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Publié par Patrick Granet

PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS, QUI LAVE VOS CHAUSSETTES ?

Le travail domestique est généralement présenté comme un ensemble de tâches réalisées dans le foyer et dont l’effectuation est inéquitablement répartie entre les hommes* et les femmes*. Ces dernières en réalisent en fait la majorité. Une injustice que dénonce la presse (bourgeoise ou militante) en mars de chaque année. Nous n’allons donc pas dresser ici le constat de cette inégalité et aligner les classiques chiffres montrant la muflerie des hommes, mais plutôt lancer quelques pistes de réflexions.

Avec l’évolution de la société et des mœurs, la question du travail domestique peut paraître moins centrale aujourd’hui (que par exemple dans les années 1970). Les réflexions féministes actuelles portent davantage sur la sexualité, la réappropriation du corps ou de l’espace public, les violences faites aux femmes, les discriminations au travail, etc. On voit pourtant que la double journée caractérise encore la condition des femmes. C’est que le travail domestique a été depuis le XIXe siècle fondamental dans la construction sociale du genre* féminin, mais aussi dans le développement du mode de production capitaliste. Reste à savoir ce qu’il en est aujourd’hui.

Problème de définition

Il est difficile de s’accorder sur une définition du travail domestique (tant elle est la marque d’un positionnement politique, parfois très polémique). Le terme travail prête d’ailleurs à confusion car, dans notre société, c’est la rémunération (généralement sous la forme du salaire) qui permet d’identifier une activité comme du travail 1.

Le travail domestique est constitué des tâches effectuées au sein du foyer et que les statisticiens divisent généralement en temps ménager (ménage, cuisine, lessive) et temps parental (élevage des enfants) 2. Des définitions, en particulier celles de certaines féministes, incluent également les tâches affectives ou de lien social 3, le soin aux membres invalides de la famille, voire le « service sexuel ». Ce travail, qui concerne tout ce qui touche à la reproduction*, est majoritairement réalisé par les femmes.

Dès les années 1970, le courant féministe radical (dans la lignée de Christine Delphy) tente une analyse matérialiste et rigoureuse du rapport entre hommes et femmes, et place au cœur de sa théorie le travail domestique. Selon cette théorie, il est au centre d’un mode de production spécifique (le mode de production domestique, distinct du mode de production capitaliste), dans lequel les femmes (considérées comme une classe) sont exploitées par les hommes (l’autre classe), ce qui explique leur domination. Le travail domestique est donc l’activité des femmes au sein du foyer. Parce qu’il rejette (fort justement) tout essentialisme*, ce courant se refuse à mettre en avant dans sa démonstration la question de l’élevage des enfants.

Ces deux définitions sont problématiques. La première car elle passe à côté du caractère structurel du travail domestique en n’y voyant qu’un inégal partage à corriger. La seconde parce qu’elle implique une définition circulaire insatisfaisante : le travail domestique est le travail effectué par les femmes, les femmes sont les personnes qui effectuent le travail domestique. Si cela écarte de fait la question de la répartition des tâches au sein du couple hétérosexuel, comment caractériser les tâches effectuées par les hommes ? Celles réalisées dans un couple homosexuel ? Dans une famille homoparentale ? Que dire de la (très) lente évolution de la répartition des tâches ? Ne faut-il pas la prendre en compte dans une analyse de ce rapport social ? Et si le travail domestique n’est pas une liste de tâches, cette définition omet également les différences matérielles objectives entre bourgeoises et femmes prolétaires 4. Le problème est aussi que cette théorie ne dénonce qu’une exploitation économique de la classe des femmes par celle des hommes, sans voir le caractère central de la reproduction (comme phénomène social) pour l’Etat et le capital.

