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Publié par Patrick Granet

Coordination des Groupes Anarchistes

Ainsi, après nous avoir volé, les gouvernements comptent bien nous faire rembourser la
dette abyssale des États. ---- Dans le même temps, les élites économiques continuent de
s'enrichir : la rémunération des patrons du CAC 40 a continué à augmenter de 21 % depuis
2008. Les mêmes politiques qui ont provoqué la crise sont mises en place pour la résoudre
: baisse des salaires, précarisation, coupures budgétaires des redistributions sociales
pour les plus pauvres, défiscalisation, aides pour les plus riches. ---- Ce chapitre a
pour objectif de décortiquer les politiques menées en période de crise. Il s'agit ici de
montrer qu'elles sont portées par des choix idéologiques très éloignés du bien-être de la
population. L'empilement des «mesures d'austérités» prises en Grèce, au Portugal, en
Espagne et en Irlande, avant d'être lancées dans les autres pays européens, est
particulièrement frappant et permet de mieux comprendre les véritables objectifs
de ces mesures.

Les politiques libérales au secours de la faillite du libéralisme

La crise à laquelle nous
avons affaire n'est pas seu-
lement une crise des dettes
souveraines. Elle est d'abord
une crise financière, ouver-
te par le krach boursier
de 2008, en même temps
qu'une crise de système,
dans la mesure où depuis
2008, le capitalisme peine
à trouver des solutions
pour s'adapter et se stabili-
ser. Ainsi la crise financière
a contaminé l'ensemble des
secteurs de l'économie et
s'est répercutée sur les det-
tes des États.

Les propositions libérales
mises en oeuvre ces trente
dernières années, en réac-
tion aux conséquences de
la crise des années 70, ont
certes réussi, du point de
vue du système, à rétablir
les marges de profits des
capitalistes mais au prix
aujourd'hui d'une dérégula-
tion et donc d'une instabi-
lité financière qui pourrait
conduire à un écroulement
économique et ruiner aussi
les profits des mêmes capi-
talistes. Suite à la crise des
subprimes, les gouvernants
et les possédants sont tom-
bés d'accord pour faire de
lourdes entorses au dogme
libéral de non intervention
et d'autorégulation, puisque
c'est l'argent public qui a
été mobilisé pour combler
ou garantir les pertes du
secteur privé. Les États ont
emprunté sur les marchés
pour recapitaliser les banques menacées de faillite et garantir
leurs emprunts, transformant une partie de la dette privée en
dette publique.

A l'exception de rares ultra-libéraux qui prônaient, au nom
du dogme libéral, de laisser les banques et les entreprises faire
faillite quelles qu'en soient les conséquences, pour permettre
un redémarrage économique ultérieur, la plupart des défen-
seurs du libéralisme ont été favorables à l'intervention de l'État
pour socialiser leurs pertes et éviter un écroulement écono-
mique généralisé. La légende du marché libre qui s'autorégule
s'effondre. Ce n'est qu'un mythe qui ne tient pas l'épreuve des
faits. Comme à chaque fois que le capitalisme a besoin de se
développer ou qu'il est en difficulté, l'État intervient et l'argent
public est mobilisé. L'écart entre le discours libéral et la réalité
est abyssal.


Depuis trente ans, l'idéologie libérale est appliquée via la pri-
vatisation d'entreprises publiques, la diminution de la régulation
des marchés par les États, l'exonération fiscale des entreprises.
Ces politiques ont largement contribué à mener à la situation
de crise actuelle, notamment en transférant une part toujours
plus importante des richesses produites vers une minorité, au
détriment de l'ensemble de la population, et en creusant la
dette des États. Cependant, les différents gouvernements d'Eu-
rope, qu'ils soient de droite ou de gauche, proposent face à
la crise encore de nouvelles mesures libérales. En effet, rigueur
budgétaire sur les dépenses sociales et retour à la croissance
par le renforcement de la compétitivité des entreprises sont
leurs seuls mots d'ordre. La crise devient alors prétexte pour
accélérer le programme libéral. Les réformes s'enchaînent, al-
lant plus vite et plus loin que ce qui aurait été programmé

initialement dans un contexte économique plus stable.

