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Publié par Patrick Granet

Les retraites ne sont nullement un avantage, mais un salaire différé, qui fait l’objet des mêmes attaques de la part du capital que les autres formes de salaire. En outre, le montant accumulé des systèmes par capitalisation est la proie de convoitises diverses

Il faut dire une pre­mière vérité qui est le plus sou­vent esca­motée : pour la grande majo­rité des trois à quatre mil­liards de tra­vailleurs de par le monde, le capi­tal estime ne rien devoir, ou si peu, pour leurs vieux jours. Une bonne partie d’entre eux n’ont d’ailleurs guère à s’en sou­cier car leurs condi­tions d’exploi­ta­tion et de vie sont telles qu’ils n’attei­gnent jamais ce que l’on appelle dans les pays indus­tria­lisés « l’âge de la retraite ». C’est pour le capi­tal mon­dial une bonne part de la garan­tie de bas coûts de pro­duc­tion, de compé­ti­tivité et de main­tien du taux de profit.

Par contre, pour une mino­rité rela­ti­ve­ment impor­tante de tra­vailleurs, notam­ment dans les vieux pays indus­tria­lisés, tout un ensem­ble de cir­cons­tan­ces mêlant les pro­pres néc­essités du capi­tal dans ces pays et les luttes de classe qui s’y sont déroulées ou qui s’y dér­oulent encore, fai­sait jusqu’à présent penser que leurs vieux jours seraient plus ou moins bien assurés. C’était une situa­tion rela­ti­ve­ment réc­ente, datant pour la plu­part de ces pays depuis moins d’un siècle. On peut penser que cette ques­tion s’est posée à partir du moment où l’accrois­se­ment de la popu­la­tion et l’amél­io­ration lente mais cer­taine des condi­tions de vie et d’accès aux soins médicaux, en pro­grès, ont fait que bon nombre de tra­vailleurs n’étaient pas morts à un âge considéré comme « l’âge normal de la retraite ». Cet âge était fina­le­ment évalué au moment où l’exploi­ta­tion d’une force de tra­vail, dimi­nuée par l’usage qui en avait été fait, n’était plus ren­ta­ble pour le capi­tal, pro­blème qui ne se posait pas quand le tra­vailleur mou­rait « jeune », étant usé « avant l’âge ».

Pour com­pléter, on pour­rait ajou­ter par exem­ple que les fonc­tion­nai­res eurent les pre­miers accès à une retraite parce qu’ils vivaient plus vieux, n’étant pas surex­ploités comme les ouvriers. Autant que la conséqu­ence des luttes, on pou­vait aussi voir dans ce dével­op­pement l’intérêt du capi­tal à obte­nir, dans cer­tai­nes situa­tions, non seu­le­ment la paix sociale mais aussi une cer­taine « par­ti­ci­pa­tion » pour assu­rer l’accu­mu­la­tion du capi­tal dans les meilleurs condi­tions d’exploi­ta­tion de la force de tra­vail. C’était par­ti­cu­liè­rement clair, par exem­ple dans les pér­iodes d’après-guerre, lorsqu’il s’agis­sait de per­met­tre aux capi­ta­lis­tes natio­naux de recons­ti­tuer les struc­tu­res d’accu­mu­la­tion détr­uites, ou bien dans les pays en dével­op­pement pour les besoins de l’accu­mu­la­tion pri­mi­tive.

