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Publié par Patrick Granet

~LLAH KHOMEINI L’Ayatollah Khomeiny (1902-1989) est une personnalité religieuse et politique en Iran. Il fut à l’origine de la révolution islamique de 1979 qui renversa le chah Mohammad Reza Pahlavi. Khomeiny installa en Iran une République Islamique qu’il gouverna jusqu’à son décès au titre de « Guide suprême ». Ruhollah Al-Moussawi Al-Khomeiny naît le 24 septembre 1902 dans une famille d’intellectuels chiites à Khomein, un village situé près de Téhéran. Son père, Seyyed Moustafa Al-Moussawi, qui est compté parmi les grands oulémas de son époque, meurt six mois après la naissance de Ruhollah. L’enfant est ainsi élevé par sa mère et sa tante, mais celles-ci décèdent alors que Ruhollah n’est âgé que de 15 ans. Comme son père, après avoir terminé ses études de théologie, Khomeiny fait une carrière académique d’expert en théologie. En 1927, il enseigne à Qom. Il est ensuite nommé Ayatollah (titre donné aux membres du haut clergé chiite) dans les années 1950. L’Imam Khomeiny est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages répartis dans les différentes branches des sciences islamiques. KHOMEINY S’OPPOSE AU RÉGIME DU CHAH En 1953, une opération militaire menée par la CIA (opération AJAX) renverse le régime de Mohammad Mossadegh et permet au chah d’Iran Mohammad Reza Pahlavi de remonter sur le trône malgré l’opposition violente du peuple à son retour. Un climat d’insécurité et d’oppression s’installe. Khomeiny s’engage dans l’opposition au régime dictatorial de Mohammad Reza. Il dénonce la « révolution blanche » qui désigne l’ensemble des réformes menées par le chah en vue de moderniser la société iranienne, incluant le droit de vote des femmes. En 1962, il proteste ouvertement contre la torture et les emprisonnements dictés par le chah, dont le régime est vu comme garant des intérêts des Etats-Unis. Le 3 juin 1963, Khomeiny fait un discours historique contre la subordination du chah aux pouvoirs étrangers et dénonce son soutien à Israël. L’arrestation immédiate de l’Ayatollah provoque de violentes manifestations populaires. Celui-ci sera rapidement libéré par le Gouvernement devenu conscient de son influence. Reconnu comme « guide religieux suprême », Khomeiny devient l’un des chefs de la communauté chiite. 1964-1979, L’EXIL En 1964, l’Ayatollah Khomeiny est expulsé d’Iran. Il part d’abord en Turquie, puis en Irak, à Nadjaf et à Kerbala, la ville sainte du chiisme, où son discours se radicalise davantage. Son activisme pro-chiite indispose le pouvoir irakien et en 1978, il part pour la France et s’installe à Neauphle-le-Château. Exilé, il systématise sa pensée autour d’une conviction selon laquelle la démocratie n’est pas un modèle adéquat pour l’Iran. Selon lui, c’est aux oulémas, héritiers du prophète, que revient l’autorité religieuse et politique. Aux dignitaires religieux est reconnu le pouvoir de désigner le plus savant d’entre eux pour centraliser l’autorité. A la fin de l’année 1978, des manifestations violentes faisant plusieurs milliers de victimes poussent le chah à abdiquer et à fuir vers l’Egypte le 16 janvier 1979. Ce dernier mourra au Caire en juillet 1980. LA RÉPUBLIQUE ISLAMIQUE Le 1er février 1979, Khomeiny revient de manière triomphale à Téhéran après 14 ans d’exil. Le 11 février, il prend le pouvoir en tant que Guide suprême (Rahbar en Persan) ou Guide de la Révolution islamique. Le Guide suprême de l’Iran détient la plus haute autorité. Il est responsable de la supervision des « politiques générale de la République islamique d’Iran ». Il est commandant en chef des forces armées, contrôle le renseignement militaire et les opérations liées à la sécurité. Lui seul a le pouvoir de déclarer la guerre. Il est élu par l’Assemblée des Experts pour une durée illimitée (et potentiellement à vie). Le titre de Président de l’Iran est quant à lui surtout honorifique. Le président de la République est élu au suffrage universel pour un mandat de quatre ans. Il est responsable de l’implémentation de la constitution et de l’exercice des pouvoirs exécutifs, à l’exception de ceux directement liés au guide suprême. Le 1er avril, la république islamique est proclamée. L’Iran instaure ainsi un système institutionnel très singulier: une république unique au monde avec un mélange de principes théocratiques et démocratiques (président et députés élus au suffrage universel). Khomeiny occupera la fonction de Président de la République de manière transitoire entre 1979 et 1980. Le 4 février 1980, il approuve l’élection de l’imam Abolhassan Bani Sadr au titre de premier président de la République islamique d’Iran. Sadr est destitué le 21 juin 1981 par Khomeiny, et obligé de fuir le pays tandis que la plupart de ses collaborateurs sont assassinés par les pasdarans (gardiens de la révolution). Il est remplacé à