Concrètement, bien que les dépenses sociales ne soient
pas le premier facteur de dette de l'État - comme on l'a vu
précédemment - les politiques de rigueur axent essentiellement
leurs coupes budgétaires sur celles-ci. Ces politiques ne font
donc qu'amplifier la tendance à redistribuer une part toujours
plus faible des richesses produites et ainsi accroître l'aspect
inégalitaire de nos sociétés.


Dans le même temps, les mesures visant à renforcer la
compétitivité des entreprises provoquent le même effet inégali-
taire: baisse de la rémunération du travail, casse des droits du
travail et des conventions collectives, allongement des périodes
d'essais, licenciements facilités, et toujours plus d'exonérations
des cotisations patronales. Toutes ces mesures renforcent les
inégalités en accentuant la pression sur la population active,
tout en l'allégeant pour le patronat. Les privatisations et les
ventes de biens publics à bas prix viennent plus rajouter de
l'huile dans la machine à profit pour quelques uns, que faire
rentrer du cash dans les caisses de l'État.


Ces propositions et mesures ne permettent pas de sortir de
la crise puisqu'elles entraînent ou aggravent la récession de
l'économie. En effet, la volonté de réduire les coûts de produc-
tion, en rétribuant toujours moins le travail et en diminuant la
masse salariale globale, entraîne une baisse du pouvoir d'achat
des ménages. De même, la diminution des dépenses sociales
accentue les difficultés financières de la population et limite
leurs accès aux biens et services. Par conséquent, la consom-
mation diminue. Les difficultés à écouler les productions s'ac-
centuent, entraînant des diminutions de production, ou, de
nouveau, des mesures pour baisser les coûts de production.

On rentre alors dans un cycle de récession. Malgré cela, la vo-
lonté dogmatique d'offrir aux investisseurs des marges de profit
à court terme pour éviter un arrêt de l'économie, associée à
la défense des intérêts financiers des dominants, l'emporte sur
toute autre considération face à la crise.

Les mesures de rigueur budgétaire ou les mesures de re-
lance ne sont pas deux politiques différentes, l'une de droite
et l'autre de gauche, mais deux leviers de la poursuite d'une
même politique inégalitaire. Il est clair que le choix de diminuer
la rétribution du travail pour faire baisser les coûts de produc-
tion, ainsi que de limiter à un niveau très bas la redistribution
des richesses créées, butent toujours sur la même difficulté,
celle de trouver des débouchés solvables pour écouler une
production dont les capacités sont énormes. Il n'y a donc pas
à attendre la moindre amélioration des orientations prises par
Merkel ou par Hollande, puisque l'on connaît les effets des
deux facettes de telles politiques : il suffit de regarder ce qui
se passe dans les pays qui ont suivi ce chemin.


En effet, ces mesures ont été largement appliquées dans les
pays les plus endettés. Les États de ces pays se sont retrouvés
en grande difficulté pour emprunter sur les marchés financiers.
Ces derniers refusaient d'investir par crainte de défaut de paie-
ment ou proposaient des prêts à taux d'intérêts exorbitants, ne
pouvant qu'accentuer les risques de faillite. La mise en place
des politiques libérales a consisté dans l'adoption de plans
d'austérité par les gouvernements, en échange, dans certains
cas, de prêts octroyés par l'Union Européenne et/ou le FMI, à
des taux moins désavantageux que ceux du secteur privé. Ces
politiques ont d'abord concerné la Grèce, l'Irlande, le Portugal

et depuis 2012, l'Espagne, l'Italie et Chypre.

