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Publié par Patrick Granet

Après les années fastes des Trente Glorieuses, le capitalisme est entré de nouveau dans un
cycle de crise. Ses tentatives d'adaptations et de restructurations ces trente dernières
années ont finalement débouché sur une crise plus aiguë depuis 2007-2008. Pour s'adapter
encore, il tente aujourd'hui d'imposer aux populations des politiques d'austérité, comme
seule possibilité de sortie de crise. Pourtant, ces politiques ont eu pour conséquence,
jusqu'à présent, d'aggraver la récession qui a suivi la crise financière, et on voit mal
comment elles pourraient permettent une sortir de crise. S'il est difficile de prédire
l'avenir du système capitaliste, on peut néanmoins envisager plusieurs scénarios possibles
pour les années à venir, si ces mêmes politiques se poursuivent.


Nous allons exposer quelques-uns de ces scénarios. Enfin, il nous paraît important
d'analyser les propositions politiques et économiques qui se présentent comme des
alternatives face à la crise et aux politiques d'austérité. Tout en se gardant de les
mettre sur le même plan, nous critiquerons les propositions issues de l'extrême droite ou
de la gauche du parti socialiste, dans la mesure où elles ne remettent pas en cause
fondamentalement le système capitaliste, et ne peuvent constituer, à nos yeux, des
solutions à même de satisfaire les besoins des populations.


Quelques scénarios envisageables


A l'échelle de l'Europe, la récession a été marquée sans que rien n'indique qu'elle soit
réellement finie, et les situations financières des États comme du secteur bancaire
apparaissent toujours très instables et difficilement prévisibles. Ces dernières années,
les chefs ou les ministres des finances des États membres multipliaient les rencontres,
les visites et les réunions d'urgence. A chaque fois, ils présentaient de nouvelles
mesures censées éviter le pire, qui étaient soit de simples effets d'annonce soit des
emplâtres sur une jambe de bois, mon-
trant que, malgré leur volonté
de donner un sentiment de

contrôle, ils ne maîtrisaient en
rien la situation. Au-delà de la
tension sur les dettes souve-
raines et de l'instabilité finan-
cière, la situation de crise ac-
tuelle a des origines multiples,
générées par les paradoxes
et contradictions du système
capitaliste lui-même. Cepen-
dant, on ne peut pas pro-
phétiser la fin de ce système,
celui-ci ayant déjà traversé
de nombreuses autres crises
et réussi à s'adapter, le plus
souvent au prix de grands sa-
crifices pour les populations.
Il est malgré tout possible
d'imaginer plusieurs options
réalistes sur l'évolution de la
situation actuelle. Au regard
des politiques menées par les
gouvernements en Europe se
dégagent trois grands

types
de scénarios.


L'un pourrait être très bru-
tal, s'apparentant à un effon-
drement général du secteur
financier sur un laps de temps
assez court. Il a été évité à
plusieurs reprises entre 2010
et 2013, notamment par l'in-
jection de liquidités dans le
secteur bancaire. C'est le
scénario catastrophe le plus
dangereux pour le système
capitaliste, mais aussi pour la
société. Un tel effondrement
des marchés et du système
monétaire peut faire suite
au défaut de paiement d'un
agent économique impor-
tant, par exemple le défaut
de paiement d'un État ou la
faillite d'une grosse banque.
Par effet domino, ce défaut de
paiement entraîne dans son
sillage la faillite d'autres ac-
teurs économiques, États ou

le blocage des échanges, des
flux, des transactions.


Bien que certains États
et zones économiques aient
déjà traversé ce type de crise
au cours de l'histoire, les
phénomènes jamais égalés
d'interconnexion économique
qui existent de nos jours per-
mettent difficilement d'ima-
giner les conséquences pos-
sibles d'un tel effondrement à
l'échelle planétaire. La crise
de 1929 correspond à l'une
des périodes de l'histoire per-
mettant de se représenter ce
phénomène. En 1932, le taux
de chômage atteint le taux de
36 % aux États-Unis et 44 %
en Allemagne. En France, il
passe, en moins de deux ans,
de 2 % à plus de 15 % dans
le secteur industriel. En moins
de trois ans, la plupart des
banques américaines ont fait
faillite.

