Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Patrick Granet

~Chili 1973 11 septembre 2014 par florealanar Le 11 septembre 1973 avait lieu, au Chili, un coup d’Etat militaire emmené par le général Pinochet, mettant fin à la présidence du socialiste Salvador Allende. Voici comment l’événement fut traité dans le numéro d’octobre 1973 du « Monde libertaire », sous la plume de Maurice Joyeux. ___________________________ AU CHILI, LES MILITAIRES TUENT SOUS L’ŒIL BIENVEILLANT DE LA DÉMOCRATIE-CHRÉTIENNE Maurice Joyeux

Ainsi vont les hasards ! C’est au moment où la télévision nous montrait les soudards de l’état-major français manigancer le plus abominable des complots contre Dreyfus, un officier qui avait le tort d’être juif, que nous apprenions la nouvelle du soulèvement militaire au Chili ! Victime de choix parmi quelques milliers d’autres, Allende a été « suicidé ». Salvador Allende était un de ces intellectuels socialistes, gorgés d’humanisme, comme nous en avons tant connu et dont chez nous Léon Blum fut un exemple édifiant. Allende avait rêvé de construire le socialisme dans la légalité, à l’ombre d’une armée de métier fidèle à la constitution libérale du pays. L’innocent ! On se sent pour lui une espèce de tendresse pitoyable qui est de la même veine que celle qui nous étreint lorsque l’on voit dans un film un animal doux et craintif traqué par des charognards. Mais la colère et la pitié n’ont qu’un temps. Des hommes sont morts ou vont mourir, avec lesquels, par quelques parcelles intellectuelles, nous nous sentions liés. Ce qui importe avant tout, c’est de comprendre cette tragédie, en tirer les leçons qui s’imposent et les proclamer sans se laisser amollir par le climat fétide que la démocratie capitaliste répand autour d’elle comme le putois sécrète sa fiente pour protéger son terrain de chasse. L’effondrement de cette tentative pour élaborer un socialisme dans le cadre de la légalité bourgeoise nous conduit à examiner deux institutions de notre temps : la démocratie parlementaire et l’armée. Salvador Allende Salvador Allende Le parlementarisme est une institution construite à l’usage d’une bourgeoisie libérale prospère. Il permet dans le cadre d’une société de classes, dans laquelle le profit est divinisé, de gommer les inégalités criardes et spectaculaires qui sont des ferments de révolte susceptibles de remettre en cause le régime. Le parlementarisme est construit pour un type d’hommes qui ne veulent rien sacrifier de leurs privilèges mais qui espèrent faire vivre les classes dirigeantes et les classes exploitées dans un minimum de décence. Vouloir se servir, pour les libérer les hommes des classes qui les oppriment, d’un système de ce genre est aberrant ! Dans un régime dirigé par des parlementaires socialistes et libéraux, la démocratie joue dans le cadre qui assure la pérennité du système de classes. Les libéraux sont « bons ». Dieu, les grands principes républicains et leur sensiblerie les conduisent jusqu’à l’extrême possibilité que ce régime de classes offre pour améliorer le sort des déshérités, mais après ? Après, si vous mordez le trait, alors armés de leur bonne conscience, de leur confort intellectuel, ils deviennent féroces. Et cette canaille de Frei, le démocrate-chrétien qui, au Chili, jouait la carte démocratique a déjà donné son aval au gouvernement de coupe-jarrets qui vient de se constituer. Marchais disait que le libéralisme ne tolérait la liberté et la démocratie que lorsque celles-ci ne remettaient pas en cause la situation privilégiée de la bourgeoisie capitaliste. Il avait raison. Mais lorsqu’il proclamait qu’en France la situation serait différente, il avait tort. Qu’on se rappelle ! Aucune des transformations révolutionnaires du système économique ne fut le fruit de débats parlementaires. Depuis les Gracques jusqu’à nos jours, lorsque la réforme menaça de remettre en cause les privilèges de classe, la