Sur une période assez courte, nous pouvons observer que
ces mesures d'austérité ont accentué la précarité, les inéga-
lités, les licenciements, mais aussi entraîné la baisse de la
consommation, des importations, des investissements, condui-
sant à un cycle de récession. Ainsi, la spirale austérité-réces-
sion-austérité-récession est lancée depuis cinq ans pour la
Grèce et depuis trois ans pour l'Irlande, le Portugal et l'Italie.

Les politiques n'arrêtent pas de sauver l'Europe

Depuis le début de la crise financière de 2008, on ne compte plus le nombre de fois où les
politiques ont « sauvé l'Europe ». Il s'agit pour la classe politique de nous faire croire
qu'ils
maîtrisent la situation et qu'ils sont donc un recours face à la crise et aussi de nous
rassurer
sans cesse sur la fin de la crise. L'article du Canard Enchaîné daté du 14 décembre 2011 est
très démonstratif :

Les serial-sauveurs de l'euro


Depuis deux ans, avec une régularité de métronome, chaque
sommet européen accouche de solutions providentielles.
Jusqu'à la crise suivante.


Le 3 mai 2010, « La Tribune » salue le « plan historique »
qui mobilise 750 milliards de réserves. Sauvés ! Mais, six
mois plus tard, la même « Tribune » (29/11/10) célèbre
un nouvel « accord historique » préparé par Merkel et
Sarkozy. Le duo s'est réjoui trop vite. Le 10 décembre,
« Le Figaro » souligne qu'ils sont « déterminés à sauver
l'euro » au sommet de Fribourg. Mais 2011 arrive et c'est
rebelote.


Selon le quotidien de Dassault (5-6/2/11), c'est du « sommet
en mars » des chefs d'Etat européens que viendra le salut.
A peine l'Europe a-t-elle survécu au printemps qu'il
un mois plus tard, « Libé » (21/7) fait frémir le lecteur
avec un « sommet de l'extrême urgence », à Berlin. Quelques
semaines après, à Bruxelles, c'est « le sursaut ou le
chaos » (« Libération »,27/10). La solution de la crise a
« 90 % de chances d'être apportée » à ce sommet, a prédit
l'indéboulonnable Alain Minc à Public Sénat (25/10).


Tellement « apportée » que, le 5 décembre, « Le Figaro »
annonce « une semaine cruciale pour l'euro ». Quand elles
ne sont pas « cruciales », les semaines, les réunions ou
les décisions sont - au choix - « de tous les dangers », « à

auts risques », « décisives » ou « de la dernière chance ».
Promis, c'est la der des der, mais il y en aura d'autres...
J.-F. J.

Cela n'a pas raté : il y en a eu d'autres. « Le point » nous explique le 15 juin 2012 «
Comment
François Hollande compte sauver la zone euro ? ». C'est ensuite au tour de « La Tribune » du
27 Juillet 2012 de parler de la détermination de Hollande et Merkel à « sauver la zone euro ».
Enfin, le 8 Mars 2013, on pouvait lire ce titre sur le site "leplus.nouvelobs.com" : «
Prochain défi
pour François Hollande : sauver l'Union Européenne ».


L'exemple de la Grèce, de l'Irlande, du Portugal et de l'Espagne


Pour mieux comprendre l'application
concrète des politiques d'austérité, regar-
dons comment elles ont été mises en oeuvre
sur la période de 2008 à 2012, en Grèce,
en Irlande, au Portugal, et en Espagne.

L'exemple le plus éloquent est celui de
la Grèce qui, pour réduire le surendettement
de l'État, a subi dix paquets de mesures
d'austérité en quatre ans, pour en être fina-
lement toujours à un stade de faillite avan-
cée. Après deux plans d'aide publique, d'un
montant total de 240 milliards d'euros (110
milliards en mai 2010, et 130 milliards en
mars 2012), une nouvelle aide d'un montant
de 158 milliards d'euros lui a été accordée
en Juillet 2011 [1] . Ces plans d'aide ont été
accompagnés à chaque fois d'un programme
draconien d'ajustement budgétaire, sous le
contrôle étroit de la "Troïka" [2] . L'objectif affi-
ché est de ramener le taux d'endettement
du pays à 120 % du PIB à l'horizon 2020,
contre 170 % prévus pour l'année 2012.
Pourtant, l'application des mesures d'austé-
rité imposées par le FMI et l'UE a eu comme
effet d'augmenter l'endettement de l'État au
lieu de le diminuer : celui-ci étant passé de
120 % en 2010 à 160 % en 2011.