Dans ce scénario, la crise
économique s'accompagne
immédiatement d'une crise
sociale majeure, et devient très
rapidement une crise huma-
nitaire. Aujourd'hui, les pré-
visions économiques moins
catastrophiques pour 2014
semblent éloigner un peu une
telle perspective. Pourtant de
nombreux éléments d'insta-
bilité observables persistent
et rendent cette hypothèse
toujours envisageable. L'en-
dettement des États a atteint
des niveaux difficilement sou-
tenables, et peut rapidement
s'alourdir d'avantage par une
reprise de l'augmentation des
taux d'intérêts sur les dettes,
fixés par le secteur financier.


Ce dernier a lui-même affiché
de nombreuses pertes, si bien
que personne ne connaît la
solvabilité réelle des banques.
Par exemple, les banques
espagnoles sont endettées
auprès de la BCE à hauteur
de 375 milliards d'euros [1]

endant que le nombre de
défauts de paiement sur les
crédits immobiliers qu'elles
ont accordés continuent
d'augmenter. Les banques
italiennes ont, elles aussi, de
grandes difficultés financières,
comme le reflète l'abaisse-
ment en juillet 2012, pour 13
d'entre elles, de leur note par
l'agence financière Moody's.
Autre exemple, Dexia, banque
d'emprunt pour les collectivi-
tés territoriales et autres éta-
blissements publics, aurait fait
faillite dès 2008 sans l'injec-
tion de 6,4 milliards d'euros
des gouvernements français,
belges et luxembourgeois.
Malgré l'argent public injecté
par milliards, cette banque
affiche plus de 12 milliards de
perte en 2011. Depuis, son
démantèlement s'est effectué
via un plan de résolution qui
nécessite encore une garantie
publique de 71 milliards de la
part des États belge et fran-
çais.



Enfin, l'épisode récessif qui
s'est propagé à la presque to-
talité des pays européens ces
dernières années n'est pas
clos, malgré le léger mieux de
la fin d'année 2013. Un retour
de la récession n'est pas à ex-
clure au regard d'un chômage
toujours très massif, d'une
consommation plutôt atone
et d'autres indicateurs éco-
nomiques peu encourageants
notamment pour la France ou
----------------------------

[1]
http://understandingmonetaryeconomics.com/la-bombe-a-retardement-du-systeme-bancaire-europeen/
-------------------------------------------------
l'Italie, respectivement deuxième et troisième économie de la zone euro. Un retournement de
tendance dans ces pays risquerait d'entraîner toute l'Europe dans une sévère dépression. Cela
fragiliserait l'ensemble des acteurs économiques, États, banques, ou entreprises, et
amplifierait
la tension sur les dettes des États. Dans ce contexte, le risque de faillite d'une
institution ou d'un
État, suivie d'un effet de panique boursière, puis de nouvelles faillites entraînant une
panique
généralisée, est toujours présent.


Dans un deuxième scénario, le secteur financier ne s'effondrerait pas en entraînant le
reste de
l'économie dans sa chute. Par contre, on pourrait faire face comme en 2010 avec la Grèce,
à une
dégradation incontrôlée de la dette d'un état de la zone euro. Ou encore à de nouveaux
problèmes
de solvabilité de certaines banques. On assisterait alors à la mise en place de plans
d'austérité
ultra violents, à de très fortes tensions sur la dette des États les plus en difficultés
et à une
récession importante. Les perspectives resteraient sombres, avec toujours la menace d'une
forte
et rapide dégradation des conditions de vie des populations de la plupart des pays européens.