Dans les Etats où le capi­tal avait cru devoir ins­ti­tuer pour ses intérêts pro­pres des systèmes de retraite pour les vieux tra­vailleurs, cela s’était fait peu à peu et d’une manière très iné­gale. Dès avant la pre­mière guerre mon­diale, cer­tai­nes entre­pri­ses plus prospères, mais aussi désir­euses de s’atta­cher des tra­vailleurs qua­li­fiés, avaient ins­ti­tué des régimes de retraite « maison ». Ce n’est qu’après la pre­mière guerre mon­diale que ce système s’est pro­gres­si­ve­ment étendu, pour des rai­sons tant éco­no­miques que poli­ti­ques et est alors devenu l’objet de reven­di­ca­tions ouvrières. Sa géné­ra­li­sation ren­contrait une grande hos­ti­lité chez les pay­sans, les arti­sans, le petit com­merce et les peti­tes entre­pri­ses qui pou­vaient avoir des dif­fi­cultés de finan­ce­ment de ces « avan­ta­ges sociaux ». Pour le capi­tal, glo­ba­le­ment, assu­rer une retraite aux vieux tra­vailleurs était à la fois une garan­tie de fidélité, de paix sociale mais aussi d’un cer­tain niveau de consom­ma­tion per­met­tant éga­lement d’éch­apper à la charge des vieux sans res­sour­ces par les col­lec­ti­vités. D’une cer­taine façon, ce dével­op­pement était éga­lement lié à l’essor indus­triel défini dans le for­disme (pro­duc­tion de masse pour une consom­ma­tion de masse).

En fait, les systèmes de retraite ne coûtaient rien aux employeurs indi­vi­duels ou entre­pri­ses : même si peu à peu s’ins­ti­tuait dans nombre de pays un système présenté comme éga­lit­aire de contri­bu­tions tra­vailleur et patro­na­les, celles-ci n’étaient en fait que des salai­res différés, por­tion des salai­res qui auraient dû être payée, mise en rés­erve jusqu’à l’âge de la retraite. C’était un élément des coûts de pro­duc­tion. Cette mise en rés­erve posait des pro­blèmes finan­ciers car, représ­entant d’énormes capi­taux, elle était, d’une part l’objet de convoi­ti­ses de la part des cir­cuits finan­ciers à la recher­che de finan­ce­ments, d’autre part de la for­ma­tion éventu­elle d’orga­nis­mes de col­lecte et de rép­ar­tition à terme aux béné­fici­aires, et enfin de « sécu­ri­sation », c’est-à-dire prin­ci­pa­le­ment de main­tien de son « pou­voir d’achat » notam­ment contre l’infla­tion.

Différents systèmes virent ainsi le jour :
pré­lè­vement sur le chif­fre d’affai­res. Les entre­pri­ses qui s’esti­maient assez soli­des finan­ciè­rement ne cons­ti­tuèrent pas de fonds de retraite et ser­vi­rent les retrai­tes de leurs anciens tra­vailleurs, géné­ra­lement en fonc­tion des salai­res d’acti­vité et de la durée d’exploi­ta­tion, en les pré­levant sur le chif­fre d’affai­res cou­rant.

C’est notam­ment ce que fait l’Etat pour ses fonc­tion­nai­res, qui furent les pre­miers tra­vailleurs à béné­ficier de retrai­tes car le pou­voir avait besoin de leur fidélité. C’était aussi jusqu’à une date très réc­ente le cas des firmes très impor­tan­tes, par exem­ple les firmes amé­ric­aines de l’auto­mo­bile comme General Motors. Et celui du système éphémère en Russie et en Chine de la prise en charge des vieux par l’unité de tra­vail, système néc­ess­aire pour sécu­riser l’exploi­ta­tion d’un prolé­tariat d’ori­gine pay­sanne dans la pér­iode d’accu­mu­la­tion pri­mi­tive ;

capi­ta­li­sa­tion. Bien avant la géné­ra­li­sation des retrai­tes pour les entre­pri­ses privées, avant même la pre­mière guerre mon­diale, cer­tai­nes sociétés, qui avaient besoin éga­lement d’avoir un volant de sala­riés per­ma­nents et fidèles, mais qui vou­laient se dégager d’obli­ga­tions finan­cières aléat­oires et contrai­gnan­tes, avaient sous­crit auprès de sociétés d’assu­ran­ces des contrats-retraite qui, à partir de ver­se­ments conjoints de l’entre­prise et du sala­rié, cons­ti­tuaient une rente servie par ces sociétés lors de la mise à la retraite. Le mon­tant de cette rente dép­endait du mon­tant et de la durée de ces ver­se­ments, mais aussi de la prospérité de la société d’assu­rance considérée et de l’infla­tion, car elle était fixée nomi­na­le­ment et ne variait pas dans le temps.