L'Irlande est le deuxième pays après la
Grèce à avoir conclu un plan d'aide inter-
national avec le FMI et l'UE en novembre
2010. Le taux d'endettement de l'État s'éle-
vait alors à 94 % du PIB pour un déficit
public annuel [3] de 32 % du PIB. De plus, le
secteur bancaire de l'île était dévasté. L'aide
de 85 milliards d'euros, dont 35 milliards
pour les banques, est assortie de conditions
draconiennes. Il s'agit d'une cure annon-
cée de quatre années, composée de coupes
budgétaires, de privatisations, d'une hausse de
la fiscalité. Des réformes qui n'améliorent rien,
puisque le taux d'endettement s'envole à 105
% en 2011, alors que de nouvelles mesures
sont en cours de préparation pour essayer de
relancer la croissance.

Le Portugal a obtenu un prêt de 78 milliards
d'euros en avril 2011 remboursable à un taux
d'intérêt de 4 %, et la «Troïka» a validé le 1er
mars 2012, à l'issue de sa troisième évaluation,
la mise en oeuvre des mesures de rigueur bud-
gétaire. Avec un taux d'endettement de 107
% du P.I.B en 2011, l'objectif déclaré est de
ramener le déficit budgétaire annuel à 4,5 %
du PIB en 2012, et 3 % en 2013. Pour autant,
avec un taux de chômage qui dépasse les 14
% et un taux de croissance estimé à -2,2 % en
2012, il est très probable que le gouvernement
portugais sollicite une nouvelle aide interna-
tionale, car les taux d'intérêt que lui exigent les

investisseurs sont encore très élevés.

La situation économique de l'Espagne est
particulière, puisqu'en 2007 le pays était cité
comme un modèle de réussite de développe-
ment économique et présenté comme exem-
plaire avec une dette publique de 36 % du PIB,

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[1] Financée en grand partie par l'Union Européenne et le FMI ( 109 milliards) et par des
créanciers privés ((banques,
assurances, fonds de pension...).

[2] A ces 240 milliards d'euros se sont ajoutés 40 milliards de financements de l'UE et un
effacement de 100 milliards
d'euros de dette par le secteur privé.

[3] À comparer avec la règle d'or qui veut qu'un Etat ne soit pas déficitaire de plus de 0,5 %
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l'une des plus faibles au sein
de la zone euro. Pourtant, la
« bonne » situation espa-
gnole reposait en grande par-
tie sur son secteur immobilier
en plein essor. On construi-
sait beaucoup et les ménages
avaient des facilités d'em-
prunts. Tout ceci a conduit à
une dette privée (ménages +
entreprises) colossale attei-
gnant 220 % du PIB en 2008.
Il est alors devenu évident
qu'une partie de ces créances
ne seraient pas remboursées
entraînant l'éclatement de la
bulle immobilière espagnole.
Un an après, l'ampleur de la
crise s'est encore intensifiée
lorsqu'elle s'est conjuguée à la
crise financière internationale,
plongeant l'Espagne dans une
situation particulièrement dif-
ficile. En 2010, la dette brute
des foyers espagnols était
équivalente à 90 % du PIB, et
celle des entreprises à 205 %.
Les régions se sont retrouvées
également largement endet-
tées, et sont devenues inca-