Une invention du capitalisme* 5

Le travail domestique apparaît en fait dans ce XIXe siècle qui voit le développement fulgurant du capitalisme. Avant la période industrielle, la population est majoritairement rurale et paysanne. Le foyer (la ferme), où vit une famille généralement élargie (parents, grands-parents, enfants, célibataires, autres personnes, domestiques, etc.), est une unité où production et reproduction coïncident. La production agricole permet la survie de la famille et, si la répartition des tâches est sexuée (comme dans toute société connue), les activités des hommes et des femmes sont complémentaires et indispensables (par exemple les travaux de force réservés aux hommes, le potager et l’élevage aux femmes). Cette sexuation* n’implique alors pas une dévalorisation et une invisibilisation des tâches féminines.

Si une partie de l’activité des femmes a globalement pour centre le lieu d’habitation, la plupart des tâches qui y sont alors effectuées n’existent plus aujourd’hui. Il s’agit majoritairement d’une production matérielle destinée à l’autoconsommation (vêtements, bougies, etc.) 6. Inversement, les tâches qui aujourd’hui forment le noyau dur du travail domestique (cuisine, lessive, ménage) ne sont alors que très marginales (ménage de printemps, rares lessives, etc.) et l’élevage des enfants est fort sommaire (l’enfant est considéré et traité comme un adulte en miniature) 7.

Le passage au mode de production capitaliste est une rupture spectaculaire avec la situation figée qui prévalait depuis des siècles. Les travailleurs sont progressivement dépossédés des moyens de production et de subsistance (salariat et marchandise deviennent la règle), ce qui institue la séparation entre lieu de production (sphère publique*) et lieu de reproduction (sphère privée*). C’est une nouveauté majeure.

Dans un premier temps (jusqu’à la première moitié du XIXe siècle) le capital utilise sans vergogne la main-d’œuvre à sa disposition (hommes, femmes, enfants) mais il devient évident que cela met en danger la reproduction même de la « race des travailleurs » (Marx). Lorsque les ouvriers travaillent quatorze heures par jour (plus les trajets), il faut bien qu’en arrivant chez eux la soupe ait été préparée, la lessive faite et les enfants nourris. Les femmes (de par leur traditionnelle fonction de reproductrices du groupe) se trouvent alors assignées au foyer qui prend sa forme contemporaine de lieu de la reproduction de la force de travail*. C’est à ce moment que naît le travail domestique qui va caractériser la construction sociale des femmes tout au long du XXe siècle (caractère central dans la vie, éducation en ce sens, notion d’essence, etc.).

L’effectuation du travail domestique par les femmes est un atout pour le capital. Elle engendre aussi une baisse du temps de travail nécessaire* donc une baisse de la valeur de la force de travail. La part de surtravail*, source de plus-value, est donc plus grande. Le temps de travail nécessaire est le temps qu’il faut au salarié pour produire la somme nécessaire à sa reproduction (son salaire). S’il n’y a personne pour effectuer « gratuitement » le travail domestique, soit le salaire devra augmenter (car il devra dépenser plus d’argent) et également le temps de travail nécessaire, soit le temps de travail devra diminuer 8.

Mais au XXe siècle le capitalisme a progressivement besoin de libérer les femmes de la sphère privée* pour exploiter leur force de travail. Dans la seconde moitié du siècle, les femmes entrent massivement dans le salariat (notamment dans le tertiaire). A cela correspond l’évolution du droit et de la famille mais aussi la socialisation de certaines tâches ménagères et le développement de l’électroménager (« Moulinex libère la femme »). C’en est fini du patriarcat*, mais certainement pas de la domination masculine* 9.

Depuis qu’il a pris son essor, le capitalisme est face à une contradiction de poids. Il a besoin que le travail domestique soit effectué, mais il a également besoin de la main-d’œuvre féminine. Ce fait, qui semblait n’être qu’une nécessité conjoncturelle jusque dans les années 1950, est devenu une nécessité structurelle pour les pays occidentaux. Le capitalisme peut tenter de résoudre cette contradiction :

•en salariant les femmes au détriment de l’effectuation du travail domestique ;

•en les assignant au foyer/travail domestique, au détriment du travail salarié ;

•en combinant les deux et en socialisant une partie des tâches. C’est la méthode la plus prisée, celle du travail à temps partiel imposé qui permet d’articuler, plus ou moins bien, production et reproduction (en France, 80 % des travailleurs à temps partiel sont des femmes).