bourgeoisie libérale s’efface pour faire place au sabre. Pas en France, prétendent MM. Mitterrand et Marchais. Ouais ! Et Bonaparte, Cavaignac, Galliffet, Boulanger, Pétain, de Gaulle, et j’en passe ! CharsMais écoutez donc Peyrefitte à la télévision, mais lisez donc Aron dans Le Figaro ! Ils vous le disent, ou plutôt ils vous le crient sans pudeur excessive. Ils vous préviennent. Allende ? Un brave homme, un homme de bien, un démocrate. Une larme démocratique pointe à la paupière de ces deux salopards. Mais ce n’était pas possible, on ne peut pas, sous le vain prétexte d’une majorité relative et circonstancielle, bouleverser l’économie en place ! L’alternance ? Mais l’alternance est à sens unique pour ces personnages de la comédie capitaliste classique. Bien sûr, il s’agit de politiciens pourris par le milieu et prêts à toutes les pirouettes pour défendre leur auge. Mais soyons sérieux. On ne défendra pas le monde du travail à grands coups de principes moraux. Ceux qui, avant Allende, ont essayé de sortir du système par la voie démocratique sont morts sous les balles des militaires ou ont pourri dans les prisons d’Etat. Ceux qui croient de leur devoir de continuer dans cette voie sans issue finiront comme leurs anciens sous le fer, avec comme oraison funèbre les larmes de crocodile des libéraux et les applaudissements d’une galerie qui verra, à l’occasion de l’événement, ses actions remonter en Bourse, comme remontent celles des cuivres du Chili aujourd’hui. En France, prétend Marchais, la situation est différente. Ne rigolons pas. La situation est identique. Et la démocratie parlementaire ne vaut pas mieux ici qu’autre part. La souplesse et la vénalité des parlementaires de gauche nous ont parfois permis d’échapper à l’aventure militaire car, lorsque les problèmes des structures économiques se posent, une partie des élus de cette gauche abandonnent leurs principes et rejoignent les parlementaires de droite pour assurer la pérennité d’une économie capitaliste de classes. Le couple Mitterrand-Marchais est dûment prévenu. « Voilà ce qui vous attend si vous persistez à appliquer le programme commun », déclare La Nation. Et le journal de la réaction militante a raison ! Usant de tous les tripatouillages électoraux possibles, le système parlementaire essaiera de faire le barrage. S’il échoue, les forces capitalistes déclencheront, à l’aide la Bourse, une panique économique qui leur permettra de mettre la démocratie en vacance. Ce sera les pleins pouvoirs, le blocage des salaires, la suppression des libertés. La bourgeoisie libérale compte sur la « compréhension » de l’aile libérale de la gauche pour éviter le pire et imposer « légalement » le tour de vis. Sinon, elle fera appel à un militaire. Rappelez-vous ! Pétain, de Gaulle, un autre et le tour sera joué. Il ne pouvait pas en être autrement au Chili, en France, partout ailleurs, parce que les structures démocratiques et leurs parlements ne sont pas faits pour transformer la société capitaliste, mais pour la modérer afin qu’elle survive. L’instrument de la répression, c’est l’armée. Ça a toujours été l’armée, ce sera toujours l’armée. Elle a été édifiée pour cela. Considérer qu’elle puisse être le gardien vigilant d’une Constitution qui remet en question les conditions économiques du système, donc des classes qui en bénéficient (classes auxquelles l’armée appartient), est ridicule. On peut penser tout au plus que l’armée acceptera des modifications de structures dans la mesure où le nouveau lui conservera son caractère pléthorique. Par sa nature même, l’armée secrète la violence, le despotisme, la volonté de puissance. Mais relisez donc votre histoire ! Chaque fois que le peuple a voulu toucher aux privilèges, c’est l’armée, sur l’injonction des possédants, qui l’a pris à la gorge. Lorsque la force du peuple a semblé invincible, alors l’armée a attendu patiemment son heure et toutes les restaurations