pables de se financer. Dès
2010, des mesures de rigueur
ont été mises en place par
le gouvernement Zapatero.
Depuis 2011, année au cours
de laquelle le taux d'endet-
tement public avait atteint 68
% du PIB, trois plans d'austé-
rité successifs ont été appli-
qués par le gouvernement.
De plus, le gouvernement a
accordé une aide aux régions
surendettées et participé à la
recapitalisation des banques,
ce qui a considérablement
alourdi la dette publique de
l'État espagnol. Fin 2012, elle
représentait le niveau record
de 84,1 % du PIB. Le pays
est aujourd'hui frappé par un
chômage de masse et l'endet-
tement est passé à 92,2 % du
PIB à la fin du mois de juin
2013. L'Espagne a échappé
de peu à un plan d'aide in-
ternational global, du type de
ceux appliqués à la Grèce et
au Portugal. Cependant, elle
a du recourir à un plan d'aide
partiel, pour recapitaliser son
secteur bancaire, à hauteur

de 41,3 milliards, auprès du
Mécanisme de Stabilité Euro-
péen. Bien qu'un peu moins
sous la pression des marchés
financiers aujourd'hui, l'Es-
pagne est très loin d'être sor-
tie d'affaire, puisque son éco-
nomie a subi une récession
marquée jusqu'à l'été 2013.


Après cet aperçu de leur si-
tuation économique, voici une
présentation non exhaustive,
par thème, des mesures clés
prises dans ces pays depuis
le début des plans d'austé-
rité, ou en cours d'adoption.
Il faut souligner que ces po-
litiques ont commencé à être
appliquées en premier lieu en
Grèce, et par la suite dans les
autres pays.


Des impôts plus nombreux et plus forts

En Grèce, après des hausses successives, la TVA a atteint un taux de 23 %, alors qu'elle était
à 13 % avant la crise. Un impôt de solidarité de 1 à 4 %, en fonction des revenus, et un impôt
supplémentaire de 3 % pour les fonctionnaires ont été créés. De plus, d'autres impôts et taxes
ont été mis ensuite en place [1] , tandis que celles sur l'essence, le tabac et l'alcool
ont augmenté
de 10 %.


En Italie, la TVA est passée de 20 % à 21 %, et il y a eu une augmentation des impôts locaux
du fait de l'amputation de 9,5 milliards d'euros des subventions aux collectivités locales.


Au Portugal, la TVA est passée à 23 % pour la majorité des produits, et de 6 % à 13 % sur le
gaz et l'électricité. Par ailleurs, le gouvernement a augmenté les prix des tickets des
transports
en commun.


En Irlande, la TVA est également passée à 23 %. L'impôt sur le revenu a augmenté, et une taxe
carbone ainsi que d'autres taxes sur l'eau, jusqu'ici gratuite, et sur la propriété ont
été mises en
place.


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[1] L'État grec est allé jusqu'à intégrer une nouvelle taxe dans la facture d'électricité
pour justifier les coupures à ceux
qui ne paieraient pas cette taxe.
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Les salaires rabotés


En Grèce, le salaire minimum, déjà réduit début 2012 de 22 %, et même de 32 % pour les moins
de vingt-cinq ans, a été de nouveau baissé en novembre 2012 . Le coût de la main d'oeuvre
pour une
heure de production a également largement diminué. De façon générale, la réduction progressive
de la masse salariale a atteint 12 %. Pour ne pas parler de licenciements, le gouvernement
grec
a recours à la mise en réserve d'emploi. Ainsi, 35 000 à 45 000 fonctionnaires seront placés
pendant trois ans sous ce régime, toucheront 65 % ou 75 % de leur salaire de base, et seront
licencié-e-s au bout de ces trois ans. Le but est de licencier 150 000 agents d'ici 2015.
De plus,
dans les entreprises d'utilité publique, toutes les grilles de salaires spécifiques sont
nivelées par le
bas, s'alignant sur la grille unique appliquée aux fonctionnaires. Cette uniformisation
entraîne des
réductions de salaires allant jusqu'à 35 %. Enfin, de nombreuses primes, divers congés et
bonus
de vacances ont été supprimés.