La faillite « contrôlée » de l'État grec, endetté à hauteur de 160 % de son produit intérieur
brut, et la cure d'austérité imposée à la population montrent à quel point la situation
peut se
détériorer rapidement. La restructuration de la dette grecque a fait exploser celle de son
voisin,

Chypre [1] , et a entraîné de nombreuses pertes dans toute l'Europe. L'écroulement de
l'économie
grecque pèse aussi sur le ralentissement de la croissance en Europe. La Grèce n'est pas un
phé-
nomène isolé, puisque tous les États de la zone euro ont vu leurs dettes exploser sous
l'effet des
politiques libérales et de la socialisation des pertes du secteur privé en 2008 et 2009.
En Espagne
et au Portugal, qui connaissent eux aussi une profonde récession et un fort endettement
privé et
public, la situation pourrait devenir hors de contrôle et les conditions de vie se
dégrader à une
vitesse dramatique. Les taux d'emprunt de ces deux États pourraient de nouveau atteindre des
niveaux insoutenables, entraînant de nouveaux plans d'aides exceptionnels assortis de mesures
d'austérité toujours plus drastiques qui ne pourront qu'étendre la crise. Le risque de
contagion
est particulièrement fort dans la mesure où les économies européennes sont fortement interdé-
pendantes [2] et que les pertes générées seront difficiles à couvrir.
-------------------------------------
[1] Les dirigeants de la zone euro se sont mis d'accord fin 2011 pour déprécier la valeur
des obligations souveraines
grecques détenues par le secteur privé afin de réduire la dette de la Grèce d'environ 100
milliards d'euros. Les banques
chypriotes qui détenaient des obligations souveraines grecques ont alors perdu environ 80
% ou 81 % de leur investisse-
ment total, soit 4,2 milliards d'euros, ce qui représentait 24 % du PIB de l'île.
(Source : http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRL6E8I67SZ20120706)

[2] Plus des deux tiers des échanges de l'Union européenne ont lieu entre les vingt-sept
états membres (Source : http://
fr.wikipedia.org/wiki/économie_de_l'Union_européenne )
-----



Dans ce contexte, les capitalistes développent leur stratégie de rapa-
cité. Sans plan précis de sortie de crise sur le long terme, ils se focalisent
sur la défense de leurs intérêts à court terme pour optimiser leurs profits.
Ici, par des privatisations, là par la baisse de la rétribution du travail, ou
ici encore par l'attaque sur le salaire différé, en exonérant les employeurs
des cotisations qu'ils doivent verser pour chaque salaire et qui financent
directement la protection sociale collective. Ces exonérations favorisent
le capital des entreprises au détriment de la prise en charge des soins
médicaux de la population, des retraites, des allocations familiales et des
indemnités en cas d'arrêts maladie, de congés maternité, d'accidents du
travail ou de maladies professionnelles.


Ainsi la cure d'austérité, déjà imposée dans de nombreux pays, serait
la principale réponse des élites coincées dans un schéma idéologique
et dans une philosophie du « sauvons les meubles », même si, à moyen
et long terme, elles risquent de scier la branche sur laquelle elles sont
elle-mêmes assises. Ce faisant, la récession ne pourra que s'aggraver,
et mettre dans le rouge d'abord l'Italie, puis le dernier carré des pays
les moins touchés dont la France et l'Allemagne. Dans ce scénario, la
situation sociale catastrophique des Grecs ou des Espagnols deviendrait
rapidement le lot commun de tous les pays de la zone euro. Cette dés-
tabilisation rapide de la société européenne entraînerait mécaniquement
une instabilité politique, sur fond de mouvements sociaux, mais aussi de
répression et de montée des groupes fascistes et de leur discours de
« rétablissement de l'ordre ».


Le troisième scénario envisageable, assez proche du précédent, dif-
fère sur le rythme, plus lent, de la dégradation économique et sociale.