C’est ce qu’on a appelé une « retraite par capi­ta­li­sa­tion » car les ver­se­ments abou­tis­sent à la cons­ti­tu­tion d’un capi­tal indi­vi­duel que la société d’assu­rance fait fruc­ti­fier par des pla­ce­ments et conver­tit à terme en une rente viagère ;

rép­ar­tition. Les péripéties d’après la pre­mière et la seconde guerre mon­diale, la crise des années 1930 portèrent un coup fatal à ces retrai­tes d’entre­prise et amenèrent à cher­cher des for­mu­les moins aléat­oires. Cela coïn­cidait aussi avec le dével­op­pement du for­disme et de la pro­duc­tion de masse et avec la néc­essité qui en déc­oulait d’assu­rer une masse mini­male de consom­ma­tion cons­tante. Ce n’est pas un hasard si un autre système vit le jour dans les années 1930, notam­ment en France. Les bou­le­ver­se­ments finan­ciers et la néc­essité, notam­ment dans l’après-seconde guerre mon­diale, d’une adhésion d’un prolé­tariat au redres­se­ment des capi­ta­lis­mes natio­naux, entraî­nèrent une géné­ra­li­sation d’un système moins aléat­oire que le système par capi­ta­li­sa­tion. Avec des varian­tes, pres­que tous les pays d’Europe occi­den­tale adoptèrent un système dit « par rép­ar­tition ».

De plus, l’espoir d’un monde meilleur pour ceux qui avaient vécu la crise de 1930 et la guerre devait paraître contenu dans un ensem­ble de « garan­ties socia­les » dont cette retraite était un des éléments majeurs. Ces retrai­tes sont tou­jours indi­vi­dua­lisées et leur mon­tant dépend de coti­sa­tions ouvrières et employeur (fonc­tion du salaire) et de la durée des ver­se­ments. Ce système offre la garan­tie assurée d’un mini­mum vieillesse même pour ceux qui n’ont jamais ou insuf­fi­sam­ment cotisé et d’un opti­mum basé sur « les meilleurs années » ; il a même été com­plété par des systèmes de retraite com­plém­ent­aire obli­ga­toire qui en élevait encore le mon­tant. La base de ces systèmes, général et com­plém­ent­aire, est la même : les coti­sa­tions perçues ser­vent à payer les retrai­tes en cours, d’où le nom « par rép­ar­tition » : on rép­artit sur l’ensem­ble des retraités les coti­sa­tions versées par la masse des sala­riés en acti­vité.

*

Quel que soit le système retenu pour le ser­vice des retrai­tes, ce n’est nul­le­ment un « avan­tage », comme on le prétend sou­vent, mais tout sim­ple­ment un salaire différé qui ,d’une manière ou d’une autre, est accu­mulé au ser­vice du capi­tal et dans son intérêt (ce qui expli­que la faci­lité avec laquelle des entre­pri­ses ou patrons ont pu « se servir » des fonds ainsi réunis comme si c’était leur pro­priété). Le système par rép­ar­tition assu­rait un flux cons­tant d’une masse impor­tante de capi­taux qui furent bientôt l’objet de convoi­tise de l’ensem­ble des capi­ta­lis­tes et des gou­ver­ne­ments à la recher­che de liqui­dités pour appro­vi­sion­ner en crédit le dével­op­pement éco­no­mique à l’éch­elle mon­diale, y com­pris sa partie spé­cu­la­tive de plus en plus impor­tante. Si l’on considère d’un point de vue pure­ment tech­ni­que les deux formes de retraite pro­posées, leur base est stric­te­ment iden­ti­que (repo­sant sur des tables de mor­ta­lité) et par exem­ple les pro­blèmes de vieillis­se­ment de la popu­la­tion se posent de la même façon dans les deux systèmes.

