étende de proche en proche à toute l'humanité.


Gœtz explique à Nasty pourquoi il est possible de faire le bien universel
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte II, scène V, p. 125 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Gœtz [...] Je sais que le Bien est plus pénible que le Mal. Le Mal ce n'était que moi, le Bien c'est tout.


Gœtz explique à Nasty pourquoi le Bien est si complexe
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte II, scène V, p. 125 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Nasty : Encore le jeu du pardon ? (Un temps.) C'est un jeu qui m'ennuie : je ne suis pas dans le coup. Je n'ai qualité ni pour condamner ni pour absoudre : c'est l'affaire de Dieu.


À Heinrich qui lui demande pardon pour sa trahison
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte II, scène IV, p. 147 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Nasty : Je ne veux pas que tu te réjouisses d'avoir mis des hommes à quatre pattes.


À Heinrich qui se réjouit de voir des hommes à l'église
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte II, scène I, p. 152 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Gœtz : [...] Par ma faute... Rien, je sonne creux. Tu veux de la honte, je n'en ai pas. C'est l'orgueil qui suinte de toutes mes plaies : depuis trente-cinq ans je crève d'orgueil, c'est ma façon de mourir de honte. Il faudra changer ça. (Brusquement.) Ote-moi la pensée ! Ote-la ! Fais que je m'oublie ! Change moi en insecte ! Ainsi soit-il !


À Dieu, reconnaissant que c'est de sa faute que Catherine se meurt d'amour
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte II, scène II, p. 153 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Hilda : [...] Pour moi, je ne sais pas ce que tu me réserves, je ne la connaissais guère mais si tu la condamnes, je ne veux pas de ton ciel. Crois-tu que mille ans de paradis me ferait oublier la terreur de ses yeux ? Je n'ai que mépris pour les élus imbéciles qui ont le coeur de se réjouir quand il y a des damnés en enfer et des pauvres sur la terre ; moi je suis du parti des hommes et je ne le quitterai pas ; tu peux me faire mourir sans prêtre et me convoquer par surprise à ton tribunal : nous verrons qui jugera l'autre.


Dans l'église criant contre la mort d'une femme
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte II, scène IV, p. 158 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Hilda : [...] Vous aussi, le Diable vous guette. Qui donc aura pitié de vous si vous n'avez pas pitié d'elle ? Qui donc aimera les pauvres si les pauvres ne s'aiment pas entre eux ?


Aux Villageois voulant chasser Catherine car ils la pensent damnée
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte II, scène V, p. 168 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Karl : Bravo ! Laissez les donc s'entre-tuer. La haine, les massacres, le sang des autres sont les aliments nécessaires de votre bonheur.


À l'instructeur qui lui affirme que le village n'est pas impliqué dans les conflits alentours et qu'il s'en moque
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte III, scène I, p. 180 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Gœtz : Plus ils m'aiment et plus je suis seul. Je suis leur toit et je n'ai pas de toit. Je suis leur ciel et je n'ai pas de ciel. Si, j'en ai un : celui-ci, vois comme il est loin. Je voulais me faire pilier et porter la voûte céleste. Je t'en fous : le ciel est un trou. Je me demande même où Dieu loge. (un temps) Je ne les aime pas assez : tout vient de là. J'ai fait les gestes de l'amour mais l'amour n'est pas venu : il faut croire que je ne suis pas doué.


À Hilda qui veut quitter le village, jalouse de l'amour des villageois pour Gœtz.
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte III, scène IV, p. 190 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Gœtz : Nasty , il faut pendre des pauvres. Les pendre au hasard, pour l'exemple : l'innocent avec le coupable. Que dis-je ? Ils sont tous innocents. Aujourd'hui je suis leur frère et je vois leur innocence. Demain, si je suis leur chef, il n'y a plus que des coupables et je ne comprends plus rien : je pends.


À Nasty qui souhaite que Gœtz, le meilleur capitaine de l'Allemagne, prenne le commandement de l'armée des pauvres qui est trop faible face au seigneur, et qu'il quitte son village idéal en paix.
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte III, scène V, p. 193 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Gœtz : Qui es-tu ?
Karl : Prophète comme toi.
Gœtz : Prophète de haine !
Karl : C'est le seul chemin qui mène à l'amour


Dialogue entre Karl et Gœtz, le premier voulant que l'armée des pauvres massacres les riches et le second qu'elle se disperse pour vivre dans le Christ, en refusant tout combat.
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte III, scène I, p. 202 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Karl : Les terres sont à vous : celui qui prétend vous les donner vous dupe, car il donne ce qui n'est pas à lui. Prenez-les ! Prenez et tuez, si vous voulez devenir des hommes. C'est par la violence que nous nous éduquerons