la présidence par Mohammad Ali Rajai mais celui-ci est assassiné moins d’un mois après son élection, avec d’autres membres de son gouvernement. Après Rajai, c’est l’imam Ali Khamanei qui est élu Président de la République Islamique. A la différence de Sadr, Khamenei s’est rarement opposé aux idées du Guide Suprême. L’IRAN SOUS KHOMEINY Sous le Gouvernement islamique, la loi islamique chiite est instituée. Les femmes perdent plusieurs de leurs droits en tant que citoyennes égales, et la liberté de parole et de la presse continuent d’être aussi réduites que sous le chah. Tous les symboles du capitalisme américain sont proscrits. Khomeiny devient peu à peu l’objet d’un culte de la personnalité. Toute opposition à sa personne, au gouvernement religieux ou à l’Islam en général se voit durement réprimée. Au lendemain de la révolution, on rapporte de nombreux cas de non respect des droits de l’homme, principalement liés à la pratique de la torture. LA CRISE DES OTAGES Le 4 novembre 1979, des étudiants islamistes assiègent l’ambassade américaine à Téhéran pour protester contre l’accueil du chah par les Etats-Unis en raison de problèmes de santé. Ils prennent 53 personnes en otage parmi le personnel de l’ambassade. En échange de ceux-ci, Khomeiny demande aux Etats-Unis l’extradition du chah en vue de son procès en Iran. Washington refuse et répond en cessant ses importations de pétrole iranien. Le 24 avril 1980 les Etats-Unis font une tentative de libération des otages par un commando héliporté qui se révèle infructueuse. Les otages ne sont libérés qu’après 444 jours de détention, grâce à la médiation du ministre des Affaires étrangères algérien, Mohamed Seddik Benyahia. LA GUERRE IRAN-IRAK Peu de temps après son arrivée au pouvoir, Khomeiny lance une campagne pour « exporter » la révolution dans les pays musulmans environnants. Sa provocation à l’égard de l’Irak cumulée à sa prétention sur certaines régions pétrolifères de la région, pousse le leader irakien Saddam Hussein à envahir l’Iran. La guerre qui s’ensuivra durera huit ans et ne se terminera qu’après que les Etats-Unis aient coulé des bateaux de guerre iraniens dans le Golfe persique. Khomeiny décrira la défaite comme « plus mortelle que du poison ». La guerre terminée, Khomeiny ordonne l’exécution des prisonniers politiques. En l’espace de trois mois, plus de 30.000 prisonniers sont exécutés. Le successeur présumé de Khomeiny, l’Ayatollah Montazeri proteste contre ce massacre et critique la détention du pouvoir politique par les clercs, ce qui lui vaut la disgrâce et l’assignation à résidence. LA FATWA CONTRE SALMAN RUSHDIE Le 14 février 1989, Khomeiny lance une fatwa (avis juridique) contre Salman Rushdie pour les propos tenus dans ses « versets sataniques ». Entre autre chose, le roman de Rushdie contient en effet des passages qui laissent suggérer que certains versets du Coran n’auraient pas été dictés par Dieu mais bien par Satan. L’imam déclare l’auteur coupable d’avoir offensé « l’Islam, le Prophète et le Coran » et appelle tous les musulmans à exécuter Rushdie et ses éditeurs, où qu’ils puissent se trouver. Khomeiny meurt le 3 juin 1989, après onze jours passés à l’hôpital en raison d’une hémorragie interne. Une foule de plus d’un million d’Iraniens se réunit autour du lieu d’enterrement qui, aux jours des obsèques, n’est pas officiellement connu. Malgré le décès de l’Imam, la fatwa contre l’écrivain Rushdie est restée d’application. L’APRÈS KHOMEINY À la mort de Khomeiny, Ali Khamenei est élu Guide suprême à vie par l’Assemblée des experts. L’Iran évolue progressivement vers un régime plus modéré. Les attentes sont grandes vis-à-vis des réformateurs qui promettent une séparation du politique et du religieux. Akbar Hashemi Rafsanjani est élu Président en juillet 1989 et réélu en 1993. Le réformiste Mohammed Kathami lui succéde en 1997. Mais le clergé conservateur reste un obstacle au changement et les réformes promises peinent à être mises en places. Khamenei freine souvent la politique d’ouverture de la société et des institutions voulue par le président. Des manifestations étudiantes sont organisées pour dénoncer les promesses non tenues par les dirigeants. En 2001, Kathami est réélu, mais le climat de répression reste virulent. Après les attentats du 11 septembre, les relations entre l’Iran et les Etats-Unis connaissent un regain de tension lorsque le Président américain Georges W. Bush place l’Iran sur un « Axe du mal » aux côtés de l’Irak et de la Syrie. En juin 2005, l’ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad est élu Président de la République Islamique d’Iran. Celui-ci adopte un discours volontiers provocateur, à la fois antisioniste et négationniste. Il défie la communauté internationale toute entière en refusant l’arrêt du programme nucléaire iranien.

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