-------------------------------



Les mêmes principes géné-
raux sont à l'oeuvre, c'est-à-
dire une forte pression sur les
dettes des États, une instabi-
lité financière, une récession
économique alternant avec
des périodes de faible crois-
sance, et toujours la volonté
politique de la bourgeoisie d'en
profiter pour capter une plus
grande part des richesses.
Mais les politiques d'austérité,
qui sont le moyen de capter
ces richesses, se mettent en
place de façon plus progres-
sive. Les États et le secteur
financier réussissent à gar-
der un semblant de stabilité
dans cette crise en évitant
que les marchés des dettes
ne s'affolent, que les taux
d'intérêt ne s'envolent ou que
les paniques boursières ne
déstabilisent l'ensemble. Par
conséquent, la baisse d'acti-
vité économique se poursuit,
mais à un niveau sans com-
mune mesure avec les -6 % du
PIB de la Grèce en 2011. La

régression sociale s'effectue
lentement, pas à pas, couche
après couche. Dans ce cas,
l'effet domino fonctionne au
ralenti. La dégradation dans
un pays a évidemment une in-
cidence négative sur d'autres
secteurs et d'autres pays,
mais progressivement, ce qui
permet aux gouvernements de
gérer au fur et à mesure, sans
faire des plans d'austérités
trop brutaux d'un coup.
La population a tendance
à accepter plus facilement les
mesures antisociales, sans
se rendre totalement compte
des conséquences directes
des politiques d'austérité.
Son seuil d'acceptabilité croît
parallèlement à celui de la ré-
gression sociale. C'est un peu

'exemple de la France jusqu'à
aujourd'hui, où les politiques
d'austérité sont déjà à l'oeuvre
depuis 2011, une petite me-
sure suivant une petite mesure,
mais sans que la société n'en
ait pleinement conscience ni
que les résistances s'orga-
nisent. Malgré une accéléra-
tion de ces mesures en 2013
avec un cadeau au patronat
de 20 milliards de crédit d'im-
pôt, l'inscription dans la loi
des mesures de l'ANI au prin-
temps 2013, puis de l'adop-
tion de la « réforme » des
retraites à l'automne suivant,
et enfin la suppression des
cotisations patronales sur la
branche famille dans le cadre
du pacte de responsabilité :
ces régressions sociales ma-
jeures n'ont donné lieu qu'à
des oppositions marginales.
Dans ce scénario, ce sont dix
ans d'austérité qui sont pro-
grammés, à la fin desquels
les capitalistes seront arrivés
à leur fin, celle d'augmenter

la part des richesses qu'ils
ponctionnent. Dans ce laps de
temps, l'Europe aura connu de
grandes régressions sociales.
Dans tous les cas, quel
que soit le scénario, il faut
s'attendre à une dégradation
importante des conditions
sociales en Europe. Cette
dégradation entraînera de
façon certaine une progres-
sion des tensions sociales.
L'inconnu réside dans les
formes d'expression qu'elles
prendront.Elles peuvent
prendre le contour positif de
mouvements de protestation
de masse qui ouvrent de nou-
velles perspectives émanci-
patrices ou, au contraire, ou-
vrir la voie à une montée du
fascisme, de la xénophobie et
du cannibalisme social.


En plus de la montée glo-
bale des tensions sociales,
les tensions géopolitiques ne
peuvent que s'accentuer elles
aussi. En cas d'effondrement
généralisé, les États n'auro

plus de système de valeur
pour effectuer leurs échanges
vitaux. Et si l'on regarde l'his-
toire de l'humanité, lorsque
différents États ne peuvent
plus échanger par le biais du
marché, de l'échange, du troc
ou du don, les tensions entre
ces derniers s'exacerbent
jusqu'au conflit armé.


Même sans effondrement
du système, la concurrence
acharnée entre les États et les
zones économiques, asso-
ciée à la montée des natio-
nalismes, exacerbent le risque
de guerre. Déjà, depuis le
début de la crise en 2008,
l'État français a été l'acteur
principal de la guerre en Lybie
et au Mali, et aujourd'hui en
Centrafrique.