se sont faites à l’ombre de ses baïonnettes. Il n’existe pas d’armée légaliste et démocratique, il existe une armée avec tout ce que cette fonction suppose de vices. La tragédie chilienne doit ouvrir les yeux sur la véritable nature de l’armée. Lorsque les temps ne s’y prêtent pas, l’armée se contente de rapiner sur les herbages à moutons du Larzac. Lorsque le temps du brigandage est arrivé, elle se rue sur la nation avec la bestialité du chacal. L’armée ? Mais toutes les armées sans aucune exception. Et nos marxistes rationalistes qui nous disent que l’homme est issu du milieu ont bonne mine de proclamer que de ce pourrissoir, véritable école du crime, il puisse sortir une armée du peuple au service du socialisme. chili-urss-1974-estadio-nacionalLa doctrine de l’armée, plan, plan, rataplan. C’est une société de clans avec des bourgeois qui tiennent salon, dans lesquels les officiers de la garnison cherchent le repos du guerrier. Ce sont les curés qui leur versent de la bonne conscience à l’instant où l’odeur du sang risque de leur monter à la tête. Ce sont des financiers qui ont des filles dont les dots arrondissent les fins de mois. L’armée, c’est les claques, les compagnies de discipline, les « taisez-vous je vous fous dedans ! », l’armée de métier c’est un ramassis de brigands qui de tout temps a constitué une association de malfaiteurs. L’armée, c’est la Commune de Paris, c’est Fourmies, c’est aujourd’hui le Chili saigné aux quatre veines par des canailles depuis longtemps à l’affût de leur mauvais coup. L’imagerie populaire a essayé de nous brosser le portrait d’une armée républicaine avec de jeunes chefs au service de la République. Hoche, juste avant de mourir, était à la tête d’un complot, préface au coup d’Etat de Bonaparte. Moreau, Pichegru, Augereau… le papier ne suffirait pas à signaler ces chefs de guerre « républicains » qui ont eu la vocation de chefs de bande. Et si parfois quelques éléments supportables se fourvoient dans ce merdier, le milieu ne tarde pas à les façonner à l’image de l’Histoire. Nos anciens, que les révolutionnaires de parlement méprisent, avaient raison. L’armée, comme la justice et l’Eglise, forment un tout. Le régime démocratique est une variante des structures mises en place pour asservir les populations. Le Chili, après d’autres pays, vient d’en faire la triste expérience. Les défilés, les heures de grève, les proclamations, ne changeront rien à la situation du peuple chilien. Les pantalonnades démocratiques ont amolli le mouvement révolutionnaire. Les signatures, les manifs, les palinodies électorales servent d’exutoire aux petits-bourgeois braillards. Il faut rompre avec le cinéma démocratique, revenir au combat révolutionnaire traditionnel. Non ! la bourgeoisie n’acceptera pas le jeu électoral. Non ! on ne mangera pas l’artichaut feuille par feuille. Et, à moins qu’elle ait l’assurance que le profit reste en place, la bourgeoisie n’acceptera pas la politique des cinquante et un pour cent, ni ici ni ailleurs. Elle imposera le combat à l’heure qu’elle a choisie avec toutes les forces réactionnaires camouflées sous l’étiquette démocratique (…). Nous ne sommes pas à l’abri d’une restauration « chilienne ». Qu’on y réfléchisse ! Les hommes organisés à partir du cirque électoral et des défilés folkloriques ne tiendront pas plus longtemps qu’ils n’ont tenu en 1958. Les grands principes sont sans efficacité contre les chars et l’aviation, qu’on se le dise ! Il faut en finir avec la politique de l’autruche qui cache son visage derrière le caillou démocratique et qui laisse ses fesses exposées à toutes les insultes (…). C’est pour ne pas l’avoir compris que depuis cent ans les forces populaires, coincées dans la ratière démocratique par la classe dirigeante, ne peut plus que sauver l’honneur, c’est-à-dire tendre son cou au couteau du chourineur

Chili 1973       -        par florealanar

Commenter cet article