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Publié par Patrick Granet

Espagne : Écran de fumée ? Les indignés grecs  Élection tunisienne

Tomás Ibáñez

mercredi 8 mai 2013
par ps
popularité : 16%

Le titre choisi pour présenter ces quelques réflexions
rassemble une partie des questions qui se posent au sujet du
Mouvement du 15 Mai (le 15 M, ou encore los indignados…), en
même temps qu’il évoque la nature hétérogène, contradictoire, et
quelque peu énigmatique de ce mouvement intempestif qu’il n’est pas
aisé de déchiffrer à partir des grilles de lecture habituelles.

Passés les premiers moments de surprise et d’enthousiasme le
mouvement du 15 M n’a pas tardé à susciter une avalanche de critiques
en provenance des secteurs les plus radicaux. Il est clair que certaines
de ces critiques sont loin d’être dépourvues de fondements, et il faut
bien reconnaître qu’un mouvement qui a brusquement rassemblé et
fait interagir des milliers de personnes de toutes conditions, avec des
sensibilités politiques diverses, et sans qu’existe une communauté
préalable d’expériences de lutte, offre à la critique une prise relativement
facile. Il serait en effet tout à fait surprenant qu’un tel
mouvement ne soit pas truffé de contradictions internes, qu’il ne soit système, pas sa subversion, et ce qui est
exigé c’est une amélioration du système
pas sa mutation.
Rien d’étonnant à ce que les radicaux
voient ce mouvement comme un mouvement
citoyenniste qui s’insurge contre
les abus commis par les pouvoirs et contre
les vices du système en exigeant qu’ils
soient corrigés, mais sans jamais prôner
une révolte globale. Rien d’étonnant non
plus à ce qu’ils en dénoncent l’humanisme
bon enfant et le caractère radicalement
non violent tout en l’accusant de
contribuer à masquer les vrais problèmes
et à désactiver un éventuel affrontement
radical avec le système.

Les critiques radicales mettent l’accent
sur le fait que ce ne sont pas tellement
les laissés pour compte du système, les
exclus et les travailleurs les plus défavorisés
qui participent aux mobilisations,
mais, principalement, ceux qui sont en
risque d’être déclassés et qui voient se
dégrader leur niveau de vie, ou les
perspectives qu’ils nourrissaient quant à
leur position sociale. De là à soutenir que
ce sont les classes moyennes qui impulsent
et qui dirigent le mouvement, il
n’y a qu’un pas que certains s’empressent
de franchir. De plus, il s’agirait d’un
mouvement qui, d’après eux, n’est pas
aussi démocratique qu’il veut bien
paraître car, d’une part, les assemblées
sont souvent manipulées par des leaders
de groupuscules politiques, ou même de
sectes (comme, par exemple, le mouvement
Zeitgeist) et, d’autre part, la procédure
consensuelle utilisée dans beaucoup
d’assemblées finit par donner naissance
à un exécutif occulte, formé par les
membres les plus spécialisés des
commissions qui doivent reformuler les
propositions n’ayant pas obtenu de
consensus pour qu’elles retournent
devant l’assemblée.

Il ne fait aucun doute que, si l’on s’en
tient aux paramètres classiques, mouvement du 15 M n’a, tant s’en faut,
absolument rien de révolutionnaire.
Néanmoins, l’incertitude qui pèse sur
son développement futur amène certains
de ses critiques à faire montre de
prudence et à ménager quand même un
rayon d’espoir. Le cours des événements
étant bien difficile à prévoir, rien ne dit,
en effet, que ce mouvement ne débouchera
pas finalement sur des formes et
des contenus révolutionnaires. Il
convient donc, en quelque sorte, de faire
crédit au 15 M et d’attendre encore
quelque temps pour voir s’il se rachète et
s’il évolue enfin dans la bonne direction.

Ce type d’analyse critique qui conditionne
la valeur du mouvement à ce
qu’il deviendra montre bien la difficulté
qu’ont certains révolutionnaires à saisir
ce qui ne s’ajuste pas de façon
millimétrique à leurs schémas. Nous
aimerions tous, bien sûr, que le M 15
épouse un jour nos propres conceptions
de l’action révolutionnaire, mais lui
dénier toute radicalité tant qu’il ne se
sera pas ajusté à nos principes témoigne
d’une inquiétante incapacité à percevoir
la réalité sans oeillères politiques. En
effet, si le 15 M mérite d’être pris en
considération, ce n’est pas en fonction
de ce qu’il deviendra éventuellement
dans un avenir plus ou moins lointain,
mais bien en raison de ce qu’il a déjà fait
aujourd’hui.
pas parcouru par des tensions constantes et, surtout, qu’il ne soit pas
empreint d’une tonalité clairement réformiste.