Enfin, l'ensemble de ces
tensions et l'absence de solu-
tions de sortie de crise pour-
raient nous propulser vers la
guerre, dans la mesure où

ans la mesure où
elle représente aux yeux des
capitalistes une option pos-
sible pour réamorcer le sys-
tème et ainsi redistribuer les
cartes du jeu. Outre la guerre
entre États, la « guerre inté-
rieure » est une autre arme
que les gouvernements ont à
leur disposition. Elle s'illustre
par le traitement sécuritaire
des mouvements sociaux et
politiques, à la fois pour gar-
der le contrôle politique de la
situation et pour développer
le marché de la « sécurité »
d'ores et déjà en expansion.


L'Extrême-droite et la crise : la politique du pire


Les périodes de crise économique passées ont toujours
offert un tremplin à l'extrême droite qui se présente alors
comme une alternative. La crise économique que nous traver-
sons actuellement ne fait pas exception. En France, mais aussi
en Grèce et dans de nombreux pays européens, les extrêmes
droites, qu'elles soient populistes, nationalistes ou clairement
fascistes, refont surface de façon spectaculaire.



La stratégie des fascistes consiste à développer un discours
« anticapitaliste » de façade qui se garde bien de s'attaquer
aux bases du capitalisme, à savoir la propriété privée des
moyens de production et de distribution, l'exploitation sala-
riale et le profit. Ils se contentent de dénoncer la « culture
matérialiste » bourgeoise, et de dissocier et opposer artifi-
ciellement un capitalisme industriel et national vertueux, au
capitalisme financier, le second étant accusé de tous les maux,
et souvent associé aux juifs amalgamés aux banquiers dans la
longue tradition antisémite.


Ce discours prétendument anticapitaliste, dénonçant le
« capitalisme financier » en se gardant bien de remettre en
cause la bourgeoisie et le patronat français, vise à donner une
image « révolutionnaire » à ce qui n'est rien d'autre que la
dernière ligne de défense de l'ordre capitaliste, la plus brutale,
liberticide, et la plus mortifère pour les travailleuses et les
travailleurs.


Les extrêmes droites cherchent ainsi à se présenter comme
un recours ou une alternative face au chaos engendré par
la crise. Ils proposent un État fort, fondé sur l'usage décom-
plexé de la coercition, et un capitalisme national. Poussant
la logique d'union sacrée nationaliste jusqu'à son aboutisse-
ment, ils combattent tout ce qui est apparenté, pour eux, à une
oeuvre de « division » : en premier lieu, le mouvement ouvrier
et syndical, accusé d'affaiblir la « nation » dans la compéti-
tion internationale. Le seul type de syndicalisme toléré est un
syndicalisme corporatiste, qui sert de moyen d'encadrement

es travailleuses et travailleurs, organisant et promouvant la
collaboration de classe au profit des patrons et actionnaires,
tout cela au nom du « redressement du pays ».


Dans les faits, les régimes fascistes et nationalistes ont
toujours eu pour conséquence une régression brutale de la
situation des travailleuses et des travailleurs, et n'ont pu se
maintenir qu'à travers la guerre. Les seules « améliorations »
proposées aux travailleuses et travailleurs nationaux étant
le fruit de l'asservissement des travailleuses et travailleurs
étrangers par une politique
impériale.


Aujourd'hui, le programme
nationaliste face à la crise
s'articule autour d'une sor-
tie de la monnaie unique, de
l'intervention directe de la
banque centrale de chaque
pays, du refus des plans
d'aides aux autres pays de la
zone euro, et du soutien de
l'État aux petites et moyennes
entreprises, ainsi qu'aux bas
sa

Finalement, une ver-
sion actualisée du classique
retour à un état national fort
qui s'appuie sur un capita-
lisme national. Il met de plus
l'accent sur la chasse aux
supposés fraudeurs aux allo-
cations sociales, et stigma-
tise l'immigration, l'accusant
d'être un coût, une charge, et
d'être à la source des maux de
la société ; recyclant ainsi le
fantasme fasciste, d'un enne-
mi qui rongerait la nation de
l'intérieur.