Reproduction de la force de travail

Le travail domestique comprend les tâches indispensables à la reproduction de la force de travail qui sont en fait de deux types :

•celles nécessaires à la reproduction quotidienne (cuisine, lessive, etc.) 10 ;

•celles nécessaires à la reproduction générationnelle (enfantement et élevage).

Les tâches destinées à la reproduction quotidienne, tout en restant nécessaires, ont aujourd’hui une importance moins centrale qu’au XIXe siècle ou dans les années 1950 car de nouvelles tendances sont apparues : célibat, union libre, familles monoparentales, socialisation ou commercialisation de certaines tâches, etc. Mais la reproduction générationnelle reste centrale (même si elle occupe moins de temps dans la vie d’une femme en 2012 qu’en 1950).

Un travail gratuit ?

Contrairement à ce que l’on entend généralement, le travail domestique n’est pas réellement gratuit. Sa rémunération est incluse dans le salaire de l’époux, qui n’est pas le paiement du travail effectué mais la valeur de la reproduction de la force de travail (du travailleur et de sa famille). Aujourd’hui, cette rémunération est comprise dans les revenus du couple (il devient difficile à un couple de vivre avec un seul salaire). C’est la logique du système qui veut qu’il ne soit pas rémunérable… une seconde fois.

Cela caractérise le travail domestique (et le rapport entre hommes et femmes) et le différencie de l’exploitation capitaliste 11. Les femmes ne sont pas les prolétaires* et les hommes les patrons 12 ; le contrat de mariage (quand il y en a un) n’est pas un contrat de travail ; le foyer n’est pas l’usine.

Ce travail est effectué non pas au profit de l’époux (quoi qu’il en retire un bénéfice matériel, notamment du temps libre – et l’assurance de son entretien), mais à celui du capitaliste qui voit ainsi ses prolétaires reproduits.

C’est cette rémunération indirecte qui fait que le travail domestique est dévalorisé et non reconnu (invisible).

« Allons, allons, on a toujours un petit quelque chose a faire »13

Le travail domestique est souvent qualifié d’infini. En effet, lorsqu’une innovation technologique permet d’éliminer une tâche (de gagner du temps), une autre vient la remplacer, d’où la considérable évolution de la forme du travail domestique au XXe siècle 14. La société industrielle, puis la société de consommation à partir des années 1960, ont complètement modifiéla vie quotidienne et notamment le travail domestique (apparition et généralisation des frigos, aspirateurs, lave-linge, bouffe industrielle 15, supermarchés, etc.).

On peut y voir plusieurs causes : le besoin de libérer les femmes du foyer pour pouvoir les prolétariser, le développement de la société de consommation (par exemple, l’électroménager), etc. Mais de nouvelles tâches (en particulier la gestion, l’éducation des enfants, etc.) sont apparues et ont remplacé les précédentes 16.

Le travail domestique a un caractère très élastique. Lorsqu’une femme est salariée, le nombre d’heures de travail domestique qu’elle réalise diminue considérablement par rapport à une femme au foyer (leurs enfants sont-ils pour autant plus sales ?). De même, une chômeuse effectue moins d’heures de travail domestique qu’une femme au foyer car elle est davantage tournée vers l’extérieur, a une vie sociale plus développée.

Aujourd’hui, beaucoup de tâches peuvent paraître complètement « inutiles » d’un point de vue reproductif (par exemple repasser des torchons ou des bleus de travail, nettoyer sous les canapés et derrière le frigo toutes les semaines). Le caractère infini de cette liste de tâches montre bien qu’elle n’est justement pas une liste. Le travail domestique est bien l’activité des femmes au sein du foyer telle que définie par leur construction sociale 17.