Réponse de Karl à Gœtz qui affirme aimer plus les pauvres, et qui en donne pour preuve, le don de ses terres qu'il fit
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte III, scène I, p. 207 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Gœtz : Et voilà, mon Dieu : nous sommes de nouveau face à face, comme au bon vieux temps où je faisais le mal. Ah ! Je n'aurais jamais dû m'occuper des hommes : ils gênent. Ce sont des broussailles qu'il faut écarter pour parvenir à toi. Je viens à toi, Seigneur, je viens, je marche dans la nuit : donne moi la main. Dis : La nuit, c'est toi, hein ? La nuit, l'absence déchirante de tout ! Car tu es celui qui est présent dans l'universelle absence, celui qu'on entend quand tout est silence, celui qu'on voit quand on ne voit plus rien. Vieille nuit, grande nuit d'avant les êtres, nuit de la disgrâce et du malheur, cache-moi, dévore mon corps immonde, glisse-toi entre mon âme et moi-même et ronge-moi.Je veux le dénuement, la honte et la solitude du mépris, car l'homme est fait pour détruire l'homme en lui-même et pour s'ouvrir comme une femelle au grand corps noir de la nuit. Jusqu'à ce que je goûte à tout, je n'aurai plus de goût à rien, jusqu'à ce que je possède tout, je ne possèderai plus rien. Jusqu'à ce que je sois tout, je ne serai plus rien en rien. Je m'abaisserai au-dessous de tous et, Seigneur, tu me prendras dans les filets de ta nuit et tu m'élèveras au-dessus d'eux.


Gœtz s'adressant à Dieu, chassé de l'armée des pauvres après le triomphe oratoire de Karl, et qui avoue avoir échoué face à la méchanceté des hommes.
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte III, scène II, p. 209 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Hilda : Nous n'irons pas au ciel, Gœtz, et même si nous y entrions tous les deux, nous n'aurions pas d'yeux pour nous voir, pas de mains pour nous toucher. Là-haut, on ne s'occupe que de Dieu. (Elle vient le toucher) Tu es là : un peu de chair usée, rugeuse, misérable, une vie - une pauvre vie. C'est cette chair et cette vie que j'aime. On ne peut aimer que sur cette terre et contre Dieu.


Hilda s'adressant à Gœtz, qui lui demande pourquoi elle a voulu survivre étant assuré qu'elle le reverrait au Ciel.
Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte III, scène III, p. 212 (voir la fiche de référence de l'œuvre)




Questions de méthode, 1957[modifier]
Ces trois philosophies [Descartes/Locke, Kant/Hegel, Marx] deviennent, chacune à son tour, l’humus de toute pensée particulière et l’horizon de toute culture, elles sont indépassables tant que le moment historique dont elles sont l’expression n’a pas été dépassé.


Critique de la Raison dialectique, précédé de Questions de méthode. Tome I. (1960), Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de Philosophie., 1960 (ISBN 2-07-070493-9), partie Questions de méthode, p. 21




Nul doute que cette anémie pratique devienne une anémie de l’homme marxiste – c’est à dire de nous, hommes du XXe siècle, en tant que le cadre indépassable du Savoir est le marxisme et en tant que ce marxisme éclaire notre praxis individuelle et collective, donc nous détermine dans notre existence. .


Critique de la Raison dialectique, précédé de Questions de méthode. Tome I. (1960), Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de Philosophie., 1960 (ISBN 2-07-070493-9), partie Questions de méthode, Conclusion, p. 130




Les Mots, 1964[modifier]
Le Progrès, ce long chemin ardu qui mène jusqu'à moi.


Les Mots (1964), Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, coll. folio, 1972 (ISBN 2-07-036607-3), partie Lire, p. 24




Qu'ils écoutent mon babillage ou l'art de la fugue, les adultes ont le même sourire de dégustation malicieuse et de connivence ; cela montre ce que je suis au fond : un bien culturel. La culture m'imprègne et je la rends à la famille par rayonnement, comme les étangs, au soir, rendent la chaleur du jour.


Les Mots (1964), Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, coll. folio, 1972 (ISBN 2-07-036607-3), partie Lire, p. 28




Le génie n'est qu'un prêt : il faut le mériter par de grandes souffrances, par des épreuves modestement, fermement traversées.


Les Mots (1964), Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, coll. folio, 1972 (ISBN 2-07-036607-3), partie Lire, p. 54




J'avais vu les romans d'aventures, je les avais convoités, réclamés, pouvait elle me les refuser ? [...] À lui de choisir : ou je ne prophétisais point, ou l'on devait respecter mes goûts sans chercher à les comprendre. Père, Charles Schweitzer eût tout brûlé. Grand-père, il choisit l'indulgence navrée. Je n'en demandais pas plus et je continuai paisiblement ma double vie. Elle n'a jamais cessé : aujourd'hui encore, je lis plus volontiers les "Série Noire" que Wittgenstein.