Ces deux derniers thèmes
sont parfaitement démago-
giques. Ils concourent à dési-
gner des boucs émissaires,
pour mieux masquer la res-
ponsabilité du système éco-
nomique. Ils ne font qu'aller
dans le sens des libéraux qui
ont pour objectif de s'atta-
quer le plus possible au sa-
laire différé que représentent
les diverses allocations. En
effet, allocations retraites,
chômages et assurance ma-
ladie sont une part du salaire,
socialisée et différée, arra-
chée au patronat par la lutte

-

que celui-ci cherche à rogner
et supprimer de toutes les
manières possibles pour ac-
croître ses profits, par le biais
de prétextes tels que la fraude
ou la réduction du prétendu
trop élevé « coût du travail ».
C'est là pour eux un moyen de
réduire la part de leurs dé-
penses et d'augmenter leurs
bénéfices. La chasse aux frau-
deurs pauvres a déjà été lar-
gement mise en route par les
précédents gouvernements,
et a eu pour effet de réduire
l'accès des plus démuni-e-s à
leurs droits, et ainsi de faire
plonger encore plus de per-
sonnes dans l'extrême pau-
vreté. Or ce que propose l'ex-
trême droite, c'est d'appliquer
cette même politique, mais
de façon encore plus brutale.
Loin de défendre « les petites
gens », comme elle tente de

Les autres propositions
économiques de l'extrême
droite ne remettent pas non
plus en cause le capitalisme.
Elles s'attaquent symbolique-
ment à la dynamique inter-
nationale du capital, consi-
dérée historiquement par les
fascismes comme apatride
et contraire à l'intérêt de la
nation, abstraction qu'ils pla-
cent au-dessus de tout. D'où
la proposition de sortie de
l'euro. Cette proposition n'a
pour fonction que de mobi-
liser des symboles, car, en
le faire croire, son programme

Cette proposition n'a
pour fonction que de mobi-
liser des symboles, car, en
soi, elle ne peut avoir d'effet
positif sur la crise actuelle.
L'idée avancée est le retour
de la souveraineté nationale
sur la monnaie, permettant,
selon eux, de maîtriser sa dé-
valuation et l'inflation, dans le
but d'augmenter la compéti-
tivité des exportations, mais
aussi de financer la dette de
l'état. Cependant, avec une
monnaie plus faible, les im-
portations s'en trouveraient
d'autant renchéries, annulant
les effets présentés

comme
positifs d'une dévaluation, et
risquant fort d'entraîner une
baisse du niveau de vie, du
fait d'une augmentation des
prix des produits importés.
De plus, cela n'annulerait en
rien les dettes de l'État. Au
contraire, les créances libel-
lées en euros se trouveraient,
selon le principe de continuité
des contrats, augmentées du
montant de la dévaluation,
augmentant ainsi le montant
des dettes. De plus, face aux
difficultés accrues de rem-
boursement de la dette de
l'état, due à la dévaluation de
la monnaie, les taux d'intérêts
augmenteraient certainement
fortement, diminuant ainsi les
capacités d'investissement et
alourdissant les charges des
dettes.

Passer au franc ne résoudrait ainsi en rien la crise des dettes souveraines, ni la crise
financière,
et encore moins la crise de débouchés solvables pour la production capitaliste.
L'intervention de
la banque de France pour financer l'État pourrait certes
alléger un peu le poids des sommes à rembourser,
mais là encore, l'État resterait, de toute façon,
impuissant pour s'attaquer aux autres di-
mensions de la crise.