En pér­iode de prospérité capi­ta­liste, il est cer­tain par contre que le ren­de­ment des pla­ce­ments finan­ciers permet éventu­el­lement d’aug­men­ter le mon­tant des retrai­tes par capi­ta­li­sa­tion, si tant est que ces « pro­fits » ne soient pas dis­tri­bués aux action­nai­res des fonds. C’est ainsi que l’on a vu monter, dans les der­nières déc­ennies, une offen­sive géné­ralisée pour que le système par rép­ar­tition, qui, en prin­cipe ne fai­sait que faire tran­si­ter la masse des coti­sa­tions pour les rép­artir, se conver­tisse en système par capi­ta­li­sa­tion : des fonds de pen­sion sont appa­rus, à côté des sociétés d’assu­ran­ces, orga­nis­mes spéc­ialisés dans la col­lecte des coti­sa­tions retraite, gérant les comp­tes indi­vi­duels de retraite pour chacun des coti­sants. Ces fonds drai­nent d’énormes capi­taux placés dans toutes les opé­rations finan­cières pos­si­bles, les plus sûres comme les plus hasar­deu­ses, et sont deve­nus des puis­san­ces finan­cières redoutées, véri­tables pré­dateurs notam­ment pour les entre­pri­ses en dif­fi­culté ou les entre­pri­ses fami­lia­les à la recher­che de capi­taux.

Ils étaient jusqu’à une date réc­ente des modèles d’un capi­ta­lisme triom­phant, loués par tous les tenants de l’éco­nomie libé­rale et la dérég­lem­en­tation de l’éco­nomie. Dans leur expan­sion, épaulés par les poli­ti­ciens et pas seu­le­ment par les conser­va­teurs, la cible prin­ci­pale était tous les systèmes « éta­tiques » géné­ra­lement de retraite publi­que par rép­ar­tition dont la ges­tion finan­cière, sou­vent pari­taire leur éch­appait. En France, par exem­ple, l’atta­que n’a pas été fron­tale mais a porté par peti­tes tou­ches sur le mon­tant et l’âge de la retraite, visant à contrain­dre les sala­riés à se tour­ner, au moins par­tiel­le­ment, vers ces fonds privés pour par­faire une retraite déc­ente.

La ques­tion de l’âge de la retraite, qui est au centre des débats, au moins dans le monde occi­den­tal indus­tria­lisé, a tou­jours fait l’objet de mani­pu­la­tions cachées. Par exem­ple, en France, lors­que l’on a fixé la retraite en prin­cipe à 60 ans dès les années 1930, des déro­gations avaient été prévues pour cer­tai­nes caté­gories de tra­vaux pénibles entraînant une mor­ta­lité pré­coce (mineurs, che­mi­nots, etc.), un avan­ce­ment de cet âge étant sensé rétablir une « égalité dans l’iné­galité ». L’évo­lution des tech­ni­ques a fait en partie dis­pa­raître les ancien­nes « péni­bilités » pour y sub­sti­tuer de nou­vel­les, moins évid­entes, d’où les débats actuels où, sous cou­vert de pren­dre en considé­ration l’allon­ge­ment de la durée moyenne de vie et cette péni­bilité, les « réf­ormes » des systèmes de retraite ne visent qu’à faire dimi­nuer glo­ba­le­ment par différents biais le mon­tant des retrai­tes versées.

La tour­mente bour­sière a porté un coup que l’on espère fatal à ces fonds de pen­sion dont les actifs, consis­tant essen­tiel­le­ment en actions et titres finan­ciers divers plus ou moins pro­met­teurs, se sont par­fois tota­le­ment effon­drés, dimi­nuant considé­rab­lement les garan­ties des retrai­tes prés­entes et futu­res.

Des signes avant-cou­reurs étaient déjà appa­rus dans le passé, comme l’écla­tement en 2001 du scan­dale Maxwell en Grande-Bretagne – ce magnat de la presse mort dix ans aupa­ra­vant avait dila­pidé le fonds de retraite du per­son­nel – ou l’affaire Enron aux Etats-Unis – la faillite en déc­embre 1991 de cette entre­prise de dis­tri­bu­tion d’élect­ricité avait entraîné celle de son fonds de retraite, dont les actifs ne consis­taient qu’en actions Enron.