Au Portugal, dans le secteur public, la baisse de salaire des fonctionnaires est de
l'ordre de 27
%, du fait de la baisse des salaires de base et de la suppression des bonus de Noël. De
plus, avec
le non-remplacement d'un départ à la retraite sur deux, le nombre de fonctionnaires sera
réduit
de 2 % environ par an, alors que le pays en compte actuellement 800 000 pour 10,6 millions
d'habitants. Enfin, le salaire des fonctionnaires sera gelé pendant 4 ans. Dans le secteur
privé, la
mesure la plus significative est l'augmentation de la durée de travail d'une demi-heure
par jour.


En outre, la rémunération des heures supplémentaires a été réduite, et la durée des congés
et le
nombre de jours fériés diminués.

En Espagne, dès juin 2010, les salaires des fonctionnaires ont été réduits de 5 % en moyenne,
et ont été gelés à partir de 2011.

En Irlande, dans la fonction publique, la baisse des salaires a atteint 15 %, notamment
pour les
enseignant-e-s. Dans le secteur privé, le salaire minimum a été baissé de 8,65 à 7,65
euros par
heure, ce qui constitue une baisse de l'ordre de 11,6 %.

La protection sociale démantelée

En Grèce, l'âge minimum de départ à la retraite est maintenant de 67 ans. La réduction
du montant des retraites est de 1 % à 2 % pour les retraites de plus de 600 euros, 5 %
pour les retraites proches de 1000 euros, 20 % ou plus pour celles au-dessus de 2000
euros. De plus, le pécule, somme cotisée pendant la période travaillée et versée au moment
de la retraite, a été réduit de 10 à 30 % dans vingt-trois caisses de retraites. Enfin, il y a
eu une baisse des allocations de chômage et un durcissement à leur éligibilité. L'allocation
spéciale pour le chômage saisonnier a été supprimé

Au Portugal, le gel des retraites a été imposé : les montants alloués sont souvent bornés
à 420 euros par mois, ce qui est en dessous du seuil de pauvreté. En 2005, l'âge de la
retraite dans le secteur public était de 60 ans. Il a augmenté continuellement depuis et
est maintenant fixé à 65 ans, avec la nécessité d'une période de travail de quarante ans.


En Espagne, l'âge de départ à la retraite est passé de 65 à 67 ans. De plus, il faut
trente-sept annuités pour avoir la retraite à taux plein, alors qu'il en fallait jusqu'à
présent
trente-cinq. Enfin, il y a eu une baisse des indemnités chômage et la suppression de
l'allocation pour les chômeurs de longue durée.


En Italie, dans le secteur public, à compter du 1er janvier 2013, l'âge de la retraite pour
les femmes fonctionnaires est porté à 65 ans. D'autres augmentations de l'âge de la retraite
sont prévues à partir de janvier 2015, puis de nouvelles dès le 1er janvier 2019, et encore
d'autres tous les trois ans. Dans le secteur privé, un recul de l'âge du départ à la retraite
pour les femmes a également été imposé, passant de 60 ans à 65 ans, et ce, dès 2014.
Enfin, l'âge de départ en retraite dans le cadre des « pensions de vieillesse » augmentera
à 67 ans, contre 65 ans actuellement.


En Irlande, l'âge de la retraite est passé de 65 à 66 ans en 2010, pour arriver à 68
ans en 2018. Dans le secteur public, les pensions de retraites supérieures à 12 000 euros
par an ont été réduites de 4 %. Le montant des allocations chômage a été diminué, tout
comme la durée d'indemnisation, qui est seulement actuellement de 6 à 9 mois selon la
durée de cotisation. Quant aux allocations familiales, elles ont chuté de 10 % depuis le
début de la crise.