Quant au retour à un capitalisme natio-
nal avec l'aide aux entreprises françaises,
le soutien aux bas salaires pour stimu-
ler la demande intérieure et l'arrêt des
aides aux pays en difficulté, ces mesures
n'auraient pas d'effets notables. Ce
patriotisme productif, qui ne
remet pas en cause les
fonctionnements fondamentaux du capitalisme, risquerait même d'accélérer le ralentissement
économique. En effet, les économies européennes sont liées les unes aux autres, puisque les
productions d'un pays de la zone euro sont pour l'essentiel écoulées sur les marchés des
autres
pays de la zone euro. Dans ce contexte, une politique isolationniste et indifférente à
l'effondre-

ment des pays voisins ne pourrait que réduire les possibilités d'exportations, sans pour
autant
limiter proportionnellement les besoins en produits d'importation, notamment énergétiques. Le
tout accentuerait à la fois le déséquilibre de la balance commerciale et la récession
économique.


Pour conclure, le programme économique prôné par les extrêmes droites, ne permet nullement
d'envisager une sortie de crise, et aurait probablement comme conséquences une augmentation
de la dette de l'État et une aggravation de la crise.


L'extrême-gauche et la crise : les impasses «alternatives»


Pour celles et ceux épris de justice sociale,
d'égalité et de liberté, la question d'une alter-
native aux politiques d'austérité de tendances
libérales ou aux replis nationalistes est essen-
tielle, si nous ne voulons pas assister impuis-
sants aux effets destructeurs de cette politique
sur la société et prendre le risque d'un retour à
des États ultra-autoritaires. Mais pour l'essen-
tiel des forces politiques à gauche du Parti
Socialiste, l'horizon de l'alternative reste ixé
sur une régulation de l'économie par l'État et
sur des propositions de réformes dans le cadre
du système économique et politique actuel.
Les principales propositions s'articulent autour
d'un contrôle des banques par la nationalisa-
tion, l'expropriation ou la réquisition, de l'annu-
lation en partie ou entièrement de la dette, de
l'interdiction des licenciements, d'une réforme
de l'Union Européenne avec notamment le
contrôle par les États de la Banque Centrale
Européenne (BCE) et de la taxation du capital
et des transactions financières.

La mise en oeuvre de certaines de ces pro-
positions, à l'échelle européenne, à la place

des politiques d'austérité, pourrait produire
quelques avancées au niveau des conditions de
vie des populations tout en accordant plus de
droits sociaux et de garanties aux travailleur-
ses. De même, l'application de ces mesures
pourrait mettre fin à la période néolibérale qui a
fait tant de dégâts ces trente dernières années.
Pour autant, il s'agit d'une remise en cause du
néolibéralisme, qui consiste donc à revenir à un
mode antérieur de gestion du système capita-
liste, le keynésianisme, plutôt que de remettre
en cause le capitalisme lui-même et sa nature
destructrice. Or, ce n'est pas seulement le
mode de gestion néolibéral qui est en crise,
mais le système économique capitaliste dans
son ensemble. De ce fait, la proposition de
retour à la situation antérieure à l'offensive
libérale pour sortir de la crise nous paraît être
une illusion. Et l'idée selon laquelle les popu-
lations reprendraient ainsi le contrôle de leur
destinée est une mystification.


En effet, toutes ces propo-
sitions partent du postulat que
l'État répondrait à une dyna-
mique par nature contraire à
celle du capitalisme ou, tout du
moins, à celle du libéralisme.
L'État serait ainsi le garant de
l'intérêt général face aux inté-
rêts privés. Pourtant, les faits

présents et passés montrent
qu'il y a toujours collusion
entre le pouvoir politique des
États et le pouvoir économique
des détenteurs du capital. La
mise en route du néolibéra-
lisme vers la fin des années
70 n'a pas été une lutte entre
les entreprises et l'État. Bien
au contraire, ce sont les États
qui ont organisé les cadres
politiques, administratifs et
juridiques de la dérégulation
des marchés. Du Chili de Pi-
nochet à l'Amérique de Rea-
gan ou l'Angleterre de That-
cher, c'est par la puissance de
l'État qu'ont été imposées