Travailler plus long­temps

Aux Etats-Unis, la plu­part des sociétés qui avaient dû consen­tir dans les accords d’entre­prise des garan­ties retraite ont, à partir d’une loi de 1978 – arti­cle 401(k) qui désigne sou­vent ce système (1) – transféré leurs obli­ga­tions à des fonds de pen­sion gérant par capi­ta­li­sa­tion les comp­tes indi­vi­duels ali­mentés par les coti­sa­tions employeurs et ouvriers (qui ne sont jamais fixes et sont sou­vent redis­cutées lors des renou­vel­le­ment de contrats, les entre­pri­ses ten­tant cons­tam­ment de réd­uire leur propre contri­bu­tion). Ce fut en fait une atta­que concertée du patro­nat et des poli­ti­ques pour réd­uire les char­ges des entre­pri­ses qui se trou­vaient ainsi dégagées du ser­vice direct des retrai­tes dont le mon­tant pou­vait être réclamé lors de ces renou­vel­le­ments des contrats. Le rés­ultat, avec la débâcle finan­cière est que les comp­tes retraite sous l’arti­cle 401(k) avaient perdu, en sep­tem­bre 2008, 2 000 mil­liards de dol­lars (1 600 mil­liards d’euros), mon­tant lar­ge­ment dépassé depuis (un tiers des béné­fici­aires attei­gnent actuel­le­ment 60 ans et 80 % de leur retraite sont assis sur ces fonds).

Les sociétés qui ont des enga­ge­ments de retraite envers leurs retraités présents et futurs doi­vent com­pen­ser les dimi­nu­tions de retraite ser­vies par les fonds de pen­sion, ce qui peut obérer séri­eu­sement leur acti­vité. Une autre pos­si­bi­lité est donnée au capi­tal dans ce pays pour se dégager de toutes obli­ga­tions concer­nant les retrai­tes : la mise en faillite, qui permet à une entre­prise de conti­nuer à fonc­tion­ner en annu­lant toutes ses obli­ga­tions, notam­ment celles rés­ultant du contrat col­lec­tif donc les retrai­tes : c’est ainsi que même en res­tant sala­rié de l’entre­prise, plus aucune contri­bu­tion retraite n’est versée et les pen­sions encore ser­vies par l’entre­prise sont pure­ment et sim­ple­ment annulées.

Une autre conséqu­ence indi­recte de la débâcle des fonds de pen­sion est l’obli­ga­tion dans laquelle se trou­vent ceux qui appro­chent de la retraite, de tra­vailler plus long­temps, de retar­der la fin de leur acti­vité pour accroître tant soit peu son mon­tant (on estime qu’en 2016, 6 % de la popu­la­tion active devront tra­vailler au-delà de 65 ans, contre 3,6 % en 2006).

On a pu enten­dre alors, devant la débâcle des fonds par capi­ta­li­sa­tion, chan­ter les louan­ges de la retraite par rép­ar­tition qui met­trait les retrai­tes des tra­vailleurs à l’abri de ces tempêtes finan­cières. Ce n’est qu’une appa­rence de vérité. D’une part, pour pal­lier les aléas des fluc­tua­tions de l’éco­nomie et/ou de la démog­raphie, les cais­ses par rép­ar­tition doi­vent cons­ti­tuer des rés­erves qui sont… placées sur le marché finan­cier, c’est-à-dire tri­bu­tai­res, comme les fonds de pen­sion, des hauts et des bas de ce marché : une des cais­ses de retraite a ainsi perdu pas mal de mil­lions avec des titres liés à la débâcle amé­ric­aine des « sub­pri­mes ». Mais il y a plus : comme le ser­vice des retrai­tes dépend pour l’essen­tiel des coti­sa­tions encaissées, les recet­tes sont liées à l’acti­vité éco­no­mique, au total des salai­res versés, c’est-à-dire au nombre de sala­riés et au mon­tant des salai­res qui leur est versé. Tout comme la crise éco­no­mique réduit la ren­ta­bi­lité du pla­ce­ment des fonds de retraite par capi­ta­li­sa­tion, elle réduit tout autant pour les cais­ses de retraite par rép­ar­tition le mon­tant des coti­sa­tions per­met­tant d’assu­rer le paie­ment des retrai­tes. Le pro­blème est pour celles-ci rendu plus aigu par le nombre de pos­tu­lants à la retraite, en raison du baby boom de l’après-der­nière guerre mon­diale. On peut d’ailleurs se deman­der si la pro­ro­ga­tion de l’âge des retrai­tes n’est pas liée, quel­les que soient les moda­lités de leur cons­ti­tu­tion, à cette ques­tion pure­ment démog­rap­hique.