La Santé et l'Education abandonnées

En Grèce, le budget alloué à la santé a été réduit d'environ 32,9 % en trois ans. Ainsi,
en 2012, il
ne représentait plus que 4,5 % du PIB contre 6 % en 2009 [1] . Ces coupes budgétaires,
accentuées
par les dettes de l'État envers les caisses des hôpitaux, des pharmacies et des mutuelles, ont
entraîné des licenciements, la fusion de services et d'hôpitaux ou bien même leur fermeture
complète. Malgré une situation sanitaire critique, de nouvelles restrictions budgétaires
d'environ
1,4 milliards d'euros sont prévues pour la période 2013-2014. Selon la Fédération des
Unions des
médecins hospitaliers de Grèce, « avec l'application des mémorandums de la Troïka, 30 % de la
population est exclue de la santé publique, ne possédant aucune couverture sociale. Il
s'agit de
personnes non assuré-e-s, de chômeurs de longue durée, de professionnels et de commerçants
qui ont fait faillite ou qui sont incapables de payer leurs cotisations à leur mutuelle,
de jeunes
scientifiques précaires, de sans-papiers ». La situation est semblable en ce qui concerne
le secteur
de l'éducation, dont les dépenses publiques ont déjà été réduites de 16 % depuis 2009. À titre
d'exemple, sur la seule année 2011, 1933 établissements scolaires ont fermé. Dans le cadre des
accords avec la Troïka, en 2015, seulement 2,23 % des dépenses publiques seront consacrées à
l'éducation.


Au Portugal, les coupes budgétaires dans le secteur de la santé représentent plus de 800
millions d'euros. Les consultations de santé, qui étaient gratuites depuis la révolution des
oeillets, sont redevenues payantes, à hauteur de cinq euros pour une consultation en centre de
santé. Vingt euros sont maintenant demandés pour une entrée aux urgences, contre neuf euros
soixante auparavant, sans compter la facturation de la chambre... De plus, le
remboursement des
médicaments a été diminué, et certains services et centres de sa

nté ont fermé.

En Espagne, sur la période 2010-2012, les réductions budgétaires visant les secteurs de la
santé
et de l'éducation s'élevaient déjà à 3,4 milliards d'euros. Au printemps 2012, peu après
l'alternance
gauche-droite au pouvoir, de nouvelles mesures d'austérité ont été adoptées afin de générer 10
milliards d'euros d'économie par an. Désormais, les médicaments ne sont plus gratuits pour les
retraité-e-s. Les « actifs-ves », qui jusqu'à présent assumaient 40 % du coût des médicaments,
devront en assumer jusqu'à 60 %, selon leur situation financière. De plus, ces mesures
restreignent
l'accès des immigré-e-s sans papiers [2] à la santé publique, le limitant uniquement aux
services des
urgences et de pédiatrie. En matière d'éducation, ces mesures donnent l'autorisation aux
régions
d'augmenter de 50 % les frais d'inscription à l'université et de 20 % le nombre
d'étudiants par
promotion. Malgré l'asphyxie sociale vécue par la population et dénoncée lors des nombreuses
et très fortes mobilisations, le gouvernement espagnol a d'ores et déjà annoncé de nouvelles
mesures d'austérité pour 2014.


En Irlande, la réduction des budgets de la santé et des services sociaux atteindra environ
25 %
en 2014. Fin 2011, la population a déjà subi un plan de réduction de 1,4 milliard d'euros
touchant
la protection sociale et les services publics, notamment l'éducation et la santé [3] .
-------------------------------------------------------
[1] Selon les études et les prévisions de l'École Nationale de Sante Publique (ESDY).
[2]
http://www.letelegramme.com/presse-ecole/espagne-des-manifestations-massives-contre-l-auste-

rite-30-04-2012-1686404.php
[3] http://french.peopledaily.com.cn/Economie/7687969.html
-----------------------------------------------------------