Socialisation des taches

Un grand nombre de tâches quotidiennes ont été socialisées ou sont devenues des marchés au cours du XXe siècle (restauration à l’extérieur du foyer, plats cuisinés à l’intérieur, pressing, etc.). L’Etat a aussi pris en charge, ou permis, la socialisation d’autres tâches, comme par exemple celles liées à la reproduction générationnelle : l’Education nationale, les cantines, les crèches, les hôpitaux, les maisons de retraite, les emplois de soins à la personne, etc.

De la sorte, l’Etat participe à la reproduction globale de la force de travail (Etat social, santé, éducation, allocations, etc.), évidemment guidé par la recherche de performance économique et de stabilité sociale (et non par altruisme ou philantropie). D’ailleurs, si la productivité des travailleurs français est parmi la plus élevée au monde, l’Etat providence (ou se qu’il en reste) n’y est très probablement pas pour rien. C’est un moyen pour résoudre le problème que posent les femmes au capital.

Question de temps

Si la répartition entre hommes et femmes des tâches au sein du foyer est inégalitaire, l’inégalité est bien antérieure à la formation du couple. En effet, les femmes célibataires font d’avantage d’heures de travail domestique que les hommes célibataires (9 h 20 en moyenne) 18 [voir le tableau ci-dessous19 ]. L’écart passe à 11 h dans un couple (les hommes en font moins et les femme autant).

De plus, lorsqu’un premier enfant arrive, le temps de travail domestique des femmes explose (celui des hommes diminue encore 20). C’est à elles qu’incombe cette charge et cela se confirme et empire avec l’arrivée d’autres enfants. L’élevage bouleverse la donne de départ déjà inégalitaire.

Des années 1960 aux années 1980, la participation des hommes aux tâches domestiques augmente, ce qui peut s’expliquer par la salarisation croissante des femmes.

En effet lorsque les deux membres d’un couple travaillent, on remarque un léger rééquilibrage dans la répartition des tâches (moins de raisons « objectives » à ce que ce soient les femmes qui les effectuent en totalité). A partir des années 1990, cette augmentation est quasiment arrêtée. Il semble donc que c’est bien sur l’élevage des enfants que bute cette répartition (les tâches de reproduction quotidienne peuvent être partagées, inégalitairement, mais les tâches de reproduction générationnelle incombent essentiellement aux femmes).

A noter que l’écart dans le partage des tâches se réduit lorsque le niveau des salaires, surtout celui des femmes, augmente 21. Celles qui travaillent confient à d’autres, généralement des femmes d’un rang social inférieur, la réalisation de certaines tâches. La question des classes* ressurgit (coût de la garde des enfants, des aides ménagères, etc.), mais la sexuation perdure.

Et les hommes dans tout ça ?

Les hommes sont des intermédiaires dans le contrôle des femmes (de leur ventre). L’une des prérogatives qu’ils en retirent est notamment l’effectuation du travail domestique par les femmes 22. Cela se transforme pour eux en temps libre (et lui permet de boire des bières en regardant un match à la télé) 23.

Reste à savoir ce que font les hommes au sein du foyer. Les statisticiens et certaines féministes englobent ainsi le bricolage ou le jardinage dans le travail domestique, ce que ne font pas les féministes radicales.

Une répartition égalitaire du travail domestique est-elle imaginable ? Cela relève peut-être de la science-fiction car ce n’est vraiment pas à l’ordre du jour. Il est néanmoins probable qu’une répartition égalitaire en nombre d’heures conserverait une répartition sexuée (aux hommes la cuisine et la lessive, mais aux femmes l’élevage des enfants). Devant une égalité en nombre d’heures, la définition féministe radicale serait quelque peu mise à mal (comme elle l’est un peu avec l’évolution de cette répartition). Pourrait-on alors toujours parler de travail domestique ? De sa fin ? Bien plutôt d’une évolution ou d’une modification du rapport social hommes/femmes.