D’autres mena­ces

Une autre menace pèse sur l’ensem­ble des régimes de retraite, dis­tinc­te­ment de toutes les conséqu­ences que nous venons d’évoquer : c’est la ten­ta­tion des Etats de se servir auto­ri­tai­re­ment de la manne ainsi mise en rés­erve. Ce n’est pas une vision de l’esprit. Le gou­ver­ne­ment argen­tin vient de « natio­na­li­ser » dix fonds de retraite, c’est-à-dire en fait de pren­dre le contrôle de leurs dis­po­ni­bi­lités afin de pal­lier le manque de fonds pour les inves­tis­se­ments déjà engagés, les recet­tes ayant été obérées par la chute des prix agri­co­les. Dans un autre sec­teur que celui des retrai­tes, le gou­ver­ne­ment français vient de déto­urner à son profit 50 mil­lions d’euros de l’Association de Gestion des fonds pour l’inser­tion des per­son­nes han­di­capées.

En conclu­sion, c’est, pour l’ensem­ble des systèmes de retrai­tes, pour ceux qui, de par le monde, ont la « chance » de pou­voir (encore) en béné­ficier, une situa­tion qui dépend entiè­rement de l’acti­vité éco­no­mique. La crise finan­cière touche effec­ti­ve­ment dans l’immédiat un des systèmes de finan­ce­ment, mais la crise éco­no­mique qui n’a pas encore atteint son plein dével­op­pement tou­chera encore plus séri­eu­sement l’ensem­ble des retrai­tes et des retraités.

On peut prévoir que les mesu­res res­tric­ti­ves pour l’obten­tion de la retraite qui ont déjà vu le jour vont s’accen­tuer alors que la pen­sion versée aux retraités risque d’être tou­chée dou­ble­ment, et par la sta­gna­tion de son mon­tant notam­ment eu égard à l’infla­tion et par cette infla­tion elle-même. ◊

Note

(1) « 401(k)s » : en 1978, fut ajoutée au code fiscal amé­ricain une dis­po­si­tion per­met­tant à un sala­rié d’épargner pour sa retraite tout en différant ses pré­lè­vements fis­caux jusqu’au retrait de son épargne.. Différentes modi­fi­ca­tions ultéri­eures firent que ces coti­sa­tions concer­naient aussi bien les contri­bu­tions sala­riés et employeurs, qu’elles pou­vaient faire l’objet d’accords d’entre­prise, que les pla­ce­ments garan­tis­sant ces retrai­tes pou­vaient faire l’objet de fonds spéciaux sous­cri­vant des actions de l’entre­prise (voir l’affaire Enron). Ce système de retraite, com­pli­qué, était par­ti­cu­liè­rement intér­essant pour les employeurs qui pou­vaient en se met­tant sous cette lég­is­lation éch­apper à des obli­ga­tions contrac­tuel­les. Pour plus de détails on peut consul­ter l’arti­cle « 401 K » sur le site Wikipedia.

Voir aussi :

AGFF : Le syn­di­cat FO conseillait aux sala­riés de pren­dre leur retraite avant le 1er avril 2009

Retraite : Les syn­di­cats silen­cieux sur le renou­vel­le­ment de l’AGFF, pour­quoi ? (125-2008)

La spo­lia­tion des retraités, un moyen pour le capi­tal finan­cier de contre­car­rer la baisse du taux de profit

Retraites : l’Etat orga­nise la misère sociale, et le capi­tal, la paupé­ri­sation

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