Les richesses publiques bradées au privé


En plus des attaques concernant les secteurs de la santé et de l'éducation, il s'est opéré
une véritable liquidation des entreprises et des ressources publiques. Les infrastructures
et les
institutions développées avec l'argent public sont revendues aux seuls intérêts privés.
L'État se
désengage, notamment, de la gestion des ressources et des besoins élémentaires de la société,
laissant le marché dicter son prix.
En Grèce sont concernés par les mesures de privatisation, les ports encore publics, tel le
port
du Pirée, les compagnies de gaz, d'eau potable et d'électricité, les compagnies de chemins de
fer et de la gestion des autoroutes, la poste, ainsi que certains hôpitaux, la loterie
nationale, les
banques dans lesquelles l'État a encore des parts et enfin les immeubles et terrains
appartenant
à l'État. Au Portugal, il s'agit des aéroports, de la compagnie aérienne et des compagnies
de gaz
et d'électricité. En Espagne, ce sont la loterie nationale, les aéroports et les chemins
de fer qui
sont visés.


Quels objectifs poursuivent ces politiques d'austérité ?


La crise profonde qui
touche la Grèce, le Portugal,
l'Espagne et l'Irlande affecte
à des degrés divers les autres
pays européens. D'abord

parce qu'ils ont été touchés

Le déficit structurel, hors effet conjoncturel,
ne doit pas dépasser 0,5 % du PIB. Dans le
cas contraire, un mécanisme automatique
de correction, non soumis à délibération
parlementaire, entre en vigueur.

Lorsque la dette publique dépasse 60 %
du PIB, les États doivent revenir à ce ratio
en 20 ans en présentant une sorte de
programme d'ajustement structurel à la
Commission Européenne.

Lorsqu'un État ne respecte pas la règle,
il peut être condamné à une amende
s'élevant à 0,1 % de son PIB.

Le Mécanisme Européen de Stabilité

Le MES est une institution internationale, comme le FMI, de
gestion de crise financière de la zone euro qui a remplacé
en 2012 le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et
le Mécanisme européen de stabilité financière (MESF). Son
rôle est d'éviter un défaut de paiement d'un État sur sa dette
pour éviter les faillites des créanciers. Il est indépendant
du Parlement européen et des parlements nationaux et
il ne peut pas faire l'objet de poursuites judiciaires. Il est
dirigé par un conseil des ministres des finances appelés «
gouverneurs ». Tout État qui veut avoir accès au MES doit
avoir accepté au préalable l'austérité budgétaire prévue
par le TSCG.


A la différence du FMI qui ne prête que ce qu'il possède, le
MES dispose d'un capital « virtuel » de 700 milliards d'euros
apportés par les futures contributions des États européens,
à savoir 142 milliards pour la France, 190 pour l'Allemagne,
19 milliards pour la Grèce. En réalité, sur ces 700 milliards,
seuls 80 milliards auront été réellement versés par les États
d'ici fin 2016 (21 par l'Allemagne, 16 par la France dont 6 en
2012, 2 par la Grèce). Sur ces 700 milliards, 620 ne sont
qu'une garantie, qu'un engagement futur des États, afin que
le MES puisse emprunter sur les marchés. Le MES pourra
emprunter sur les marchés avec un taux d'intérêt inférieur
à celui où les États en difficulté empruntent, mais devra
tout de même prélever une prime au passage pour son
fonctionnement. Le MES a accordé un prêt de 41,3 milliards
d'euros à l'Espagne pour recapitaliser son secteur bancaire
fin 2012.

Le capital total du MES est de 700 milliards d'euros alors que
la dette de l'Espagne est de 600 milliards, celle de la France
de 1900 milliards, et celle de l'Italie 1900 milliards. On peut
dès lors affirmer que les sommes avancées, virtuelles ou
réelles, seraient insuffisantes, si un de ces pays connaissait
la même situation que la Grèce en 2010. De plus, les pays
censés contribuer financièrement à ce fond sont eux même
fortement endettés, ce qui fragilise l'édifice en cas de défaut

de paiement de l'un d'entre eux. Cela revient à rajouter des
dettes, aux dettes.
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   CHOIX POLITIQUES FACE à LA CRISE

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