Les Mots (1964), Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, coll. folio, 1972 (ISBN 2-07-036607-3), partie Lire, p. 60




Un jour, je découvris une inscription toute fraîche sur le mur de l'école, je m'approchai et je lus :" le père Barrault est un con." Mon coeur battit à se rompre, la stupeur me cloua sur place, j'avais peur." Con", ça ne pouvait être qu'un de ces "vilains mots" qui grouillaient dans les bas-fonds du vocabulaire et qu'un enfant bien élevé ne rencontre jamais; court et brutal, il avait l'horrible simplicité bébête élémentaires. C'était déjà trop de l'avoir lu : je m'interdis de le prononcer, fût-ce à voix basse. Ce cafard accroché à la muraille, je ne voulais pas qu'il me sautât dans la bouche pour se métamorphoser au fond de ma gorge en un claironnement noir. Si je faisais semblant de ne pas avoir remarqué, peut-être rentrerait-il dans un trou de mur. Mais, quand je détournais mon regard, c'était pour retrouver l'appellation infâme :" le père Barrault" qu'il épouvantait plus encore : le mot "con", après tout, je ne faisais qu'en augurer le sens ; mais je savais très bien qui on appelait "père untel" dans ma famille : les jardiniers, les facteurs, le père de la bonne, bref les vieux pauvres.[...] Il me semblait à la fois qu'un fou cruel raillait ma politesse, mon respect, mon zèle, le plaisir que j'avais chaque matin à ôter ma casquette en disant " bonjour, Monsieur l'instituteur " et que j'étais moi-même ce fou, que les vilains mots et les vilaines pensées pullulaient dans mon coeur. Qu'est-ce qui m'empêchait, par exemple, de crier plein gosier : " ce vieux sagouin pue comme un cochon. " Je murmurai :" le père Barrault pue " et tout se mit à tourner : je m'enfuis en pleurant. Dès le lendemain je retrouvai ma déférence pour M. Barrault, pour son col de celluloïd et son noeud à papillon.


Les Mots (1964), Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, coll. folio, 1972 (ISBN 2-07-036607-3), partie Lire, p. 62




Faute de renseignements plus précis, personne, à commencer par moi, ne savait ce que j'étais venu foutre sur terre.


Les Mots (1964), Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, coll. folio, 1972 (ISBN 2-07-036607-3), partie Lire, p. 70




Mais, par la suite, dans le Dieu fashionable qu'on m'enseigna, je ne reconnus pas celui qu'attendait mon âme : il me fallait un Créateur, on me donnait un Grand Patron ; les deux n'étaient qu'un mais je l'ignorais ; je servais sans chaleur l'Idole pharisienne et la doctrine officielle me dégoûtait de chercher ma propre foi.[...] Une seule fois, j'eus le sentiment qu'Il existait. J'avais joué avec des allumettes et brûlé un petit tapis; j'étais en train de maquiller mon forfait quand soudain Dieu me vit, je sentis Son regard à l'intérieur de ma tête et sur mes mains ; je tournoyais dans la salle de bains, horriblement visible, une cible vivante. L'indignation me sauva : je me mis en fureur contre une indiscrétion si grossière, je blasphémai, je murmurai comme mon grand-père : "Sacré nom de Dieu de nom de Dieu." Il ne me regarda plus jamais.[...]. Aujourd'hui, quand on me parle de Lui, je dis avec l'amusement sans regret d'un vieux beau qui rencontre une ancienne belle : "Il y a cinquante ans, sans ce malentendu, sans cette méprise, sans l'accident qui nous sépara, il aurait pu y avoir quelque chose entre nous. ". Il n'y eut rien.


Les Mots (1964), Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, coll. folio, 1972 (ISBN 2-07-036607-3), partie Lire, p. 78




Plus absurde est la vie, moins supportable la mort.


Les Mots (1964), Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, coll. folio, 1972 (ISBN 2-07-036607-3), partie Lire, p. 81
Information-silk.svg Citation choisie citation du jour pour le 31 mars 2008.






Elle ne croyait à rien; seul, son scepticisme l'empêchait d'être athée.


Les Mots (1964), Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, coll. folio, 1972 (ISBN 2-07-036607-3), partie Lire, p. 81-87




En sa présence, j'avais autrefois demandé la permission de lire Madame Bovary et ma mère avais pris de sa voix trop musicale : "Mais si mon petit chéri lit ce genre de livre à son âge, qu'est-ce qu'il fera quand il sera grand?" - "Je les vivrai!" Cette réplique avait connu le succès le plus franc et le plus durable.


Les Mots (1964), Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, coll. folio, 1972 (ISBN 2-07-036607-3), partie Lire, p. 87




La glace m'avait appris ce que je savais depuis toujours : j'étais horriblement naturel. Je ne m'en suis jamais remis.


Les Mots (1964), Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, coll. folio, 1972 (ISBN 2-07-036607-3), partie Lire, p. 89




Citations sur Jean-Paul Sartre[modifier]
Jean-Paul Sartre avait une petite voix pincée de présentateur d’actualités cinématographiques d’avant-guerre.


Dictionnaire égoïste de la littérature française, Charles Dantzig, éd. Grasset, 2005, p. 43

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