Les propositions de la
« gauche de la gauche »,
pour répondre à la crise, sont
pour l'essentiel centrées sur
des mesures alternatives de
réduction de la dette et de
lutte contre la financiarisation
du capitalisme. Mais elles font
généralement l'impasse sur la
crise profonde du capitalisme,
et ne donnent aucune pers-
pective de rupture avec ce
système. Les mesures qu'elle
propose consistent donc à
composer avec les intérêts
capitalistes, puisqu'il ne s'agit
pas de changer le régime de
propriété ni de remettre en
cause la notion de profit.
On peut cependant imaginer
que ces propositions puissent
réussir à désendetter par-
tiellement les États. En effet,
le retour à une « souverai-
neté » monétaire, par laquelle
les États se financent auprès
de leur banque centrale, sans
taux d'intérêts, plutôt que sur
les marchés financiers, pour-
rait faire baisser la charge de

C'est bien parce
que cet équilibre factice entre les travailleurs-euses et les détenteurs
du capital avait atteint ses limites que les capitalistes ont décidé de
changer de cap avec l'offensive néolibérale de la fin des années 70.
On imagine mal un retour en arrière sans contrepartie et sans que les
capitalistes en ressentent l'urgence, et cela, quelle que soit la bonne
volonté affichée des dirigeant-e-s politiques.

Et quand bien même un tel compromis serait réalisable, il ne nous
paraîtrait pas satisfaisant. Nous refusons de nous fixer comme finalité
la poursuite d'une société fonctionnant sur la propriété privée, sur le
profit et sur l'exploitation du travail par le salariat, même en échange
d'une certaine stabilité et d'une redistribution plus importante de
la part des richesses que nous produisons. Le fait d'y associer un
secteur public étatique plus fort n'offre aucun espoir de mettre fin à
l'exploitation.

Ainsi, le recours à l'État, ne serait-ce que pour corriger les effets
négatifs du capitalisme, relève aujourd'hui de l'utopie. Que ce soit
pour sortir de la crise ou pour nous protéger de la voracité des inves-
tisseurs, l'État n'est pas un instrument neutre, et encore moins un
instrument qui serait de notre côté. Par conséquent, dans la confron-
tation qui va opposer dans toute l'Europe les peuples aux possé-
dant-e-s, donner comme perspective de se tourner vers l'État revient
à désarmer la population. Ce type de propositions, portées par une

large part de la gauche du Parti Socialiste ou par une partie du mou-
vement social, met en avant l'illusion d'un État sauveur. Cela ne peut
que pousser les travailleur-se-s à lui déléguer le pouvoir d'agir plutôt
que de lutter, et ainsi affaiblir les résistances sociales et conduire
à la résignation. Sur ce point, même l'extrême gauche cultive cette
illusion en réclamant à la fois le contrôle de l'État sur les marchés et
le contrôle ouvrier, voire parfois l'autogestion des usines. Ces deux
logiques sont complètement antagonistes, et il faudra choisir entre
la lutte active ou la délégation passive.


En ne s'attaquant pas aux fondements mêmes du capitalisme, à
savoir la propriété privée, la recherche du profit comme moteur de la
production, l'exploitation du travail comme moyen de créer ce profit,
la croissance perpétuelle comme condition sine qua non de l'équi-
libre général, ces différentes options, libérales, nationalistes ou key-
nésienne ne permettent pas d'imaginer sortir de la crise multiforme
que nous traversons, et encore moins de satisfaire les besoins des
populations. D'autant qu'en plus de la crise de la dette, de la crise
financière et d'une crise de débouchés, le capitalisme fait aussi face
à une raréfaction des matières premières, qui rend désormais illusoire
tout redémarrage par la croissance. Sans compter que la croissance
infinie, indispensable à la stabilité du système, butte aussi sur une
autre limite, celle de la crise écologique

Coordination des Groupes Anarchistes - La Crises - Chapitre 5

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