Demain, la crise

Un récent rapport de l’OCDE 24 préconise de mettre en place des politiques permettant une augmentation du taux d’activité des femmes (considéré comme une source de croissance économique future) et notamment d’assurer une meilleure répartition des tâches domestiques au sein des foyers (particulièrement la garde des enfants).

Le rapport insiste longuement sur la nécessité de remettre rapidement les femmes au travail après une grossesse (qui pénalise le travail et l’évolution des carrières). En fait cela concerne surtout les plus qualifiées et les plus diplômées, car il s’agit de rentabiliser l’investissement que représente leur formation (aujourd’hui en France elle est en moyenne supérieure à celle des hommes). La fraction féminine de la classe capitaliste peut certes échapper aux tâches ménagères (grâce aux domestiques) mais pas à la grossesse (même si plus l’on monte dans l’échelle sociale, moins l’on fait d’enfants).

L’Etat jouant aujourd’hui un rôle majeur dans la reproduction globale de la force de travail, les dérives du XIXesiècle (risques pour la reproduction de la « race des prolétaires ») ne sont pas envisageables.

Mais quid de la remise en cause de l’Etat providence et des politiques d’austérité ? Dans ce même rapport, l’OCDE met en garde les Etats qui seraient tentés, par des mesures de rigueur, de réduire les investissements en ce domaine (le travail des femmes est la clé de la croissance !). Or, on le voit bien par exemple en Grèce, ces mesures frappent lourdement les femmes, soit directement (emplois féminins dans la fonction publique), soit indirectement (l’Etat se déchargeant de certaines tâches de reproduction sur elles) : réforme des retraites, attaques contre les services publics notamment le secteur de la santé (fermetures de maternités ou de centres d’IVG en France), suppression des aides pour les emplois de service à la personne (Grande-Bretagne), mesures pour le retour au foyer (Hongrie), etc. On sait pourtant que le capitalisme a besoin du travail des femmes, particulièrement dans le tertiaire. On sait aussi que, dans les années 1970, les mesures mises en place par l’Etat (en France notamment) visant à renvoyer les femmes vers le foyer n’ont eu qu’un effet marginal ; bien que souffrant davantage du chômage, elles sont restées sur le marché du travail. Le mode de production capitaliste à bien un problème avec les femmes !

Travail domestique et rapport social

Le travail domestique est une invention du capitalisme et il est définitoire de la forme que prend le rapport entre hommes et femmes dans ce mode de production. Bien qu’il ait grandement évolué, son rôle est resté inchangé : la reproduction quotidienne et surtout générationnelle de la force de travail.

Au-delà d’une réprobation morale devant une « injustice » (le rapport entre hommes et femmes perçu comme une inégalité), certains pourraient trouver accessoire la question du travail domestique. Elle est pourtant centrale, comme on l’a vu, dans la construction sociale des genres et dans le mode de production capitaliste (donc dans la division du travail, la première en l’occurrence). La révolution, de fait, aura à franchir la porte du foyer et de la sphère privée, pour les faire voler en éclats. Car c’est la révolution qui devra faire le ménage.

1 C’est aussi pourquoi (mais peut-être aussi par paresse ?), lorsque nous écrivons que les femmes « travaillent », il faudrait à chaque fois ajouter « en échange d’une rémunération ».

2 Des études statistiques englobent dans le temps parental non seulement les soins aux enfants (toilette, habillement, etc.) mais aussi les jeux, les câlins, les promenades, les lectures non scolaires, etc.

3 Delphy parle des « prestationsde représentation sociale » qui concernent surtout les femmes de la classe capitaliste.

4 Claude Alzon critique Christine Delphy en particulier sur cette question. Voir Claude Alzon, La Femme potiche et la femme bonniche, pouvoir bourgeois et pouvoir mâle, Paris, Maspéro, 1974, 128 p. Il met en lumière les différentes formes que prennent l’oppression des femmes bourgeoises et celle des femmes prolétaires dans les années 1970.

