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Publié par Patrick Granet

~Publié le 25 septembre 2014 Cet article a été publié par Charlie Hebdo le 10 septembre 2014 Les patrons de la Shell sont de grandioses criminels. Après avoir pourri pour l’éternité le delta du Niger, ils s’apprêtent à rembarquer. Prochaine destination : l’Alaska, qui a bien besoin d’une nouvelle marée noire.

Ainsi qu’on sait, ad nauseam, le brave garçon Valls aime l’entreprise. Donc la Shell, joyau anglo-néerlandais et sœur jumelle de notre magnifique Total. Total, pour les oublieux, c’est – historiquement – Elf Aquitaine, la Françafrique, les valoches pleines de biftons, les biens mal acquis, les satrapes comme Sassou-Nguesso ou Bongo, les disparus, les torturés, les démantibulés.

Et la Shell ? Avant de donner des nouvelles récentes du monstre, jetons ensemble un coup d’œil sur le passé. La Shell s’est emparée du delta du Niger (Nigeria) dès les années Cinquante du siècle passé, grâce à la découverte d’un premier gisement de pétrole à Oloibiri, en 1956. Le reste est une épouvante pure, qui a tué la région, jadis un paradis pour les pêcheurs et les paysans, grâce à l’eau et ses innombrables bras, grâce à des terres constamment fertilisées par les alluvions.

~Un livre ne suffirait pas à seulement dresser une liste des saloperies de la Shell sur place. L’idée de crimes contre l’humanité s’impose d’elle-même. En août 2011, le Programme des nations unies pour l’environnement (Pnue) publie un rapport qu’il estime lui-même sans précédent (Environmental Assessment of Ogoniland). En résumé, le delta est foutu. Le pétrole sature les sols agricoles, le poisson a disparu, l’air est pollué comme dans aucune autre ville industrielle. Notamment à cause de fuites dans des oléoducs que personne ne songe à réparer, et des immenses torchères qui crament le gaz – dont la Shell se fout – à mesure qu’il s’échappe des gisements pétroliers.

~Au total, il faudrait un plan de restauration écologique étendu sur une génération, doté pour commencer d’un fonds d’1 milliard de dollars. En somme, comme le dit explicitement le texte, il s’agirait de la plus vaste opération de dépollution jamais réalisée dans le monde. Le conditionnel est évidemment un impératif, car rien n’a été seulement commencé. La Shell, bien conseillée par ses communicants, avait pourtant déclaré, aussitôt lu le texte du Pnue qui la mettait directement en cause : « Ce rapport apporte une contribution de grande valeur en vue d’améliorer la compréhension du problème des fuites de pétrole dans l’Ogoniland ».

~Nous voilà à la fin de l’été 2014, et Amnesty International, associé aux Amis de la Terre, vient de publier un bilan des trois années perdues (http://www.foeeurope.org/shell-no-progress-polluted-niger-delta-040814). Commentaire de Godwin Ojo, des Amis de la Terre/Nigeria : « Le gouvernement et Shell se sont contentés de mettre en place des opérations qui ressemblent à des mesures réelles mais ne sont en réalité que des faux-semblants. Cette absence de véritables mesures face aux preuves scientifiques irréfutables est scandaleuse ».

~Charlie s’autorise une précision sur le ton finalement prudent d’Ojo : le Nigeria est un pays qui tue ceux qui emmerdent le pouvoir en place. Militaires et civils remplissent depuis cinquante ans des comptes numérotés avec le fric du pétrole et ne plaisantent pas avec leurs sous. Rappelons pour mémoire la pendaison de l’écrivain Ken Saro-Wiwa, en 1995, qui présidait le Mouvement pour la survie du peuple Ogoni. Ce pauvre couillon avait eu la très mauvaise idée de dénoncer les activités de la Shell dans le delta.

~Après un demi-siècle de dévastation, il est visiblement temps, pour la transnationale pétrolière, d’aller forer ailleurs. On apprenait le 27 août, à la lecture du Figaro, ce grand ami de l’entreprise, que la Shell est en train de fourguer ses gisements pétroliers du Nigeria. On trouvera bien d’autres salauds pour continuer le boulot. Shell a de toutes nouvelles ambitions, à commencer par l’Alaska, un pays où les glaciers et les grizzlis font encore absurdement la loi.

~Le groupe vient de déposer une demande de permis d’exploration en mer des Tchouktches, face à l’Alaska, en bordure de l’océan Arctique. Les forages devraient suivre en 2015, pas bien loin du lieu d’échouage du pétrolier Exxon Valdez, en 1989, qui avait massacré 1300 kilomètres de côtes sauvages. Or la Shell est une pro des marées noires, qui en a craché deux dans le delta du Niger, en 2008 et 2009. Valls a bien raison : y a de quoi aimer follement l’entreprise.

Aimer l’entreprise, adorer la Shell  -

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