Les divers facteurs économiques, sociaux et politiques qui ont agi
comme déclencheurs de la mobilisation et qui ont permis justement
que celle-ci atteigne une dimension importante, laissaient présager
que les revendications seraient sans doute nombreuses mais qu’elles
seraient marquées par la modération. En définitive, ce que demandent
los indignados, c’est tout simplement un travail relativement stable, un
logement dont le prix ne soit pas prohibitif, un futur qui ne soit pas
totalement bouché, le maintien des services publics actuellement en
place, un système économique plus juste, la mise au pas des entités
financières, un système politique moins corrompu, plus transparent,
plus participatif, bref, ce qui est réclamé c’est un aménagement du

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Thersite

mercredi 8 mai 2013
par ps
popularité : 16%

Depuis le 25 mai 2011, les places centrales de toutes les villes
de Grèce, et notamment celle de la Constitution à Athènes
face au Parlement (désormais connue sous son nom grec de
Syntagma), semblent retrouver la signification qu’elles avaient
quasiment perdue depuis vingt ans, celle d’un espace de socialisation,
d’échange d’idées et de discussions de toutes sortes. L’auteur de cet
article se rappelle des places – et aussi des rues et des quartiers – des
villes grecques comme de lieux de rencontre, où se nouent des amitiés,
et plus généralement, de réaffirmation de l’appartenance à la
communauté.

Cependant, ce mouvement de réappropriation des places a lieu à un
moment où le pays se trouve, littéralement, en état de siège.Les accords
passés il y a un an avec la fameuse troïka FMI-BCE-Commission
européenne, prévoient, entre autres, la concession de la souveraineté
nationale en cas d’insolvabilité. Le pillage de toutes les richesses du
pays est légitimé, pour la première fois de son histoire, par un accord
officiel de son propre gouvernement. L’état psychologique engendré
par une telle situation est aussi renforcé par le discours politique
dominant émis par les médias grecs et européens, qui vise à culpabiliser
les « paresseux » grecs, désignés comme seuls responsables de tous
leurs maux.

Digression historique

Depuis la fin de la dictature en 1974, le régime grec de démocratie
représentative a fonctionné presque exclusivement sur le mode du
clientélisme et du gain politique. Les politiciens et la plus grande part
de la population (des classes dominantes à la petite bourgeoisie) se
sont entendus afin de s’enrichir via trois sources principales : les fonds
de l’État, les diverses subventions
européennes et la surexploitation des
immigrés. Surtout après l’adhésion à la
Communauté européenne en 1981, le
délabrement de la production agricole et
industrielle a conduit à une économie
dépendante des commandes publiques,
des services (tourisme) et du bâtiment et
surtout, à une économie et à une
consommation à crédit. D’un autre côté,
une part importante du PIB grec –
jusqu’à 30% – est constituée de l’économie
parallèle, de la fraude fiscale et des
activités illégales (drogue). Parallèlement,
il y a eu une vague importante de luttes
ouvrières et sociales depuis les années
1960, qui a connu son apogée entre 1974
et 1981,moment où la social-démocratie
a entrepris d’apaiser les tensions sociales.
Cette situation a abouti à un syndicalisme
discrédité et bureaucratisé, à une
gauche cantonnée à des luttes revendicatives
et à un discours sensiblement
atténué, et à un mouvement anarchiste
qui, après la fin de ses « quatre-vingt
glorieuses » et jusqu’à décembre 2008, est
resté confiné à ses squats et à son milieu traditionnel

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.

Propos recueillis par le collectif Lieux Communs, fin août – début septembre 2011

lundi 2 mai 2011
par ps
popularité : 16%

Notre camarade interviewé ici
est un ancien marxiste libertaire
influencé depuis des décennies par les idées de C. Castoriadis.
Vivant à
Tunis, il tente d’organiser politiquement des milieux qui
s’éveillent à la chose politique autour d’idées radicalement nouvelles pour le
pays et les dogmes qui y ravagent la vie intellectuelle et politique depuis des
décennies mais que le soulèvement du 14
janvier ne semble qu’a
voir à peine
écorné. Les événements et leurs suites avaient été l’objet de textes et
d’interviews ;
il nous livre ici un portrait sombre et sans concession du
paysage politique tunisien à la veille des élections du 24
octobre, en même
temps que quelques pistes d’actions et de réflexions élémentaires qui
échappent autant à la démagogie électoraliste qu’à l’extrémisme suicidaire.
On y découvre
enfin une population sans aucune expérience politique,
et aux
perspectives ingrates, qui ne se résigne pas encore à se voir confisquer une
liberté si chèrement,
et si admirablement,
conquise.