5 Voir l’article sur le travail et la famille au XIXe siècle, p. 73.

6 Plus un peu de troc ou de vente sur le marché. Par la suite, surtout au XIXe siècle, certaines paysannes consacrent une partie de leur temps à la fabrication de produits qui sont vendus aux premiers industriels (filage).

7 Sur l’apparition des notions d’enfant et d’amour maternel voir Philippe Ariès, L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Paris, Seuil, 1975, 320 p. et Elisabeth Badinter, L’Amour en plus, histoire de l’amour maternel, XVIIe-XXe siècle, Paris, Flammarion, 1981, 376 p.

8 Sur ce point, voir, pour ceux qui ont du courage, « Distinction de genres, programmatisme et communisation », Théorie Communiste, n° 23, mai 2010, p. 99-128.

9 Voir l’article «Capitalisme, genres et communisme», p. 11.

10 Ces tâches doivent être faites quelle que soit la situation, même par un/une célibataire.

11 De plus, le travail domestique ne produit pas de valeur, ni rien qui soit échangeable sur le marché (on ne peut pas rapprocher le travail domestique des femmes au foyer et le travail salarié des femmes de ménage).

12 Même si Marx ou Engels ont parfois fait, à tort, cette analogie.

13 Selon Madame Lequesnois dans le film d’Etienne Chatiliez, La Vie est un long fleuve tranquille, France, 1988, 90 mn.

14 Dans les années 1950, il n’y avait souvent ni eau courante, ni gaz (corvée de bois ou de charbon pour le fourneau), ni évacuation des eux usées (pot de chambre), ni frigo (d’où les courses quotidiennes), etc.

15 Christine Delphy expliquait au début des années 1970 que si les couples n’achetaient pas de nourriture préparée c’est parce que les femmes faisaient la cuisine gratuitement.

16 A noter qu’en Occident, idéologie écologiste oblige, on assiste à un retour de certaines pratiques (langes plutôt que couches, allaitement) qui, généralisées, pourraient recentrer les femmes sur le foyer. Mais cela ne semble pour l’instant concerner que les bobos. Voir Elisabeth Badinter, Le Conflit, la femme et la mère, Paris, Flammarion, 2010, 272 p.

17Mais une construction sociale a une utilité et peut donc évoluer.

18 Si les hommes sont des gros dégueulasses, c’est pas leur faute, c’est une construction sociale !

19 Source : Premières synthèses, n° 11.1, mars 2001

20 Par paresse ou parce qu’ils consacrent alors plus de temps à leur activité professionnelle, selon les points de vue.

21 La Provence du 21 juin 2009 décrit un couple dans lequel, après la naissance d’un enfant, la mère a gardé son emploi de vétérinaire tandis que le père a renoncé à son emploi (moins bien payé) pour devenir homme au foyer. L’homme témoigne de sa joie de s’occuper de ses enfants et de la maison. Cet exemple montre que la logique économique l’emporte sur celle de la sexuation. Mais les femmes occupant majoritairement des postes moins rémunérés, il est logique que ce soit elles qui cessent de travailler. C’est un cercle vicieux car c’est bien parce qu’elles peuvent avoir ou ont des enfants qu’elles sont moins payées et confinées à des postes inférieurs…

22 Il paraît difficile d’expliquer sérieusement des milliers d’années de domination masculine par une recherche de « confort ».

23 Cela transforme aussi la viande crue en poulet basquaise, les chaussettes sales en chaussettes propres, etc. Pour certaines féministes, le « service sexuel » fait partie du travail domestique et des avantages qu’en retirent les hommes. C’était formellement le cas jusqu’à ce que le viol conjugal soit reconnu juridiquement.

24 OCDE, Assurer le bien-être des familles, 2011, 275 p.

INCENDO Sur le rapport entre genres & classes. Revue de presse & textes inédits

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