Dès le départ précipité de Ben Ali pour l’Arabie Saoudite, vous aviez qualifié
le mouvement tunisien de décembre-janvier de « soulèvement populaire » et
non de « révolution », puisque le peuple n’avait pas cherché à former des
organes politiques autonomes pour transformer radicalement leur société. Ce
diagnostic s’est largement vérifié, à la fois contre l’opinion occidentale qui se
satisfait d’une telle normalisation, et contre les gauchistes tunisiens qui
jouaient les « jusqu’au-boutistes » à des fins
politiciennes. Huit mois après les
événements, quel regard rétrospectif portez-
vous sur ces événements ? Leur interprétation est-elle un enjeu pol
itique
aujourd’hui ?

Dès le départ on a insisté sur le
caractère spontané du soulèvement bien
que des éléments appartenant à des
groupes politiques y aient participé, y
compris nous. Mais aucune formation
politique n’avait prévu l’évolution des
évènements ni n’a eu d’influence
décisive dans le soulèvement. Notre
position est la suivante : c’est un soulèvement contre le despotisme mais qui
survient après des décennies d’apathie
presque totale et de décadence sur le
plan intellectuel, culturel, artistique... Ce
qui complique évidemment les choses et
pèse lourdement sur la suite. Par exemple
l’importance des questions relatives à
l’identité,
aiguisées par le conflit du
Proche Orient, imprègne les courants
politiques qui jouent sur ce sentiment
nationaliste,
en partie justifié,
mais qui
bloquent toute réelle ouverture à l’Occi-
dent. Il faut dire que nos intellectuels
n’ont aucune connaissance de l’évolution
des idées dans les pays occidentaux et
restent en majorité attachés à des schémas du passé,
bolcheviques, maoïstes,
nationalistes arabes, baathistes, ou inté-
gristes musulmans.

Certes, le soulèvement a, en quelque sorte, dépassé tous
ces dogmes, mais sans pour autant que
nos intellectuels ne révisent leurs
positions. Ils ont concentré leurs efforts
et actions contre les gouvernements
successifs, donc en direction des
instances politiques [par exemple les
spectaculaires manifestations à la Kasbah
de Tunis], et se livrent à des alliances
malsaines avec les extrêmes droites
religieuses, pourtant soutenues par le
régime du Qatar et les milieux financiers internationaux des pays du Golfe.

Au lieu
de profiter des possibilités offertes par le
soulèvement pour s’intéresser aux
questions de fond qui concernent la vie
quotidienne des Tunisiens (problèmes
économiques, sociaux, écologiques,
culturels...) ils s’investissent dans une
bataille politicienne qui réduit leurs
effectifs au fur et à mesure que le souffle
de l’insurrection se dissipe. Actuellement
le nombre des partis politiques reconnus
dépasse la centaine et le peuple n’a
aucune confiance en ces politiciens.

C’est vrai qu’une une véritable unité
nationale s’était créée, au lendemain du
soulèvement, et les Tunisiens étaient à la fois
fiers et très prudents.
Peut-on aujourd’hui
déceler une évolution dans le r
apport que la
population entretien avec cet acte fondateur
à
la fois victorieux et douloureux,
et
notamment son symbole, le sacrifice de M.
Bouaziz
i qui a tout déclenché ?

Bouazizi n’inspire plus l’unité natio-
nale, d’autant plus que des éléments
nouveaux sont venus r
emettr
e
en cause
le déroulement des évènements. Notam-
ment, on aurait découvert la mauvaise
conduite de Mohamed Bouazizi a
vec
l’agent de police, qui était une femme, et
la façon abominable a
vec laquelle il l’a
tr
aitée. La population de Sidi Bouzid
ainsi que tout le peuple tunisien a
finalement eu de la sympathie pour elle
et l’a soutenue. Aujourd’hui, ceux qui
inspirent l’unité, ce sont les centaines de
morts des différ
entes régions,
bien que
cela soit devenu secondaire, et facilement
récupérable par n’importe quel tribun. La
seule chose positive décelable, c’est
l’absence de peur
,
le dépassement de la
posture de soumission et l’unité des gens
contre les anciennes figures et responsables corrompus. [Lire la suitedoc804]

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